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Burkina Faso: 6 coups d'Etat en 54 ans d'indépendance

Avec la prise du pouvoir, vendredi, par l'armée, le Burkina Faso confirme une tradition de coups d'Etat qui semblent être devenus, en 54 d'indépendance, son mode de transition par défaut.

31.10.2014
Burkina Faso: 6 coups d'Etat en 54 ans d'indépendance

AA/ Tunis/ Safwene Grira

Avec l'annonce, vendredi 31 octobre, de la démission de Blaise Compaoré, ainsi chassé du pouvoir par une large contestation populaire, et la prise du pouvoir par l'armée, le Burkina Faso ne déroge point à la tradition des coups d'Etat qui semblent être devenus, en 54 d'indépendance, son mode de transition par défaut. En voici la chronologie.

Coup d'Etat du 4 janvier 1966: (Yaméogo- Lamizana)

Après la mise en place d'un pouvoir personnel, l'installation d'un système de parti unique et le musellement de l'opposition, une révolte populaire éclate. Elle fait suite aux mesures impopulaires du plan d'austérité financière décidé par le Président Maurice Yaméogo. La grève générale est annoncée et Yaméogo déclare l'état d'urgence. Incapable de gérer la grogne populaire, Yaméogo est obligé de démissionner. L'armée prend le pouvoir. Le chef d'état-major général des forces armées Aboubacar Sangoulé Lamizana devient chef de l'Etat.

Coup d'Etat du 25 novembre 1980: (Lamizana- Zerbo)

Une grave sécheresse brûle les cultures et porte grièvement atteinte au secteur agricole. Quatre centrales syndicales appellent à la grève des enseignants pour protester contre des décisions arbitraires concernant plusieurs de leurs collègues. Les grèves se généralisent, paralysant jusqu'à des secteurs entiers de l'Etat sur fond de contestation politique due au népotisme et à la corruption. Le 25 novembre, les forces du Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN) investissent les points névralgiques de Ouagadougou. Le colonel Saye Zerbo devient chef de l'Etat. Ce putsch interrompt un processus démocratique salué comme modèle dans la région après l'adoption de la Constitution de la IIème République et la réélection de Lamizana en 1978. En 1984, celui-ci est jugé par un tribunal populaire de la révolution. Il sera acquitté.

Coup d'Etat du 7 novembre 1982:(Zerbo-Ouédraogo)

Une crise au sein du Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN) éclate, opposant deux tendances au sein de cette formation. Ce coup d'Etat devait porter Thomas Sankara au pouvoir. Il laissera finalement la place au médecin-commandant Jean-Baptiste Ouédraogo, pourtant sans expérience politique ni base idéologique.

Coup d'Etat du 4 août 1983: (Ouédraogo-Sankara)

Accusé de "servir les intérêts de la domination étrangère et du néo-colonialisme", Ouédraogo se trouve de plus en plus isolé au sein du Conseil de salut du peuple (CSP). L'ancien Premier ministre Thomas Sankara, qui a déjà joué un rôle clé dans le putsch de 1982, évince le gouvernement militaire de Ouedraogo. L'opération fait 13 morts et 15 blessés. C'est la naissance du Conseil nationale révolutionnaire qui promet des réformes démocratiques et sociales et une politique étrangère anti-impérialiste. C'est sous la présidence du "Che Africain" que le nom colonial de "Haute-Volta" est abandonné au profit du "Burkina Faso" ("Pays des hommes droits")

Coup d'Etat du 15 octobre 1987: (Sankara- Compaoré)

Au cours du "jeudi noir", de violents combats éclatent au Palais présidentiel entre rebelles et loyalistes. Thomas Sankara est tué dans ce putsch orchestré par son conseiller principal Blaise Compaoré. Un couvre feu est imposé et le Conseil révolutionnaire est dissous. Plusieurs jours après, Sankara est déclaré décédé de mort naturelle par un médecin militaire. Compaoré l'accusera "d'avoir trahi l'esprit de la révolution".

Coup d'Etat du 31 octobre 2015:

Devant la détermination du régime à modifier (pour la troisième fois) l'article 37 de la Constitution pour ouvrir la voie à un nouveau mandat présidentiel de Blaise Compaoré, l'opposition, rejointe par les syndicats et la société civile, s'organisent dans le cadre d'une vaste opération de "désobéissance civile" qui marque leur désapprobation pour "un coup d'Etat constitutionnel", selon leurs termes.

Des dizaines de milliers de manifestants se rassemblent à Ouagadougou et dans d'autres villes du pays. L'Assemblée nationale (chambre basse du Parlement) est saccagée le jour où elle devait se pencher sur le projet d'un référendum permettant la révision de la Constitution, de même pour la télévision nationale et de domiciles de barons du régime de Compaoré.

Devant l'ampleur de la contestation, celui-ci retire le projet de révision, annonce l'état de siège et décide d'ouvrir un dialogue avec l'opposition. Toutefois, devant l'insatisfaction de l'opposition et des manifestants qui réclament son départ immédiat, Compaoré annonce, le lendemain, sa démission. L'armée prend le pouvoir et annonce une période transitoire assurée par le chef d'Etat Major, Honoré Nabéré Traoré.

 
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