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Burundi: l'assassinat du leader musulman Feruzi embrase le quartier Buyenzi

L'entrée en jeu des musulmans dans les contestations a été motivée par le récent assassinat du principal opposant.

27.05.2015 - Mıse À Jour : 27.05.2015
Burundi: l'assassinat du leader musulman Feruzi embrase le quartier Buyenzi

AA/ Bujumbura/ Rénovat Ndabashinze

Le quartier à majorité musulmane "Buyenzi" à Bujumbura s'est embrasé suite à l'assassinat, samedi, de l'opposant de confession musulmane, Zedi Feruzi.  

Au terme d'une journée agitée, trois morts parmi les manifestants y ont par conséquent été signalées mardi. Le quartier jusque-là connu pour son ambiance de paix et de tolérance et où cohabitent paisiblement les deux ethnies Hutus ( majoritaires) et Tutsis ( minoritaires) n'est plus exempt de mouvements et d'actions.

''L'assassinat de Zedi Feruzi est sans doute un élément important pour la mobilisation commencée mardi dans le quartier Buyenzi", a déclaré à Anadolu, El Hadj Haruna Nkunduwiga, président de la Communauté islamique du Burundi (Comibu-branche non reconnue par le pouvoir) et, par ailleurs, un des musulmans les plus influents du pays.

"Cette commune (Buyenzi) n'est pas seulement à majorité musulmane, elle est également la plus peuplée de la capitale avec 80.000 habitants, et celle où on retrouve le plus grand nombre des membres ou sympathisants du parti Union pour la Paix et la Démiocratie, UPD, dont Zedi Feruzi était le président" ajoute-il.

Nkunduwiga rappelle qu'avant la tentative de coup d'Etat du 13 mai contre le président sortant, Pierre Nkurunziza, alors en déplacement en Tanzanie, avait "lancé un appel aux musulmans pour se joindre à leurs frères et soeurs mais cela n'a pas été suivi d'effet", rappelant que le tempérament des musulmans, minoritaires dans ce pays (moins de 5% selon des chiffres officiels), a toujours été "conciliant" et loin des affrontements.

"Après l'assassinat de Feruzi, même les plus récalcitrants, les plus timides, ont fini par descendre dans la rue car ils ont réalisé que leurs leaders commencent à être éliminer physiquement un à un" a-t-il poursuivi en qualifiant cet assassinat, condamné et par l'opposition et par le pouvoir, d "élément déclencheur" dans l'embrasement que connaît Buyenzi depuis mardi.

"Les militaires et les policiers sont en train dans notre quartier dès 5 heures du matin, depuis dimanche, et nous ont même empêché la prière matinale", a confié un musulman du quartier à Anadolu.

Les musulmans révoltés contre le troisième mandat et la torture subie par leurs concitoyens ne décolèrent pas. Mardi, des pneus ont été brûlés, et des avenues ont été bloquées, par plusieurs dizaines de manifestants échangeant des jets de pierres avec les policiers appuyés par les militaires.

Vers la fin de la journée, un nuage épais de fumée mêlée à du gaz lacrymogène couvrait le ciel de la commune, où retentissait toujours l'écho de balles.

Les avenues de la commune étaient restées désertes, jusqu'à la fin de la journée, le marché de Ruvumera, le plus grand de la capitale, est resté fermé. Les boutiques, garages et plusieurs ateliers ateliers bordant les rues de cette commune marchande sont restés fermés.

Le quartier à majorité musulmane (98%) de Buyenzi était juesque-là connu pour son ambiance de paix et de tolérance. D'ailleurs, "durant la balkanisation de la ville de Bujumbura sur des bases ethniques, notamment de 1995 à 1997, les Hutus (groupe ethnique majoritaire) chassés de Musaga, commune majoritairement Tutsi (groupe ethnique minoritaire dans le pays) de Bujumbura, se refugiaient dans ce quartier, et les Tutsis chassés de la commune de Kamenge, majoritairement Hutu, se dirigeaient également vers Buyenzi." confirme à Anadolu, Idi Radjabu Kabano, administrateur communal de Buyenzi.

Dans cette commune musulmane, Hutus et Tutsis, autrefois ennemis jurés,  cohabitent aujourd'hui paisiblement sur une même parcelle de1.4 kilomètre carré

Les musulmans représentent 5% d'une population burundaise estimée à 10,3 millions d'habitants en 2014, selon des estimations officielles. Dans les heures les plus sombres du Burundi, ces musulmans ont joué un rôle majeur dans la réconciliation entre Tutsis et Hutus pendant la guerre civile qui terrassa le pays dans les années 90, faisant des centaines de milliers de morts.

 

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