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"Tant Lafarge que l'Etat français doivent respecter le droit international, les droits de l'Homme inclus"

- Cannelle Lavite, avocate au "European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR)" a commenté, pour l'Agence Anadolu (AA), la décision de la Cour de Cassation concernant l'affaire Lafarge/Daech

Alex Sinhan Bogmis   | 08.09.2021
"Tant Lafarge que l'Etat français doivent respecter le droit international, les droits de l'Homme inclus"

Ile-de-France

AA / Paris / Esra Taşkın

Cannelle Lavite, avocate au "European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR)", a commenté, pour l'Agence Anadolu (AA), la décision de la Cour de Cassation concernant l'affaire Lafarge/Daech.

L'ECCHR est l'une des parties civiles qui s'opposent au cimentier français Lafarge, poursuivi notamment pour "financement du terrorisme" et "complicité de crimes contre l'humanité".

"Tant Lafarge que l'Etat français doivent respecter le droit international, ce qui inclut le respect des droits de l'Homme. S'il y a des documents qui pointent la responsabilité des acteurs étatiques français, nous espérons que l'enquête en cours en tiendra compte et que les juges d'instruction examineront les éventuelles responsabilités pénales de Lafarge et de l'État français", a-t-elle poursuivi.

- Deux poids, deux mesures en matière de criminalité en France

Interrogée sur la responsabilité de la Banque européenne d'investissement, l'un des principaux investisseurs du géant du ciment en Syrie, Lavite a indiqué que si les investisseurs de Lafarge étaient informés des activités de l'entreprise comme des crimes contre l'humanité et étaient conscients que ces crimes étaient facilités par leurs investissements, des accusations contre l'entreprise pourraient également être portées contre eux.

"Nous avons vu des décisions en France condamnant les mères qui paient des billets d'avion à leurs enfants qui se rendent au soi-disant" Djihad"", a déclaré Cannelle Lavite, qui a décrit comme un "grand paradoxe" le non-lieu de la Cour suprême de ne pas considérer l'Association de victimes du terrorisme appelée Life for Paris comme partie civile dans l'affaire. Tout comme l'ONG Sherpa, elle aussi s'est vue refusée ce statut.

"D'autre part, il existe un cadre extrêmement limité lorsqu'il s'agit d'accorder aux victimes d'organisations terroristes qui financent l'accès à la justice. Cependant, ils sont victimes d'attaques terroristes facilitées par ce financement", a-t-elle ajouté.

Franceline Lepany, présidente de Sherpa, a déclaré que des accusations de "partenariat dans des crimes contre l'humanité, de financement du terrorisme et de mise en danger de la vie d'autrui" avaient été portées contre Lafarge et ses dirigeants, et que la cour d'appel avait accepté la demande de l'entreprise d'abandonner la charge de "partenariat en crimes contre l'humanité". L'affaire a été portée devant les tribunaux. La Cour suprême a annulé la décision de cette cour d'appel", a-t-elle précisé.

Lepany a indiqué qu'elle suivra l'affaire, bien que la Cour suprême ait annoncé que Sherpa ne pourra pas être partie civile dans l'affaire.

"Nous espérons que ces éléments seront inclus dans l'enquête en cours et que les mesures nécessaires seront prises", a-t-elle déclaré à propos de documents montrant que Lafarge avait conclu un contrat avec l'Etat islamique (Daech) à la connaissance des services de renseignement de l'Etat français. À long terme, ce n'est pas directement l'État, mais une enquête peut être ouverte contre les ministres de l'époque. À ce stade, la Cour de justice de la République, où les représentants de l'État sont jugés, entrera en jeu", a ajouté Lepany.

- Il s'est avéré que l'Etat français était au courant de l'accord entre Lafarge et Daech.

Une note secrète des services de renseignement français de juillet août 2014 contenait des informations selon lesquelles Lafarge avait conclu un accord avec Daech pour poursuivre ses opérations en Syrie et que Daech, qui s'est emparée de l'usine les mois suivants, avait autorisé l'entreprise à poursuivre ses activités commerciales et à les transporter dans les zones sous son emprise.

Cette note a révélé que l'État français était au courant de l'accord entre l'entreprise et l'organisation terroriste.

- AA a obtenu des documents prouvant que Lafarge a financé Daech avec la connaissance des services de renseignement français.

Les informations contenues dans les documents appartenant aux institutions françaises obtenues par l'Agence Anadolu (AA) ont révélé que le plus grand géant mondial du ciment, le français Lafarge, informait en permanence les services de renseignement français, intérieur et extérieur, de sa relation avec Daech, et que cette relation était connue de l'État français.

Selon les informations publiées par l'AA, ce mardi, se basant sur des documents secrets et des procès-verbaux, les services de renseignement et les agences gouvernementales françaises n'ont pas averti Lafarge d'avoir commis des crimes contre l'humanité en finançant le terrorisme.

Daech a notamment utilisé le ciment acheté à Lafarge pour la construction d'abris et de tunnels.

* Traduit du turc par Alex Sinhan Bogmis

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