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Bénin: "les rois" à la recherche de leurs trônes perdus

Le Bénin connaît une kyrielle de royautés dont la crédibilité, pour la plupart, reste douteuse.

09.10.2014
Bénin: "les rois" à la recherche de leurs trônes perdus

AA/ Cotonou/ Sébastien Lokossou

La chefferie traditionnelle (chefs de tribus) du Bénin est sortie de son silence ces derniers temps pour quêter une meilleure place par rapport à l'ascenseur social.

Pour ce faire, une délégation royale composée d’une dizaine de têtes couronnées a été récemment reçue en audience par le président de la République Boni Yayi. Les deux parties ont échangé entre autres sur la place de la Chefferie traditionnelle dans la gestion des affaires publiques. A l’issue des échanges, le porte-parole de la délégation, "sa Majesté" Gangoro Souambou s’est récemment  confié à la presse, au palais de la Marina à Cotonou.

Il a d’abord laissé entendre que la délégation est allée remercier le Chef de l’Etat pour avoir nommé "de princes" non seulement dans son gouvernement mais aussi au niveau de l’administration départementale. Mais, cela paraît insuffisant pour la Chefferie traditionnelle du Bénin.

« A la lecture de la Constitution qui est la Loi fondamentale, en dehors du serment de la prise de fonction présidentielle où on mentionne le nom des mânes des ancêtres, il n’y a plus rien qui puisse traiter de la Chefferie traditionnelle », s’est désolé sa Majesté Gangoro Souambou. C’est ainsi que les Rois du Bénin plaident pour leur reconnaissance officielle .

« Nous avons demandé au Chef de l’Etat s’il peut essayer de voir ce qu’il peut faire pour qu’il y ait une reconnaissance officielle des Rois à l’instar des pays francophones comme le Togo, le Niger et la Côte d’Ivoire », révèle Souambou.

Sur cette même question, le porte-parole de la délégation royale note que les pays anglophones (d'Afrique) sont en avance : « Chez eux, la République est tirée de la Chefferie traditionnelle. Cela veut dire que les Rois sont bien cotés  du côté anglophone. Ce n’est qu’au niveau des francophones qu’on a de problèmes ». Le président Boni Yayi, selon sa Majesté Gangoro Souambou, a promis de faire le nécessaire pour qu’on puisse reconnaître officiellement la Chefferie traditionnelle au Bénin.

Il faut préciser que l’organisation des rois au Bénin a du plomb dans l’aile, la Chefferie traditionnelle ne disposant pas encore de statut juridique. Le défaut de loi pour mieux organiser la royauté béninoise explique notamment l’existence de plusieurs associations de rois dans le pays. Lesquelles associations ne manquent pas souvent de s’affronter lorsqu’il s’agit des questions de reconnaissance officielle et de représentativité des rois du Bénin.

Parler d’une seule voix au sein de la Chefferie devient ainsi chose difficile, car il y a le Conseil suprême des rois du Bénin d’un côté et le Conseil national des rois du Bénin de l’autre. C’est pour sonner le glas de la division et aller vers l’union que les rois de toutes les localités béninoises ont décidé, en 2012, de mettre en place une structure commune appelée Haut conseil des rois du Bénin (Hcrb). Mais là encore, il a été noté un défaut de consensus autour de l’élection d’un bureau national du Hcrb.

Dans cette atmosphère, une autre structure royale est née en décembre 2012 sous la dénomination de Haute autorité royale du Bénin (Harb) en vue de restaurer l’image de la royauté au Bénin. Cette dernière structure intervient comme une association commune qui entend représenter tous les « vrais » rois du pays. Il faut dire que de nos jours, le Bénin connaît une kyrielle de royautés dont la crédibilité, pour la plupart, reste douteuse. D’aucuns parlent même d’usurpation du titre de roi.

Cependant, il existe au Parlement béninois, depuis 2011, une proposition de loi portant statut des Chefferies traditionnelles en République du Bénin. Cette loi, toujours en attente d’etre votée par les députés, permettra surtout de recentrer les termes « chefferie » et « royauté » en vue d’une meilleure organisation des rois et chefs traditionnels dans le pays. La loi, si elle est adoptée, offre également des options pour résoudre le problème de succession au trône. Au Bénin, comme dans les autres pays africains, la Chefferie traditionnelle est connue pour son rôle de gardien des us et coutumes, sans oublier sa contribution au maintien de la paix et de la cohésion sociales.

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