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Vingt-cinq avocats saisissent la CPI contre le ministre suisse des AE pour complicité à Gaza

- Le procureur de la Cour pénale internationale a été saisi contre le ministre suisse des Affaires étrangères Ignazio Cassis pour complicité présumée dans les crimes commis à Gaza

Serap Doğansoy  | 05.02.2026 - Mıse À Jour : 05.02.2026
Vingt-cinq avocats saisissent la CPI contre le ministre suisse des AE pour complicité à Gaza

Istanbul

AA / Istanbul / Serap Dogansoy

Vingt-cinq avocats suisses ont annoncé mardi avoir dénoncé le ministre suisse des Affaires étrangères Ignazio Cassis auprès du bureau du procureur de la Cour pénale internationale (CPI), pour complicité dans les crimes commis par Israël dans la bande de Gaza. Ils demandent l’ouverture d’une enquête contre le conseiller fédéral.

Lors d’une conférence de presse à Berne, les juristes ont indiqué viser des faits susceptibles de constituer une complicité de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide. Selon eux, la Suisse manquerait à ses obligations découlant des Conventions de Genève et du droit international humanitaire.

- Manquements allégués aux obligations internationales

Les avocats estiment qu’Ignazio Cassis, en tant que chef du Département fédéral des affaires étrangères, disposait de moyens politiques, diplomatiques et économiques pour empêcher ou, à tout le moins, ne pas favoriser la commission de tels crimes. Ils lui reprochent de ne pas avoir rompu les relations commerciales avec Israël, de ne pas avoir maintenu le financement de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine, et de ne pas avoir interdit totalement les exportations d’armes et de biens à double usage.

Ils ajoutent que le ministre aurait dû rappeler au Conseil fédéral et au Parlement les obligations de la Suisse en tant que dépositaire des Conventions de Genève et signataire de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide.

- Coopération militaire et exportations critiquées

Les avocats pointent également un accord de coopération militaire signé en 2013 entre les ministres de la Défense suisse et israélien. Depuis lors, selon eux, la Suisse achèterait et vendrait des armes et des biens à double usage à Israël, et coopérerait au développement de systèmes d’armes.

Ils soulignent une augmentation marquée des exportations de biens à double usage depuis 2024, notamment de composants destinés au drone Hermes 900 utilisé dans la bande de Gaza. Ce drone est fabriqué par le groupe israélien Elbit Systems, qui dispose d’une filiale en Suisse.

D’après les juristes, entre octobre 2023 et avril 2024, vingt autorisations d’exportation de biens à double usage vers Israël ont été accordées à dix-sept entreprises suisses. En 2024, ces exportations auraient atteint un niveau record de 16,7 millions de francs suisses, avec une poursuite de la hausse au premier trimestre 2025.

- Réponse des autorités suisses

Contacté par l’agence Keystone-ATS, le Département fédéral des affaires étrangères a indiqué avoir pris connaissance de la démarche, soulignant qu’il appartient au bureau du procureur de la CPI d’évaluer la pertinence des informations transmises.

Le département rappelle que, depuis le début de la guerre à Gaza, le Conseil fédéral appelle à un cessez-le-feu immédiat et permanent, à la libération de tous les otages et à un accès humanitaire sans entrave. Il souligne également l’engagement humanitaire de la Suisse au Proche-Orient, chiffré à 150 millions de francs.

Cette plainte intervient dans un contexte de positionnement diplomatique assumé par la Suisse sur le conflit israélo-palestinien. En septembre 2025, le Conseil fédéral avait réaffirmé que le moment n’était pas encore venu de reconnaître officiellement l’État de Palestine. Ignazio Cassis avait alors expliqué que Berne soutenait le principe d’une solution à deux États, tout en souhaitant conserver la reconnaissance comme levier politique à actionner ultérieurement, lorsqu’un plan de paix crédible serait sur la table. Une ligne partagée par la présidente de la Confédération Karin Keller-Sutter, qui avait rappelé que des conditions liées à la sécurité d’Israël et à l’autodétermination du peuple palestinien devaient être réunies avant toute reconnaissance officielle.



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