AA/Tunis/Esma Ben Said
La situation est à son paroxysme, lundi soir, à Ouagadougou, où l’armée loyaliste prévoit de déloger les putschistes, tandis que des concertations se tiennent entre les chefs des deux parties pour éviter « un bain de sang ». Voici le film des évènements de la journée de lundi.
1. Des unités de l'armée régulière burkinabé, venant des quatre coins du pays, se dirigent vers Ouagadougou afin de, selon un premier communiqué publié lundi et signé par plusieurs chefs de l’armée loyaliste, désarmer « sans effusion de sang » les soldats du Régiment de sécurité présidentiel (RSP), l’unité d’élite de l’ex-président Blaise Compaoré auteurs du coup d’Etat perpétré jeudi dernier contre les autorités transitoires et qui ont pris leur quartier, depuis cinq jours, à Ouagadougou.
Dans un second communiqué diffusé par l'Etat-Major général des armées et dont Anadolu a reçu copie, les putschistes ont reçu l'ordre de "déposer les armes rapidement".
Arrivés en fin de journée à Ouagadougou, des militaires loyalistes appartenant à l'académie "George Namoino" (Centre-Sud) ont pu "maitriser" plusieurs éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP- putschistes), selon une source de l'Etat-Major des armées, jointe par Anadolu, qui ne précise pas le nombre de putschistes concernés ni la manière dont ils ont été maitrisés.
2. Le président de la transition au Burkina Faso, Michel Kafando, écarté du pouvoir à la suite d’un coup d’Etat, s’est dit « très réservé » sur le projet d'accord proposé dimanche soir par la médiation africaine de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) pour résoudre la crise burkinabè.
S’exprimant pour la première fois depuis le début des évènements ce lundi, Kafando, assigné à résidence depuis vendredi, après avoir été pris en otage durant deux jours par les auteurs du coup d’Etat, -fidèles de l’ex-président Blaise Compaoré- a également indiqué ne pas avoir été associé au projet des médiateurs ouest-africains, ont rapporté les médias locaux.
La médiation a proposé, principalement, le rétablissement du Président de la transition dans ses fonctions mais aussi le vote d'une amnistie pour les putschistes, et la posibilité, pour les partisans de l'ancien président Blaise Compaoré, de se présenter aux élections.
3. Le leader des putschistes, le général burkinabé Gilbert Diendéré, s’est engagé, lundi soir, à libérer le chef du gouvernement de transition Yacouba Zida, détenu depuis mercredi par les « putschistes », à l’issue de l’accord définitif de sortie de crise proposé par la CEDEAO.
Dans une déclaration écrite, dont Anadolu a reçu copie, le Général putschiste a justifié la libération de Zida, par volonté d'apaiser la situation, «face à la gravité de la situation sécuritaire caractérisée par le risque d’affrontement pouvant entrainer le chaos, la guerre civile et la violation massive des droits humains ». Cependant, jusqu'à 00h45 GMT, Zida était toujours retenu par les putschistes.
Le général, a par ailleurs confirmé son engagement et celui du Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP) à remettre « le pouvoir aux autorités civiles de la Transition, à l’issue de l’accord définitif ». Le Général a enfin présenté ses excuses à la Nation et à la Communauté internationale à la suite des évènements qui ont fait dix morts et près d'une centaine de blessés, selon des sources médicales et sécuritaires.
4. Le président nigérien, Mahamadou Issoufou, et son homologue tchadien, Déby Itno, en visite de travail de 24 heures à Niamey, ont demandé, lundi, aux militaires putschistes du Burkina Faso de regagner les casernes et de céder le pouvoir au régime de transition burkinabè, selon une déclaration commune dont Anadolu a eu connaissance. "Je leur demande de ne pas être à contre-courant en prenant en otage tout un peuple, je les appelle aussi à laisser la transition aboutir conformément au programme qui a été établi", a indiqué en ce sens Idriss Déby Itno.
5. Alors que l’armée loyaliste burkinabé est en route pour déloger les putschistes de Ouagadougou, prés de 200 éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), ont déserté lundi, a appris Anadolu de source militaire burkinabé.
6. Des milliers de burkinabé se sont mobilisés, lundi soir, pour protester contre le projet d'accord politique de sortie de crise de la CEDEAO. " A bas la CEDEAO! A bas Diendéré! Vive le Burkina Faso", ont d'ailleurs scandé les manifestants, rencontrés par Anadolu qui estiment que l'amnistie des putschistes entérine le coup d'Etat.
7. En vue "d'éviter une guerre civile", Diendéré,s'est concerté, lundi soir, en premier lieu avec le Mogho Naaba, Chef coutumier et autorité morale très respecté dans le pays, pour les mêmes raisons, puis avec l'ex- président burkinabé Jean-Baptiste Ouédraogo (1982-1983), l'un des médiateur désigné par la CEDEAO, et enfin avec différents chefs militaires de l'armée régulière. Aucune information concernant les propositions ou décisions prises durant ces concertations n'a filtré jusqu'à 01h GMT.
8. Le président burkinabé de la transition Michel Kafando, assigné à résidence par les putschistes depuis vendredi, a été accueilli à la résidence de l’ambassadeur de France à Ouagadougou dans la soirée de lundi. "Je confirme, avec l'autorisation du président Kafando, qu'il est bien à la résidence de France", a déclaré l'ambassadeur de France au Burkina Faso, Gilles Thibault sur son compte officiel Twitter.
Le président intérimaire avait été pris en otage, mercredi dernier, par les putschistes responsables du coup d’Etat de jeudi, avant d’être placé en résidence surveillée vendredi, avait appris dans un premier temps Anadolu de source politique bien informée.
9 . Aucun affrontement n'a été enregistré jusqu'à 01h GMT même si quelques tirs ont été entendus, ont rapporté des témoins.
Rappelons que les chefs d’Etat de la CEDEAO seront chargés d'examiner, mardi, lors d'un sommet extraordinaire à Abuja (Nigéria), les propositions pour la sortie de crise.