Chute de la natalité en France : un expert alerte sur le besoin d’une « immigration de masse pour le travail »
- Selon le Bilan démographique 2025 de l’Insee, le taux de fécondité est tombé à 1,56 enfant par femme, un niveau inédit depuis la fin de la Première Guerre mondiale
Istanbul
AA / Istanbul / Adama Bamba
Invité sur RTL France, François Gemenne, spécialiste des questions de géopolitique de l’environnement et des migrations, a alerté sur les conséquences économiques de la chute de la natalité en France, estimant que le pays devra recourir à une immigration de travail beaucoup plus importante pour éviter un affaiblissement durable de son économie.
Au micro d’Anne-Sophie Lapix, l’expert a d’abord rappelé que plusieurs secteurs stratégiques reposent déjà largement sur une main-d’œuvre non française. Prenant l’exemple de la santé, il a souligné qu’environ 18% des médecins exerçant en France ne sont pas français, un chiffre qui grimpe davantage encore chez les infirmiers, aides-soignants et autres professions de soutien.
François Gemenne a ensuite élargi le constat à d’autres activités en tension, citant notamment la construction, l’hôtellerie, le gardiennage ainsi que la surveillance, où la présence de travailleurs étrangers est devenue essentielle au fonctionnement quotidien des services et des entreprises.
Par ailleurs, il a insisté sur l’importance croissante du secteur des soins à la personne, appelé selon lui à recruter massivement dans les prochaines années en raison du vieillissement de la population. Pour le spécialiste, ce besoin va s’intensifier, alors même que le pays fait face à un ralentissement démographique qui réduit mécaniquement le nombre d’actifs disponibles.
Dans ce contexte, François Gemenne estime que la France se dirige vers une équation économique difficile. “Si nous ne voulons pas que l’économie française s’effondre, nous allons avoir besoin d’une immigration de masse pour le travail”, a-t-il affirmé, tout en disant ne pas vouloir “créer de polémiques”. Il a notamment rappelé que le système social français repose sur un principe central : le nombre de contributeurs, ce qui rend la question de la main-d’œuvre déterminante pour préserver l’équilibre économique.
- Immigration : la part du travail jugée trop faible
Selon François Gemenne, l’un des problèmes majeurs réside dans la structure actuelle des titres de séjour. Il affirme que l’immigration de travail ne représente aujourd’hui que 17% des permis de séjour délivrés en France.
Dans le détail, il a été indiqué que les titres de séjour sont principalement attribués à l’immigration familiale (26%), aux étudiants (32,3%), ainsi qu’aux catégories liées à l’humanitaire (15,9%). Une répartition qui, selon lui, montre la nécessité “d’augmenter massivement le nombre de gens qui viennent travailler en France”, selon les dernières données statistiques de l'Insee.
Pour appuyer son argument, François Gemenne a également évoqué l’exemple italien. Il a affirmé que l’Italie, pourtant gouvernée par un exécutif classé à l’extrême droite, “a fini par reconnaître la réalité”, en accordant selon lui 500 000 permis de séjour, afin d’éviter “l’effondrement” de l’économie nationale. Il a même parlé de “la plus grosse arrivée de migrants en Italie depuis la Seconde Guerre mondiale” organisée pour répondre aux besoins du marché du travail.
- L’Insee confirme un tournant démographique inédit depuis 1945
Ces déclarations interviennent alors que les dernières données de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) dressent un tableau démographique particulièrement préoccupant. Selon le Bilan démographique 2025, la population française atteindrait 69,1 millions d’habitants au 1er janvier 2026, soit une hausse limitée à 0,25% sur un an.
Le rapport souligne également un changement structurel : 22% de la population a au moins 65 ans, soit une proportion désormais presque équivalente à celle des moins de 20 ans, confirmant l’accélération du vieillissement.
En 2025, 645 000 bébés sont nés en France, soit 2,1% de moins qu’en 2024 et 24% de moins qu’en 2010, année du dernier pic des naissances. L’Insee note aussi une nouvelle baisse de l’indicateur de fécondité, tombé à 1,56 enfant par femme, son plus bas niveau depuis la fin de la Première Guerre mondiale.
Dans le même temps, 651 000 décès ont été enregistrés en 2025, en hausse de 1,5% sur un an, une augmentation notamment liée à une épidémie de grippe hivernale particulièrement meurtrière en début d’année. Malgré cela, l’espérance de vie progresse : 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes.
Conséquence directe : le solde naturel devient négatif en 2025 (-6 000), une première en France depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, selon l’Insee.
- Immigration : 7,7 millions d’immigrés en France en 2024
Sur la question migratoire, les données de l’Insee indiquent qu’en 2024, la France compte 7,7 millions d’immigrés, soit 11,3% de la population totale. Parmi eux, 2,6 millions (environ 33%) ont acquis la nationalité française.
La population étrangère vivant en France s’élève quant à elle à 6,0 millions de personnes, soit 8,8% de la population. Elle est composée de 5,1 millions d’immigrés n’ayant pas acquis la nationalité française et de 0,9 million de personnes nées en France de nationalité étrangère.
Enfin, l’Insee estime que 1,6 million de personnes sont nées françaises à l’étranger. En additionnant les immigrés, ce sont au total 9,3 millions de personnes vivant en France qui sont nées à l’étranger, soit 13,6% de la population.
Dans ce contexte, les propos de François Gemenne relancent le débat sur la place de l’immigration de travail dans la stratégie économique française, alors que la baisse de la natalité et le vieillissement pourraient, selon plusieurs experts, accentuer les tensions de recrutement et fragiliser le financement du modèle social.
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