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Venezuela : l’Amérique latine divisée sur l’intervention américaine

- Tandis que le Mexique, le Brésil dénoncent une violation de la souveraineté, d’autres États, dont l’Argentine, le Salvador et le Paraguay, saluent l’événement comme un pas vers la restauration de l’ordre démocratique

Mariem Njeh  | 05.01.2026 - Mıse À Jour : 06.01.2026
Venezuela : l’Amérique latine divisée sur l’intervention américaine

Istanbul

AA / Istanbul / Mariem Njeh

La capture de Nicolas Maduro et de son épouse lors d'une opération militaire américaine au Venezuela a déclenché une polarisation immédiate en Amérique latine. L'intervention a scindé le continent en deux blocs antagonistes : un front de défense de la souveraineté, mené par le Mexique et le Brésil, s'oppose aux chancelleries saluant la chute du régime chaviste. Face à l'incertitude, la région a relevé son niveau d'alerte, la Colombie déployant son armée à la frontière tandis que l'Équateur interdisait l'accès aux dignitaires vénézuéliens.

- Coopération régionale plutôt que subordination : la ligne du gouvernement mexicain 

Pour Mexico, l'impératif est désormais l'intégration du continent américain afin de parvenir à l'« autosuffisance » et de « rivaliser avec la croissance de l'Asie ». Une ambition jugée incompatible avec des interventions militaires visant à « soumettre d'autres peuples ». S’exprimant lundi lors de sa conférence matinale, la présidente mexicaine a résumé sa doctrine en ces termes : « Coopération, oui ; subordination et intervention, non ».

Dans un communiqué publié lundi, le gouvernement mexicain revient également sur les échanges avec Donald Trump, renvoyant Washington à ses propres contradictions. Le texte souligne la « responsabilité partagée » dans l'instabilité régionale, pointant du doigt « l'entrée illégale d'armes de haute puissance depuis les États-Unis » comme une cause majeure de la violence au Mexique.

- Un front commun contre l'appropriation des ressources 

Dans une démarche coordonnée, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Mexique et l'Uruguay, rejoints par l'Espagne, ont exprimé dimanche dans un communiqué conjoint leur « profond rejet » des actions militaires unilatérales. Ces six pays ont dénoncé une violation flagrante de la Charte des Nations unies et ont spécifiquement mis en garde contre toute tentative de « contrôle, administration ou appropriation externe des ressources naturelles ou stratégiques » du Venezuela. Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a qualifié l'opération de « grave affront » à la souveraineté, tandis que Cuba dénonçait un acte de « terrorisme d'État ».

- La Paz et Panama City : le grand écart diplomatique

Cette fracture régionale s'est cristallisée lundi autour des positions divergentes affichées par la Bolivie et le Panama.

Le président bolivien Rodrigo Paz Pereira a opté pour une intransigeance totale envers le pouvoir déchu. Dans une déclaration ferme, il a assimilé l'administration Maduro à une « tyrannie » sous l'emprise du « trafic de drogue », soulignant face à la situation que « la liberté n'est pas négociable ».

De son côté, le Panama a tenté une approche plus nuancée lors de son intervention, lundi, devant le Conseil de sécurité de l'ONU. Si la diplomatie panaméenne a fustigé un « régime autoritaire et illégitime » accusé d'avoir « pris en otage » son propre peuple, elle a simultanément marqué sa différence sur la méthode. Panama City a ainsi réitéré son attachement « indéfectible » au principe de non-intervention et au respect de la Charte des Nations unies, refusant de valider l'usage de la force.

- Des alliés américains saluent l’opération au Venezuela 

En rupture avec les condamnations régionales, les gouvernements alignés sur Washington ont apporté un soutien immédiat à l'intervention. À Buenos Aires, le président argentin Javier Milei a salué la capture de Nicolas Maduro, qualifiant l'événement d'« avancée pour la liberté ».

Cette lecture est partagée par Asuncion et San Salvador : le Paraguay a officiellement estimé que l'opération pourrait ouvrir la voie à la « restauration de l'ordre démocratique », tandis que le président salvadorien Nayib Bukele a amplifié ses critiques envers le régime déchu sur les réseaux sociaux.

- Alerte aux frontières et mesures d'exception

l'onde de choc de l'intervention américaine s'est immédiatement répercutée sur les frontières terrestres et maritimes du Venezuela, poussant les voisins à des mesures d'urgence. En Colombie, redoutant une crise humanitaire majeure, le président Gustavo Petro a ordonné le déploiement préventif de troupes le long de la frontière. Alerté dès le début des frappes, Bogota tente ainsi de se préparer à gérer un potentiel exode massif de réfugiés civils fuyant les zones de combat.

Plus au sud, l'Équateur a opté pour un verrouillage politique et sécuritaire dès le 3 janvier. Le ministère de l'Intérieur a officiellement interdit l'accès au territoire aux « citoyens vénézuéliens liés au régime de Maduro », une mesure visant spécifiquement les fonctionnaires, les membres des forces armées et de police, ainsi que les hommes d'affaires associés au pouvoir déchu. Quito a fermement prévenu qu'il ne tolérerait aucun « usage abusif » des statuts d'asile ou de refuge pour ces personnalités.

Dans les Caraïbes, la tension diplomatique s'est également fait sentir. Trinité-et-Tobago, voisin maritime immédiat, a dû réagir officiellement pour démentir toute participation logistique à l'attaque américaine, cherchant à préserver sa neutralité face aux rumeurs d'implication.

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