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Stratcom 2026 : Les dirigeants débattent de l’instabilité mondiale et de la communication stratégique

- Les panels du sommet explorent l’instabilité, la diplomatie de médiation, les plateformes numériques, l’opinion publique pilotée par l’IA et la crise de légitimité dans le système international

Gizem Nisa Çebi Demir, Seda Sevencan  | 28.03.2026 - Mıse À Jour : 28.03.2026
Stratcom 2026 : Les dirigeants débattent de l’instabilité mondiale et de la communication stratégique

Istanbul

AA/Istanbul/ Gizem Nisa Demir et Seda Sevencan

Vendredi, Istanbul a accueilli des dirigeants, ministres, diplomates et experts en communication pour le Sommet international de la communication stratégique (STRATCOM) 2026, destiné à examiner l’instabilité mondiale, la diplomatie de médiation, la transformation numérique et les défis de légitimité dans le système international.

Organisé par la Direction de la Communication de Türkiye, le sommet rassemble des responsables de plusieurs régions pour discuter de la manière dont la communication stratégique transforme la diplomatie, la gouvernance et la sécurité. La première journée a été marquée par six panels, d’autres discussions étant prévues pour le deuxième jour.

- Ordre mondial et désinformation

Lors du panel « Un nouveau cadre pour l’ordre mondial : une perspective de communication stratégique », les intervenants ont souligné l’érosion du système international face à la montée de la désinformation.

Fuat Oktay, président de la Commission des affaires étrangères du Parlement turc, a indiqué que Türkiye maintient le dialogue à la fois avec l’Est et l’Ouest et peut communiquer avec presque toutes les zones de conflit grâce à un engagement fondé sur la confiance. « La transparence et l’ouverture sont des exigences fondamentales dans le domaine de la communication stratégique ; il convient d’adopter une approche de communication claire et ouverte », a-t-il affirmé.

Le ministre des Affaires étrangères de la République turque de Chypre du Nord (RTCN), Tahsin Ertugruloglu, a critiqué l’ordre mondial pour avoir échoué à Chypre du Nord . « Le système actuel, façonné par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, n’a pas su adopter une approche équitable sur la question de Chypre ; il a choisi une position qui pénalise les Chypriotes turcs tout en récompensant l’autre partie », a-t-il déclaré.

Le ministre syrien de l’Information, Hamza al-Mustafa, a expliqué que la Syrie avait été confrontée à une désinformation massive durant la guerre civile et reconstruit aujourd’hui son secteur médiatique. « La société syrienne, et en particulier la diaspora syrienne à l’étranger, joue un rôle crucial dans la lutte contre la désinformation. À ce stade, le combat entre information et désinformation est devenu l’une des dimensions les plus déterminantes de la question syrienne », a-t-il souligné.

Le ministre bangladais de l’Information, Zahir Uddin Swapon, a mis en garde contre l’impact mondial de la désinformation. « Les développements récents affectent non seulement la politique intérieure mais aussi la politique mondiale. Les tensions au Moyen-Orient et les crises pétrolières en sont des exemples concrets », a-t-il indiqué.

Kanat Iskakov, premier vice-ministre kazakh de la Culture et de l’Information, a relié la baisse de confiance entre États aux changements systémiques. « La paix ne peut être obtenue uniquement par la force ; elle exige aussi le bon fonctionnement des règles. Si l’opinion publique est constamment manipulée, il est impossible de parler de stabilité réelle », a-t-il averti.

- Médiation et diplomatie des dirigeants

Lors du panel « Acteurs et diplomatie des dirigeants dans le processus de médiation », les intervenants ont abordé la diplomatie, les liens culturels et le leadership inclusif dans la résolution des conflits.

Sultan Raev, secrétaire général de l’Organisation internationale de la culture turque (TURKSOY), a insisté sur les liens culturels partagés entre les États turcophones. « Lorsque les liens culturels sont forts, la résolution des crises devient plus facile. Dans certains cas, les crises peuvent même être résolues avant de s’aggraver », a-t-il déclaré.

La baronne Fiona Hodgson, membre de la Chambre des Lords britannique, a souligné l’importance de la participation des femmes dans les processus de paix. « Inclure les femmes dans les négociations facilite la résolution des conflits », a-t-elle affirmé.

La sénatrice égyptienne Rania Sedky a mis en garde contre les conséquences mondiales des tensions au Moyen-Orient tout en saluant la médiation menée par l’Égypte, Türkiye, le Qatar et le Pakistan. « Aujourd’hui, nous parlons des conflits en Iran, au Soudan, en Libye et au Yémen. Si la communauté internationale n’assume pas ses responsabilités, nous pourrions bientôt parler de conflits en Europe, peut-être en Allemagne ou en France », a-t-elle averti.

- Écosystème numérique et opinion publique

Lors du panel « Transformation de l’opinion publique mondiale dans l’écosystème de communication numérique », les intervenants ont examiné l’impact des plateformes digitales et de l’IA.

Mehmet Danis, président du Conseil suprême de la radio et de la télévision turque (RTUK), a alerté sur l’influence des algorithmes sur l’opinion publique et a présenté la culture numérique comme un enjeu de sécurité nationale. « Nous devons renforcer un réseau de communication partagé, enraciné dans nos propres valeurs civilisationnelles, face aux structures cherchant à établir une hégémonie digitale », a-t-il expliqué.

Le député du Parti du mouvement nationaliste (MHP), Kamil Aydin, a insisté sur l’éducation aux médias plutôt que sur les restrictions. « Les médias sont une force lorsqu’ils sont utilisés correctement ; mal utilisés, ils deviennent une menace », a-t-il affirmé.

Ahmad Ismayilov, président de l’Agence de développement des médias d’Azerbaïdjan, a mis en avant la communication stratégique proactive. « La transformation de l’opinion publique mondiale présente non seulement des risques mais aussi des opportunités. Grâce aux plateformes numériques, les États peuvent toucher un public plus large, façonner leur image internationale et participer activement aux débats mondiaux », a-t-il souligné.

Zaid Al-Nawaiseh, secrétaire général du ministère jordanien de la Communication gouvernementale, a averti contre la désinformation alimentée par l’Intelligence Artificielle (IA). « Avec le déclin des médias traditionnels, les plateformes numériques sont devenues une force majeure pour façonner l’opinion publique », a-t-il déclaré.

- Crise de légitimité et confiance

Lors du panel « Crise de légitimité et de confiance : perceptions de l’ordre international », les intervenants ont abordé la crédibilité institutionnelle et la montée des tensions géopolitiques.

Oliver McTernan, directeur de Forward Thinking, a appelé à une réforme de l’ONU. « La paix véritable et durable n’est possible que par la justice. La justice ne consiste pas seulement à reconnaître l’autre, mais aussi à garantir ses droits », a-t-il affirmé.

L’ancien ambassadeur des États-Unis en Syrie, Robert Ford, a insisté sur la diplomatie et la justice après les frappes américano-israéliennes sur l’Iran, appelant à la retenue lors des négociations. « Une communication ouverte implique de respecter l’autre partie, d’écouter attentivement et de s’exprimer de manière transparente », a-t-il expliqué.

Vincenzo Le Voci, fondateur du Club de Venise, a mis en avant la responsabilité et le dialogue, tandis que Laszlo Vasa, directeur du Centre de recherche sur la langue turque Ludovika, a souligné l’autonomie stratégique et la diversification des routes de transit, y compris le corridor central. « La confiance repose sur deux piliers : authenticité et responsabilité. Supprimez l’un, et la communication échoue », a-t-il averti.

Cuneyt Yuksel, président de la Commission de la Justice du Parlement turc, a affirmé que le système international traverse une profonde crise de légitimité et de confiance. « Les développements actuels menacent l’ensemble de l’ordre international. Un système qui ne prend pas de mesures perd sa légitimité », a-t-il conclu.

- Nouvelle normalité dans la gouvernance mondiale

Le panel « La ‘nouvelle normalité’ dans la gouvernance mondiale : la permanence des crises » a abordé la résilience, le déplacement des rapports de force et l’instabilité persistante.

Edibe Sozen Cetintas, professeure à l’Université de Maltepe, a souligné l’importance de la résilience sociale, d’une société civile transparente et de l’exemple de Türkiye dans la protection des enfants en période de crise.

Mehmet Emin Babacan, professeur à l’Université Marmara, a affirmé que les institutions internationales ont perdu de leur pertinence, que les valeurs occidentales ne prévalent plus et que Türkiye a renforcé sa gestion des crises grâce à ses unités d’urgence et de défense.

Jonathan Fowler, directeur de la communication à l’UNRWA, a évoqué la désinformation israélienne, la mort de 400 collègues à Gaza et les attaques contre les installations de l’ONU, avertissant que ces actions menacent les normes mondiales.

Qamar Cheema, directeur exécutif de l’Institut Sanober, a décrit un changement du pouvoir mondial, avec des superpuissances en crise de confiance et des États de taille moyenne comme le Pakistan et Türkiye reconstruisant la confiance via des alliances et la communication stratégique.

Ismet Fatih Cancar, conseiller à la Présidence de Bosnie-Herzégovine, a déclaré que la « nouvelle normalité » pousse les acteurs plus modestes à former des micro-alliances, mettant en évidence l’instabilité des Balkans, l’érosion des normes fondées sur le droit et le rôle clé de Türkiye dans la stabilité régionale.

- Nouvelles priorités dans la diplomatie climatique

Les intervenants ont également abordé la diplomatie climatique, la transition énergétique, la migration climatique et la communication stratégique.

Abdulmenaf Turan, conseiller du bureau de la COP31, a déclaré : « La crise climatique n’est plus seulement un enjeu environnemental, elle fait désormais partie de la politique, de la sécurité et de la quête de justice ».

Nuran Yildiz, de l’Université d’Ankara, a souligné : « Pour gérer la crise climatique, il faut d’abord gérer le climat des émotions ».

Ramon Salaverria, de l’Université de Navarre, a expliqué : « Le changement climatique n’est pas seulement un défi environnemental, c’est aussi un défi de communication ».

Matthew Coghlan, responsable de la communication à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), a insisté : « L’action climatique doit être accélérée. Il est particulièrement important que les gouvernements et le secteur privé traduisent leurs engagements en résultats concrets et opérationnels ».

Van Nguyen, responsable de programme à l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a ajouté : « La résilience de l’alimentation et de l’agriculture face au changement climatique dépend de sciences utilisables pour la prise de décision.

Les efforts de communication doivent combler le fossé entre décisions et science afin d’orienter les choix des agriculteurs, planificateurs et décideurs ».

*Traduit de l'anglais par Sanaa Amir

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