AA - Paris - Bilal Muftuoglu
Alors que Paris s'apprête à accueillir la Conférence sur le Climat (COP21) sous l'état d'urgence proclamé sur l'ensemble du territoire français, certaines voix critiques s'élèvent afin de remettre en cause l'utilité de ce sommet pour sauver la planète.
Parmi ces voix, figure en particulier Philippe Verdier, ancien présentateur météo de France 2, licencié après la parution de son livre critique de la COP21 [Climat Investigation] et l'envoi de sa lettre ouverte au président français François Hollande.
Se qualifiant de "journaliste atypique", Verdier est effectivement un des seuls présentateurs météo à avoir suivi une bonne part des précédentes éditions des sommets "COP" et lancé des recherches sur le changement climatique.
"Les communiqués de presse que je recevais après ces sommets n'avaient pas de sens, ils étaient contradictoires", explique Verdier à Anadolu, revenant sur l'idée qui l'a amené à écrire ce livre critique.
Le public français, mais aussi international, devrait connaître les réalités derrière la campagne de communication du ministère français des Affaires étrangères mais aussi le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), organisme onusien très influent sur les négociations climatiques, estime encore Verdier.
- "20 ans de négociations climatiques qui ne vont pas dans le bon sens"
Paris accueillera la 21e édition du sommet onusien, d'où l'appellation COP21, rappelle l'ex-présentateur météo, ajoutant, "Si ce sommet s'appelle COP21 cela veut dire qu'il y en au 20 dans le passé. Cela fait 20 ans qu'il y a des négociations climatiques qui ne vont pas du tout dans le bon sens, chaque année on émet plus de CO2 qu'avant, tout ce qui est discuté dans ces réunions ne suffit pas".
Selon Verdier, le problème avec les "COP" commence avec le cadre des participants, souvent limités aux ministres de l'Environnement de chaque pays.
"Il n'y a pas de ministres de l'Economie ou des Finances, qui peuvent eux prendre des décisions", regrette Verdier, soulignant que le changement climatique devra être débattu dans une perspective économique.
Depuis l'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto, le dernier accord onusien sur le changement climatique, les pays n'ont pas respecté les règles et il y a eu plus d'émission de gaz à effet de serre, évoque encore Verdier, dénonçant l'absence d'une "justice ou police environnementale mondiale".
- "Plus personne ne parlera du climat après la COP21"
L'accord qui pourrait voir le jour au terme de la COP21 n'apportera pas de valeur ajoutée sur la question du climat, comme cela a été le cas avec Kyoto, affirme encore l'auteur du livre "Climat Investigation", notant qu'il n'aura "aucun sens" pour sauver la planète.
L'intérêt pour le changement climatique, qui est devenu parmi les sujets les plus prisés par les médias ces derniers temps, est "éphémère", d'après Verdier, qui indique: "Pendant les 15 jours, cela va être comme un grand théâtre, au début il y aura de l'espoir, les chefs d'Etat vont se réunir pour faire des photos et puis en plein milieu ça va être très creux. Et puis à la fin il y aura un bout de papier et le lendemain de la COP, plus personne ne parlera du climat jusqu'à l'année prochaine".
Verdier se montre aussi critique du ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, qui souhaite avoir un accord "ambitieux". "L'ambition est de plus en plus basse année après année", regrette-t-il. Et d'ajouter:
"Il n'y a pas de coordination entre les pays, chaque pays va proposer une résolution, c'est un mensonge envers 7 milliards de personnes. Même s'il y a un accord cela n'aura pas de sens, les pays ne sont fondamentalement pas d'accord. C'est contraire à la manière dont le monde tourne ".
- "Pression énorme" sur les entreprises publiques
La COP21 coïncide aussi avec la fin du mandat du président François Hollande, fait remarquer Verdier, notant que ce dernier souhaite que la conférence soit "parfaite", pour revendiquer un succès à titre individuel.
Le Quai d'Orsay, l'organisateur de la conférence, a ainsi fait une "pression énorme" sur les entreprises publiques, révèle l'ex-présentateur météo, notamment pour qu'elles financent le sommet.
Fabius a par ailleurs convoqué les présentateurs météo, souligne-t-il, pour qu'ils parlent lors de leurs émissions, non pas du "changement climatique", mais du "chaos climatique", notamment pour faire peur au grand public.
En cas d'un échec total de la COP21, le gouvernement français tentera de "minimiser" le résultat, en accusant, selon Verdier, les autres pays de ne pas avoir voulu contribuer à la solution contre le changement climatique.
- L'Elysée derrière le licenciement de Verdier?
Peu après l'éclatement du scandale entre France Télévisions et Verdier, les médias français ont évoqué une possible intervention de l'Elysée dans cette affaire de licenciement. Interrogé sur ces allégations, Verdier dit "n'exclure aucune hypothèse" dans cette histoire.
"France Télévisions était au courant du livre avant sa parution", assure Verdier, indiquant encore que tout allait très bien avec la compagnie, jusqu'à la diffusion de la lettre ouverte et le débat qu'a suscité l'ouvrage.
Verdier note encore que les membres du gouvernement comme Fabius ou encore Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie, n'hésitaient pas à lui écrire, pour qu'il travaille pour la COP 21, avant la parution de son ouvrage.
"Depuis que le livre est sorti ils ne savent même pas qui je suis", conclut-il.