Trafic de pesticides interdits : six maraîchers jugés à Marseille sur fond de durcissement des règles
- Six agriculteurs et un intermédiaire comparaissent à partir de lundi à Marseille pour détention et usage de pesticides interdits, des substances prohibées en raison de risques sanitaires et environnementaux avérés
Istanbul
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Six maraîchers de la Drôme et des Bouches-du-Rhône comparaissent à partir de lundi 12 janvier devant le tribunal correctionnel de Marseille pour détention et usage de produits phytosanitaires interdits, dans une affaire portant sur environ trois tonnes et demie de pesticides illicites, selon les éléments de l’enquête. Les audiences doivent se dérouler sur trois jours à la Caserne du Muy.
Le dossier met en cause des exploitants majeurs du maraîchage français ainsi qu’un intermédiaire accusé d’avoir fait venir ces produits depuis l’Espagne. Les enquêteurs ont établi que certains pesticides entraient en France dissimulés comme des engrais, alors que leur mise sur le marché est strictement interdite sur le territoire national.
Les substances en cause ont été interdites au niveau européen après des évaluations scientifiques mettant en évidence des risques pour la santé humaine et l’environnement. Certaines sont soupçonnées d’effets toxiques sur la reproduction, d’autres d’être cancérogènes ou perturbatrices endocriniennes, et plusieurs présentent une persistance élevée dans les sols et les milieux aquatiques, avec des effets nocifs sur la biodiversité, notamment les pollinisateurs. Des avis successifs de l’Autorité européenne de sécurité des aliments ont conduit au retrait de leur approbation dans l’Union européenne.
Parmi les prévenus figurent notamment de grands producteurs de salades et de melons des Bouches-du-Rhône. L’association France Nature Environnement PACA s’est constituée partie civile. Des représentants du monde agricole ont toutefois exprimé la crainte que ce procès ne stigmatise l’ensemble du secteur, soulignant que la majorité des exploitants respecte la réglementation.
L’un des agriculteurs reconnaît avoir acheté des produits interdits via un intermédiaire français, déjà condamné dans une affaire similaire. D’autres contestent les faits, affirmant que les substances retrouvées étaient en leur possession avant leur interdiction. Tous sont pourtant détenteurs du certificat d’aptitude à l’utilisation des produits phytopharmaceutiques (Certiphyto) et bénéficient de labels d’agriculture durable délivrés à l’issue de contrôles essentiellement documentaires.
Ce procès intervient alors que la France a récemment renforcé son dispositif. Un arrêté ministériel du 5 janvier 2026 a suspendu, à titre conservatoire, l’importation et la mise sur le marché de denrées alimentaires provenant de pays tiers à l’Union européenne lorsqu’elles contiennent des résidus quantifiables de plusieurs substances phytopharmaceutiques interdites, en raison de ces mêmes risques sanitaires .
Les prévenus encourent jusqu’à six mois d’emprisonnement et 150.000 euros d’amende. Le jugement est attendu à l’issue des débats.
