UE: le Parlement fixe 2035 pour éradiquer la pauvreté, 93 millions de personnes concernées
- Près d’un quart des enfants de l’Union exposés au risque de pauvreté, alors que les inégalités persistent entre États membres
Istanbul
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Le Parlement européen a adopté jeudi un rapport appelant à l’éradication de la pauvreté dans l’Union européenne d’ici à 2035, alors que 93,3 millions de personnes, dont près de 20 millions d’enfants, étaient exposées au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale en 2024, selon les dernières données européennes.
Adopté par 385 voix pour, 141 contre et 53 abstentions, ce texte non contraignant vise à orienter la future stratégie européenne de lutte contre la pauvreté, que la Commission européenne doit présenter au premier semestre. Les députés demandent que la pauvreté soit reconnue comme une violation de la dignité humaine et appellent à la mobilisation de ressources budgétaires adéquates dans le cadre du prochain budget pluriannuel de l’Union.
Selon les données publiées par Eurostat, 21 % de la population de l’Union était exposée au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale en 2024. Parmi ces personnes, 5,6 millions cumulaient simultanément les trois formes de vulnérabilité mesurées : pauvreté monétaire, privation matérielle sévère et faible intensité de travail au sein du ménage.
- Près d’un quart des enfants de l’Union menacés par la pauvreté
La situation des mineurs demeure particulièrement préoccupante. En 2024, 24,2 % des enfants de moins de 18 ans, soit près d’un quart de cette tranche d’âge, vivaient dans un ménage exposé au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. Le taux atteint 35,1 % en Bulgarie, 34,6 % en Espagne et 33,8 % en Roumanie. La France affiche un taux de 26,2 %, supérieur à la moyenne européenne. À l’inverse, la Slovénie, Chypre et la République tchèque présentent des niveaux nettement plus bas.
Le Parlement demande un renforcement de la Garantie européenne pour l’enfance et plaide pour la création d’une enveloppe dédiée d’au moins 20 milliards d’euros. Il souhaite également que les États membres consacrent au moins 5 % des ressources du Fonds social européen plus à la lutte contre la pauvreté des enfants, et 10 % dans les pays où cette pauvreté dépasse la moyenne de l’Union.
- Emploi, services publics et lutte contre le sans-abrisme au cœur des priorités sociales
Au-delà de l’enfance, les députés appellent à inscrire le plein emploi et la protection sociale au cœur des politiques économiques, à garantir des salaires équitables et à améliorer l’accès aux services de garde d’enfants afin de lutter contre la pauvreté des travailleurs. Ils demandent par ailleurs des investissements accrus pour assurer un accès universel au logement, à l’alimentation, à l’eau, à l’énergie, aux transports et à l’assainissement.
Le texte invite également à l’adoption d’un plan d’action visant à mettre fin au sans-abrisme dans l’ensemble de l’Union d’ici à 2030.
- Des disparités persistantes en Europe, la France en hausse, objectifs 2030 sous pression
Les écarts entre États membres demeurent marqués. En 2024, la part de la population exposée au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale atteignait 30,3 % en Bulgarie, 27,9 % en Roumanie, 26,9 % en Grèce et 25,8 % en Espagne. À l’inverse, elle était de 11,3 % en République tchèque, 14,4 % en Slovénie et 15,4 % aux Pays-Bas.
En France, 20,5 % de la population, soit 13,5 millions de personnes, étaient concernées en 2024, une proportion en hausse par rapport à 2015. Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques, le taux de pauvreté y a progressé de 13,3 % en 2014 à 15,9 % en 2024.
Dans le cadre du plan d’action du socle européen des droits sociaux adopté en 2021, l’Union s’est engagée à réduire d’au moins 15 millions le nombre de personnes menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale d’ici à 2030, dont au moins cinq millions d’enfants. La stratégie européenne en préparation doit constituer la première feuille de route globale consacrée à cet objectif.
