AA - Ankara
L'accord de "cessation des hostilités" qui entrera en vigueur en Syrie dans la nuit du vendredi à samedi, constituera une nouvelle épreuve pour la Russie.
L'application de l'accord conclu en début de semaine courante entre les Etats-Unis et la Russie sur "l'arrêt des conflits" en Syrie ne sera possible que par l'arrêt des raids aériens de la Russie. Pourtant, celle-ci les a intensifiés dans les zones contrôlées par les opposants.
Le choix de l'expression de "cessation des hostilités" à la place du mot "trêve", découle du fait que ce mot nécessite la détermination des lignes de trêve, le recul des parties derrières ces lignes, la démilitarisation des zones concernées et l'observation de l'application de la trêve par des groupes observateurs.
De ce fait, les signataires ont opté pour un cadre plus souple lors des discussions à Munich, afin de faire cesser rapidement les conflits.
Les raids aériens menés par la Russie contre les opposants et les civils sous prétexte de "lutte contre le terrorisme", malgré le consensus établi le 12 février à Munich, avaient rendus inutiles les efforts en faveur d'une solution. Le Groupe international de soutien à la Syrie avait décidé, le 12 février, de la cessation des attaques dans une semaine, mais la Russie les avait surtout concentrées sur la région du mont Turkmène et le nord d'Alep. En fin de compte, les forces du régime et la branche syrienne de l'organisation terroriste PKK, le PYD, avaient avancé jusqu'à Lattaquié et Alep.
Puisque les efforts pour un consensus sont sabotés par la Russie, la mise en oeuvre du nouveau plan de "cessation des hostilités" dépend donc des actes du Krémlin.
Les administrations américaine, britannique, française et turque ont réitéré à plusieurs reprises que ce processus dépend de l'intention et de l'approche de la Russie. Récemment, le président des Etats-Unis, Barack Obama a déclaré, jeudi, que "l'accord dépend de l'approche de la Russie et du régime syrien de Bachar al-Assad. L'intervention militaire de la Russie a renforcé le régime et aggravé la destruction humanitaire."
Le ministre turc des Affaires étrangères, quant à lui, avait estimé que "ce processus était bien escompté, mais son application est maintenant beaucoup plus importante, étant donné que le régime et la Russie n'ont pas respecté les décisions précédentes."
Les décisions prises à Genève et à Munich limitent la lutte contre le terrorisme en Syrie aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies (ONU). Celles-ci incluent Daech, le Front al-Nosra, Jaych ul Mohajirin al-Ansar, Izz Ben Abdussalam et le mouvement islamique du Turkestan de l'Est.
Bien que ces principes figurent sur les textes diplomatiques signé également par la Russie, le Kremlin considère comme terroriste les plus grands groupes du conflit interne syrien, à savoir Ahrar Al-Cham, et l'Armée de l'Islam.
Les décisions de Munich prévoient la mise en place d'une force de mission pour la trêve, qui sera chargée de repérer les zones contrôlées par les organisations terroristes reconnues comme telles par l'ONU. Cependant, le personnel de cette force et les groupes opposants avec lesquels elle s'entretiendra, n'avaient pas été déterminés. La Haute Commission de négociation, le groupe le plus large des opposants, a reproché à la Russie d'avoir pris cette responsabilité à Munich, tout en étant un acteur partial qui viole le droit international.
Un autre objectif de la Russie est de faire en sorte que l'ONU reconnaisse comme terroriste, toutes les factions de l'opposition qui n'acceptent pas l'accord visant une cessation des hostilités. Moscou poursuit ces efforts dans ce sens depuis longtemps. Ahrar Al-Cham, qui ne s'est pas encore nettement exprimé à propos de l'accord, est maintenant la première cible de la Russie.
Les groupes opposants et les forces du régime qui respecteront l'accord devaient se déclarer dans la journée courante, aux Etats-Unis et à la Russie, les deux pays co-présidents du Groupe international de soutien à la Syrie.
La cessation des conflits est considérée comme une période de rétablissement pour les civils et les opposants.
Pour l'administration américaine, la condition principale de la mise en oeuvre de l'accord est le respect de la Russie. Pour effrayer la Russie et le régime, elle ranime le scénario de la division de la Syrie. Le Secrétaire d'Etat américain, John Kerry a déclaré ces deux derniers jours, que si les Russes et ses alliés sapent l'accord, il sera impossible de préserver l'intégrité de la Syrie, et qu'il faudra donc appliquer, dans ce cas, le plan B.
Pour sa part, le président syrien Bachar al-Assad met en difficulté le processus prévu en Syrie: Il a annoncé que les élections législatives prévues par l'ONU pour juin 2017, se tiendront le 13 avril. Les sources diplomatiques indiquent une "augmentation de la confiance d'al-Assad en lui-même". Le président ignore le plan de mise en place d'un gouvernement transitoire de six mois (selon la résolution de l'ONU), et avait affirmé ne pas penser à une trêve jusqu'à ce que le pays soit nettoyé des opposants. Le représentant onusien de la Russie, Vitaly Churkin avait désapprouvé ces déclarations qui "ne conviennent pas aux efforts diplomatiques de la Russie."
L'administration turque qui soutient les efforts pour une solution politique en Syrie, continue de mettre en garde a communauté internationale contre le PYD.
Le PYD avait déclaré, jeudi, respecter l'accord de cessation des hostilités. Mais l'approche de cette organisation qui s'est alliée à la Russie, aux Etats-Unis et au régime d'al-Assad, en fonction de la conjoncture, n'inspire pas confiance à Ankara.
Le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu avait commenté: "Si un groupe nous menace [la Turquie], s'il s'agit de notre sécurité, cet accord ne sera plus contraignant pour nous."
Les raids russes contre les civils habitants les zones sous le contrôle de l'opposition se poursuivent. Ces deux derniers jours, quinze civils dont quatre étudiants, ont été tués et quarante autres blessés. Le district de Mare de la province de Alep a été à sept reprises ciblé par les bombes russes.
Le Groupe international de soutien de la Russie s'était réuni le 18 décembre à New York, et les sujets sur lesquels les parties se sont mises d'accord, s'étaient transformés en résolution onusienne après un vote.
Selon cette décision, l'ONU allait envoyer une invitation aux opposants chargés de négocier avec le régime d'al-Assad, en janvier. En même temps, l'ONU allait s'entretenir pour une trêve avec le régime et les opposants armés en dehors de Daech et al-Nosra. Au bout d'une transition de six mois à partir de janvier, c'est à dire en juin 2016, un gouvernement transitoire compétent doit être mis en place suite au consensus du régime et de l'opposition. Par la suite, le nouveau gouvernement doit réformer la Constitution. Les élections législatives doivent se tenir douze mois plus tard, en juin 2017.
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