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Versements de Lafarge à Daech : un vrai scandale d’Etat

Lassaad Ben Ahmed   | 15.07.2021
Versements de Lafarge à Daech : un vrai scandale d’Etat

France

AA / Nice / Feïza Ben Mohamed

Le journal français "Libération" révélait dans ses colonnes, mardi, l’existence d’une note de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE ), attestant que la France avait connaissance des versements effectués par le cimentier Lafarge au groupe terroriste Daech.

Depuis 2014, l’Etat français, était donc informé de ces transactions, estimées à 13 millions d’euros, par le biais de ses services de renseignements.

Lorsque l’existence de ces arrangements financiers entre Lafarge et Daech a été révélée, aboutissant à une première mise en examen du groupe français dès 2018, nombreux sont ceux qui se sont interrogés sur la responsabilité de l’Etat.

Matthieu Rey, chercheur au CNRS et spécialiste notamment de la Syrie, souligne dans un entretien avec l'Agence Anadolu, qu’il s’agissait « d’une preuve supplémentaire des connexions entre Lafarge et Daech ».

Il explique que le cimentier a continué à exploiter l’un de ses sites « alors même que le territoire avait été mis sous contrôle » de groupes terroristes, rappelant, par ailleurs, que « dans ces cas-là il y a redevance obligatoire ».

Selon Matthieu Rey, les autorités judiciaires pouvaient présumer de l’existence de ces arrangements financiers.

« Je pense qu’il faut également parler du Moyen-Orient parce que malheureusement on est en train de l’oublier » rappelle l’historien, précisant que les soulèvements populaires nés en 2011 « ne sont pas terminés » et que « les peuples continuent de revendiquer la fins d’autoritarismes brutaux ».

Il déplore, enfin, le fait que la « solution sécuritaire » ait été la seule mise en œuvre notamment en Syrie pour combattre Daech, sans qu’une « solution politique ne soit proposée ».

Sur les réseaux sociaux, depuis les révélations de "Libération", les réactions, tant politiques que médiatiques, pointent clairement l’implication (indirecte) de l’exécutif, alors dirigé par François Hollande président de la République et Manuel Valls, Premier ministre.

Thomas Portes, porte-parole du mouvement Générations, souligne que le « gouvernement de François Hollande a laissé financer Daech pour sauver le cimentier Lafarge » et pointé du doigt le fait qu’à « l’époque Emmanuel Macron passe de Secrétaire général adjoint de l’Élysée à ministre de l’Économie » et qu’il était donc « au cœur du réacteur ».

« Que savait-il ? la lumière doit être faite. Vite. », poursuit le responsable politique qui s’étonne, par ailleurs, du « silence radio des médias » alors qu’un « président de la République en exercice, un ex-Premier ministre, un ex-Président sont au cœur d’un scandale d’Etat où ils sont soupçonnés d’avoir laissé financer Daech pour aider une entreprise ».

De son côté, le chef de file de la France Insoumise et député, Jean-Luc Mélenchon pointe du doigt ceux qui « laissent financer Daech ».

D’un point de vue purement judiciaire, la Cour de cassation supposée rendre sa décision concernant la mise en examen de Lafarge, a repoussé son jugement au 7 septembre prochain.

Si Lafarge est déjà mis en examen depuis 2018 pour des faits de « financement du terrorisme », « violation d'un embargo » et « mise en danger de la vie » de ses salariés en Syrie.

La plus haute juridiction judiciaire doit statuer sur l’accusation de « complicité crime contre l’humanité » invalidée par la Cour d’appel en 2019.

Sont également poursuivis dans cette affaire le PDG Bruno Lafont, l'ancien directeur de la Sûreté Jean-Claude Veillard et l'un des ex-dirigeants de la filiale syrienne, Frédéric Jolibois.

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