Ukraine : Paris presse Moscou d’accepter le plan américain et réaffirme son soutien à Zelensky
- Alors que le président ukrainien Volodymyr Zelensky est attendu à Paris ce lundi 1ᵉʳ décembre, le chef de la diplomatie française revient sur l'actualité du conflit entre la Russie et l'Ukraine, réaffirmant leur présence aux côtés de l'Ukraine
Istanbul
AA / Istanbul / Ben Amed Azize Zougmore
La France a réaffirmé dimanche son soutien indéfectible à Kiev et appelé Moscou à prendre au sérieux la nouvelle proposition américaine de règlement du conflit en Ukraine, estimant que la paix « est à portée de main » si la Russie renonce à ses "ambitions impériales".
Dans un entretien à La Tribune du Dimanche, le chef de la diplomatie française assure que les Européens ont été pleinement associés à la nouvelle mouture du plan de règlement du conflit transmise par Washington à Moscou, après les discussions de Genève. « Les Européens n’ont ménagé aucun effort pour peser sur les discussions », affirme-t-il, rappelant que les États-Unis ont accepté pour la première fois de contribuer aux garanties de sécurité travaillées depuis des mois par les Européens.
- « La paix est à portée de main »
Pour Paris, le Kremlin doit désormais prendre au sérieux la proposition américaine, « affinée dans le dialogue avec les Européens ». La Russie, assure le ministre, se trouve en situation d’échec militaire, malgré des gains limités sur le front oriental, obtenus « au prix de pertes humaines colossales », qu’il chiffre à plus de 1 000 soldats russes tués quotidiennement.
Dans ce contexte, poursuit-il, Moscou intensifie ses frappes contre les infrastructures civiles et les zones résidentielles en violation du droit international. « Vladimir Poutine doit accepter le cessez-le-feu ou exposer la Russie à de nouvelles sanctions qui épuiseront son économie », prévient-il.
- Zelensky « dispose de toute la légitimité »
Interrogé sur les accusations de corruption en Ukraine et sur la démission récente d’un proche collaborateur de Zelensky, le ministre se montre catégorique : « Volodymyr Zelensky s’est affirmé en héros de la résistance (…) Il dispose de toute la légitimité pour conduire l’Ukraine vers la paix ».
Il rappelle que le président ukrainien a été élu lors d’un scrutin « ouvert et démocratique », contrairement à Vladimir Poutine, et que c’est la guerre « choisie par la Russie » qui empêche la tenue d’élections en Ukraine.
Concernant les discussions révélées entre un émissaire américain et un conseiller diplomatique du Kremlin, il invite à « juger les États-Unis sur les actes plutôt que sur les mots ».
- Un tournant pour le lien transatlantique ?
À propos de la place des États-Unis dans la sécurité européenne, le ministre estime que Washington exprime depuis longtemps son souhait de réduire son engagement dans l’Otan. Il y voit une « opportunité » pour les Européens : prendre toute leur part, développer leurs capacités et renforcer le « pilier européen de l’Alliance », condition selon lui de l’autonomie stratégique.
Il se félicite également de l’adoption d’un principe de « préférence européenne » dans les nouveaux programmes de défense de l’UE, qu'il qualifie de « victoire importante » pour Paris.
- « La paix a un prix »
Alors que plusieurs responsables militaires européens alertent sur un risque d’escalade russe, le ministre refuse d’alimenter la peur mais appelle à la lucidité. « Notre capacité à écarter la menace dépend de notre force intérieure, militaire et morale », dit-il.
« La paix a un prix : celui des efforts que nous faisons pour doubler nos moyens militaires et dissuader toute agression. » Il exhorte les forces politiques françaises à intégrer cette réalité au moment d’examiner le budget.
Les critiques venues de l’extrême droite et de l’extrême gauche sont balayées d’un revers de main : des dirigeants « irresponsables », qui ont « toujours mangé dans la main du Kremlin », juge-t-il.
- Lutte informationnelle et « guerre hybride »
Paris affirme avoir renforcé ses capacités de riposte aux campagnes de désinformation visant la France. Une « veille numérique » active en continu aurait déjà été « clairement perçue par nos adversaires », assure le ministre, qui annonce également le lancement de contre-campagnes destinées à dénoncer « les mensonges » visant les intérêts français.
- Actifs russes immobilisés : un levier crucial
S’agissant des avoirs russes gelés en Europe, le ministre rappelle qu’il s’agit d’un « atout considérable » pour peser sur les paramètres d’une paix future, et d’un moyen de s’assurer que Moscou financera la reconstruction de l’Ukraine.
Paris souhaite par ailleurs garantir la stabilité financière de Kiev pour les deux prochaines années si la guerre devait se prolonger. Des décisions sont attendues au Conseil européen du 18 décembre.
- Une journée ukrainienne à Paris
Ce lundi, Paris accueillera plusieurs événements consacrés à l’Ukraine, en présence de la première dame Olena Zelenska. La France mettra d’abord à l’honneur l’initiative Bring Kids Back, qui a permis de rapatrier environ 2 000 enfants ukrainiens déportés en Russie — un crime de guerre pour lequel la Cour pénale internationale a délivré un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine.
La capitale lancera ensuite une saison culturelle franco-ukrainienne, afin de rappeler que la guerre « se livre aussi avec les armes de l’esprit ».
Les déclarations de Jean-Noël Barrot interviennent alors que Paris s'apprête à accueillir le président ukrainien Volodymyr Zelensky, deux semaines seulement après sa dernière visite en France, pour "faire avancer les négociations".
