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Trump est « la seule personne capable de vraiment faire pression sur Israël », selon le chef de la diplomatie turque

- La coopération sur Gaza et la Syrie illustre une dynamique régionale plus positive, notamment entre la Türkiye et les pays arabes

24.01.2026 - Mıse À Jour : 24.01.2026
Trump est « la seule personne capable de vraiment faire pression sur Israël », selon le chef de la diplomatie turque

AA / Istanbul 

Le ministre turc des Affaires étrangères a déclaré vendredi que le président américain Donald Trump a la capacité de faire pression sur Israël pour mettre fin à ses opérations dans la bande de Gaza, estimant que le dirigeant américain peut agir de manière indépendante et exercer une influence réelle s’il le souhaite.

S’exprimant dans l’émission « On the Record » animée par la journaliste Hadley Gamble, Hakan Fidan a affirmé croire que Donald Trump peut mettre un terme aux combats à Gaza, rappelant qu’Israël a violé à plusieurs reprises les accords de cessez-le-feu.

« Nous pensons que le président Trump est la seule personne capable de vraiment faire pression sur Israël », a déclaré Fidan.

« Nous pensons que Trump n’est dépendant d’aucun objectif de différents lobbies. Il peut donc réfléchir librement et agir de façon indépendante. Ainsi, s’il le veut, il a la capacité de faire pression sur Israël et d’arrêter le mauvais comportement d’Israël. »

Interrogé sur l’éventualité d’un envoi de troupes turques à Gaza, Fidan a rappelé la déclaration du président turc Recep Tayyip Erdogan, selon laquelle Ankara est prête à faire tout ce qui est en son pouvoir pour contribuer au plan de paix pour Gaza.

Fidan a indiqué que la Türkiye serait disposée à participer à une force internationale de stabilisation à Gaza, tout en soulignant qu’un tel déploiement dépendrait de discussions plus larges et d’un consensus au sein de la communauté internationale.

- « La stabilité en Iran est importante pour nous tous »

« Je conseillerais à mes amis américains : “Ne le faites pas” », a déclaré Fidan, interrogé sur la possibilité d’une intervention américaine en Iran.

« Parce qu’ils exercent déjà une forte pression sur l’Iran. Les sanctions portent un coup dur à l’économie iranienne. C’est pourquoi la population proteste », a-t-il ajouté.

Il a souligné que l’Iran reste ouvert aux négociations, tout en avertissant que si Téhéran se sent acculé, il pourrait se préparer à un scénario catastrophe.

« S’il y a une seule intention sincère, qui est de résoudre le problème, je crois qu’il existe une opportunité », a-t-il affirmé.

Rappelant que l’Iran est un pays voisin majeur et que ce qui s’y passe a un impact sur une vaste région, il a déclaré : « La stabilité en Iran est importante pour nous tous. »

Fidan a assuré qu’Ankara estime que le dialogue, et non la force, est la seule voie réaliste pour régler les différends entre l’Iran et la communauté internationale. « Le dialogue est le seul moyen de résoudre les problèmes. »

« La contestation, les protestations et les manifestations en Iran… Je pense que le régime et le gouvernement reçoivent les messages nécessaires. Mais à cause de leurs problèmes avec le système international, sur le plan financier et sur d’autres plans, il n’est pas facile pour le gouvernement de fournir des moyens économiques à sa population. »

Il a estimé que l’Iran doit changer sa politique étrangère et sécuritaire pour « vraiment saisir certaines opportunités », tout en précisant qu’il ne croit pas que les évolutions en Iran ou autour de l’Iran mèneront à un changement de régime.

Situation régionale

Interrogé sur l’évolution générale de la région, Fidan a dit voir des raisons d’optimisme prudent, notamment en Syrie, exprimant également l’espoir que le cessez-le-feu à Gaza puisse se maintenir.

Selon lui, ce qui se passe en Syrie montre que les pays de la région, les États-Unis et la communauté internationale se sont, pour la première fois, rapidement accordés sur un dossier du Moyen-Orient et ont commencé à prendre des mesures concrètes.

« Je pense que cela veut dire quelque chose », a déclaré Fidan. « Si nous pouvons répéter cela sur d’autres problèmes dans notre région ou dans le monde, nous pouvons obtenir des résultats rapidement. »

« Mais notre région ne sera plus jamais la même », a-t-il ajouté, indiquant que l’espoir et le travail de la Türkiye visent à « l’améliorer par rapport au passé ».

Fidan a indiqué qu’Ankara cherche à jouer un rôle constructif partout où cela est possible, soulignant qu’il est essentiel que les problèmes régionaux soient réglés par les pays de la région. Il a affirmé que cette approche correspond à « la méthodologie générale de la politique de Trump », notant que Washington ne veut plus jouer le rôle de « police mondiale de l’ordre mondial ».

Concernant les tensions entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU), Fidan a estimé que l’unité régionale est essentielle, jugeant regrettable de voir deux partenaires proches s’éloigner.

« Mais nous pensons qu’ils vont se retrouver, parce qu’ils sont frères et sœurs et qu’ils sont de vieux amis. Et je pense qu’en temps voulu, ils régleront leurs problèmes, car les dirigeants des EAU et de l’Arabie saoudite sont expérimentés », a-t-il dit.

L’adhésion de la Türkiye à l’UE

Fidan a déclaré que l’adhésion de la Türkiye à l’Union européenne ne se concrétisera pas tant que le bloc conservera une approche politique fondée sur l’identité à l’égard d’Ankara.

Soulignant que l’UE met en avant la différence de religion et de civilisation de la Türkiye, ce qui empêche tout progrès, il a estimé que le bloc n’a pas réussi à devenir « trans-civilisationnel » en tant qu’institution supranationale.

Rappelant que l’Allemagne et la France ont soutenu la candidature turque jusqu’en 2007, il a rejeté les affirmations selon lesquelles l’entrée de la Türkiye renforcerait les mouvements d’extrême droite, soulignant que, quoi qu’il en soit, ces mouvements ont progressé.

Il a soutenu que l’Europe aurait été plus forte et que le Brexit n’aurait peut-être pas eu lieu si la Türkiye avait été membre de l’UE.

Sur la sécurité européenne, Fidan a déclaré que l’UE s’est longtemps appuyée sur la protection américaine et cherche désormais sa propre architecture de sécurité. Il a ajouté que les intérêts divergents entre puissances mondiales placent souvent la Türkiye dans une position délicate, ce qui aurait pu être évité grâce à davantage d’unité.

Tout en affirmant que les liens économiques entre Ankara et l’UE sont solides, il a noté que la coopération en matière de sécurité reste insuffisante.

L’administration Trump corrige en profondeur la politique envers la Türkiye

Critiquant la politique américaine sous l’ancien président Barack Obama, consistant à coopérer avec le groupe terroriste PKK pour combattre l’organisation terroriste Daech, Fidan a expliqué que cette stratégie devait être temporaire, mais qu’elle se poursuit depuis plus de dix ans.

Il a ajouté que Donald Trump est désormais en train de procéder à une correction majeure de cette politique.

Rappelant l’appartenance de la Türkiye à l’Otan, Fidan a jugé qu’un allié de l’Alliance ne peut pas soutenir une organisation terroriste hostile à un autre pays membre, saluant ce changement.

La Türkiye soutient une citoyenneté constitutionnelle égale pour tous les Syriens

Affirmant que certains rapports internationaux présentent à tort le groupe terroriste YPG/FDS comme le seul représentant des Kurdes syriens, Fidan a indiqué que l’organisation terroriste PKK a forcé plus de 12 partis politiques à l’exil.

Il a déclaré que les Kurdes syriens souhaitent vivre comme des citoyens syriens à part entière, dans l’égalité et la dignité, rappelant que nombre d’entre eux avaient été privés de la citoyenneté sous Bachar al-Assad.

Fidan a ajouté que, si Assad avait rejeté cette demande, l’actuelle direction syrienne tente de corriger cette erreur.

Soulignant que la Türkiye soutient une citoyenneté constitutionnelle égale pour tous les Syriens, Fidan a affirmé que chacun doit pouvoir vivre avec son identité et sa religion au sein d’un État unifié.

Sur les relations régionales, Fidan a déclaré que les pays privilégient désormais le dialogue à la confrontation.

Il a insisté sur le fait que les divergences peuvent être mises de côté pour se concentrer sur les intérêts communs, qualifiant cela d’approche mature dans la conduite des affaires d’État.

La coopération sur des dossiers comme Gaza et la Syrie, a-t-il conclu, montre une bonne volonté régionale croissante, notamment entre la Türkiye et les pays arabes.

* Traduit de l'anglais par Adama Bamba

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