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"Îles françaises" revendiquées par Madagascar: les intellectuels malgaches haussent le ton

Les 4 Îles Eparses font l'objet de convoitise par la France et par la "Grande Ile" car, "outre la question de souveraineté, elles ont un intérêt économique et stratégique", a déclaré à Anadolu Joëli Valérien Lalaharisaina.

24.09.2014 - Mıse À Jour : 24.09.2014
"Îles françaises" revendiquées par Madagascar: les intellectuels malgaches haussent le ton

AA/Antananarivo (Madagascar) /Alain iloniaina

Intellectuels et hommes politiques malgaches haussent le ton pour la première fois sur la place publique de la Grande Île, réclamant de la France la restitution des « îles Eparses », qui sont au cœur d'un conflit d’intérêt depuis le début des années 1970.

En effet, depuis plus de quarante ans, la France et Madagascar se disputent la souveraineté des quatre "îles Eparses" (l’île Europa, l’île Bassas da India, l’île Juan de Nova et les îles Glorieuses) qui forment une couronne autour de l’Île Rouge, mais qui sont pourtant restées sous le contrôle de l’Hexagone, et ce, même si la Grande Île a pris son indépendance en juin 1960. 

Principalement habitées par des scientifiques, des météorologues et des militaires, les îles Eparses suscitent la plus grande convoitise. Nichées sur une importante route maritime permettant de relier l’Asie et le Moyen-Orient à l’Europe et l’Amérique, elles constituent un district des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). Le tout forme une zone économique spéciale de 640 000 kilomètres carrés.

Dossier épineux depuis de nombreuses années, c'est pourtant la première fois intellectuels et politiques malgaches élèvent véritablement la voix. 

Au mois de mars dernier, l'idée d'un débat avait déjà germé dans l'esprit de plusieurs intellectuels qui avaient alors organisé une conférence consacrée à la nécessité de la restitution par la France des "îles Eparses".

Les membres du Syndicat des enseignants-chercheurs de l'enseignement supérieur (SECES) et les membres du Syndicat des corps du Ministère des affaires étrangères (SYNCORMAE) avaient alors mis en avant le fait que, "historiquement et légalement", les îles Eparses "font partie intégrante de Madagascar."

Pour Harimanana Raniriharinosy, spécialiste en relations internationales à l'université publique d'Antananarivo et président du Seces, rencontré par Anadolu, les choses sont limpides : « Madagascar ne devrait plus avoir à revendiquer ces îles qui lui appartiennent selon la résolution des Nations Unies».

En réponse à l’idée d’une « cogestion » des îles, évoquée par le président malgache Hery Rajaonarimampianina lors d'un entretien avec le président français François Hollande à Paris le 19 septembre, le spécialiste est formel : « même d'un point de vue juridique, les îles doivent être rendues ».

« Le président Rajaonarimampianina doit défendre les intérêts de Madagascar. Le concept de cogestion n'existe pas en droit international. Ce qu'il faut c'est une négociation avec la France pour la réintégration de ces iles et uniquement cela», a-t-il ainsi soutenu.

Plusieurs intellectuels revendiquent en fait ces îles et atolls en brandissant une résolution de l'assemblée générale des Nations unies datant de 1979, explique à Anadolu un ancien haut responsable du ministère malgache des Affaires étrangères qui s'exprime sous couvert de l’anonymat.

Ladite résolution " invite le gouvernement français à entamer sans plus tarder des négociations avec le gouvernement malgache en vue de la réintégration de ces îles précitées, qui ont été séparées arbitrairement de Madagascar ", poursuit le responsable qui déplore que cette "invitation" des Nations Unies soit restée sans réponse.

Pour l'ancien ministre de l'intérieur et magistrat de formation, Florent Rakotoarisoa, rencontré par Anadolu, "ces îles font partie du territoire malgache et ne peuvent pas être aliénés. C'est une question de souveraineté", a-t-il lancé.

Tout comme plusieurs anciens membres du gouvernement et anciens responsables étatiques, Rakotoarisoa qui fut également ministre de la Justice à partir de décembre 2013 durant le régime de transition, fait partie du "Comité national pour la restitution des Îles Eparses et pour la revendication du plateau continental" (CNRIE-RPC).

Ce comité, dernier-né des groupements qui revendiquent le retour des "îles" dans le giron de Madagascar, veut "sensibiliser l'opinion sur l'intérêt de cette rétrocession", confie Rakotoarisoa.

Dans le même sens, le mouvement nationaliste malgache, dénommée "Otrik'afo" ou "Etincelles", présidé par Rajaonah Andrianjaka, se veut un fervent défenseur de cette cause malgache.

Le 13 septembre dernier, "Otrik'afo" avait ainsi organisé une marche en direction du bâtiment des Nations-Unies à Antananarivo, la capitale, afin de mobiliser les Malgaches à faire preuve de solidarité devant la domination française et de signifier aux responsables onusiens l'importance d'aborder le sujet des îles Eparses à sa prochaine Assemblée Générale.

Le conflit autour des Îles Eparses est ancien mais les autorités malgaches semblent "ignorer volontairement" ce dossier, avance l'ancien haut responsable du ministère des Affaires étrangères.

 "Il n'est pas exclu que les dirigeants qui se sont succédé négocient avec la France pour ne pas remettre sur le tapis le dossier en échange du soutien de cette dernière en leur faveur", suppose-t-il encore.

"Chaque année, le cas des îles Eparses est inscrit à l'ordre du jour de l'assemblée générale des Nations unies. Chaque année, il est toujours ajourné", déplore le cadre.

Pour Joëli Valérien Lalaharisaina, ministre auprès de la Présidence chargé des Ressources stratégiques, "outre la question de souveraineté, les questions économiques et stratégiques, expliquent, entre autres, l'intérêt des "îles" ", reconnait-il.

"Il est tout à fait possible qu'il y ait une importante présence de pétrole et de gaz autour des "îles Eparses". Il y a des poissons, des nodules métalliques, des terres rares et probablement du pétrole et du  gaz. Il n’y a pas encore eu de recherche avérée, c'est vrai, sauf pour les nodules métalliques avec lesquelles des études ont déjà été faites", a-t-il ainsi affirmé à Anadolu.

Mais de son côté, le rapport de commission du Sénat français de 2010 minimise la potentialité pétrolière et gazière des "îles Eparses" et n'évoque qu'un "petit espoir" sur le sujet.

  Ledit rapport fait ainsi état d'une volonté de faire de ces îles "des espaces protégés et des sanctuaires de biodiversité" et des "laboratoires pour l'étude des sciences de la vie, de l'univers et la météorologie". En géopolitique, le même rapport exhorte la recherche d''"accords pour mieux organiser les routes maritimes du canal du Mozambique".  

Les autorités malgaches se montrent, quant à elles, très discrètes sur le cas des "îles".

 

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