STRATCOM 2026 : la Türkiye appelle à défendre la vérité et à construire un récit universel face aux crises mondiales
- "La guerre déclenchée par Israël risque de se transformer en crise globale", souligne Le directeur de l’Organisation nationale du renseignement turc (MIT), Ibrahim Kalın
Istanbul
AA / Istanbul
Le directeur de l’Organisation nationale du renseignement turc (MIT), Ibrahim Kalın, a déclaré lors de son intervention que « depuis avant le début de la guerre et depuis son déclenchement, chaque tentative d’ouvrir un canal de négociation, de dialogue et de communication a été sabotée. Nous constatons une nouvelle fois qu’Israël cherche activement à bloquer et neutraliser ces efforts à travers ses attaques des deux derniers jours. Nous continuerons, comme nous l’avons déjà affirmé, à œuvrer sans relâche, jour et nuit, pour mettre fin à cette guerre. »
S’exprimant lors d’une session intitulée « Nouveau paradigme de la communication : information, pouvoir et récit », organisée dans le cadre du sommet international de la communication stratégique (STRATCOM) à Istanbul, sous l’égide de la Présidence de la communication, Kalın a rappelé que, depuis la pandémie, le monde a traversé de nombreuses crises et ruptures majeures.
Il a souligné que la guerre Russie-Ukraine est entrée dans sa cinquième année sans qu’une issue claire ne se dessine, tandis que les attaques israéliennes contre Gaza, lancées en octobre 2023, se poursuivent encore aujourd’hui. « Alors que les efforts pour instaurer la paix à Gaza se poursuivent, les violations israéliennes ainsi que ses politiques d’occupation et d’annexion continuent sans interruption », a-t-il déclaré.
Kalın a également indiqué que les effets de la révolution syrienne se font toujours sentir dans toute la région, ajoutant :
« La guerre de 12 jours entre Israël et l’Iran en juin dernier a servi de test et de révélateur des conditions du conflit actuel. Aujourd’hui, nous nous trouvons au cœur d’une guerre impliquant Israël, les États-Unis et l’Iran, qui dure depuis environ un mois, ayant débuté le 28 février. Sous la direction de notre Président, nous avons déployé des efforts intensifs avec notre ministre des Affaires étrangères, notre ministre de la Défense, notre institution et tous les acteurs concernés afin d’empêcher cette guerre dès son déclenchement. »
Il a poursuivi en avertissant que l’instabilité mondiale, fondée sur l’imprévisibilité et l’usage arbitraire de la puissance, ne peut engendrer que de nouvelles crises et guerres. « Aujourd’hui, nous avons intensifié nos efforts pour mettre fin à cette guerre et empêcher qu’elle n’exclue la Türkiye ou ne s’étende davantage à la région », a-t-il ajouté.
Kalın a également souligné que la guerre déclenchée par Israël risque de se transformer en crise globale : « Comme l’a dit notre Président, elle pourrait devenir une guerre dont le coût est supporté par les 8 milliards d’êtres humains. »
- « En tant que Türkiye, nous poursuivrons notre chemin sans jamais dissocier le savoir de la vérité »
S’exprimant lors du sommet international de communication stratégique (STRATCOM), organisé à Istanbul par la Présidence de la communication sous le thème « Rupture du système international : crises, récits et quête d’un nouvel ordre », le chef du MIT, Ibrahim Kalın, déclare :
« En tant que Türkiye, nous poursuivrons notre chemin sans jamais dissocier le savoir de la vérité, la vérité de l’existence, le pouvoir de la justice et du droit, ni l’histoire et le récit du sens et de la direction. Notre effort fondamental consiste à raconter notre histoire dans un langage universel, en comprenant qu’elle n’est pas seulement celle d’un groupe, d’une faction, d’une région ou d’une ville, mais bien celle de toute notre géographie et de toute l’humanité. Nous la partagerons avec tous ceux qui sont disposés à nous écouter, dotés de raison, de cœur et d’attention. »
Kalın a rappelé qu’environ un demi-siècle s’est écoulé depuis que le postmodernisme a proclamé la fin des grands récits.
Il a expliqué que, depuis les années 1970, les penseurs postmodernes affirmaient que les grandes narrations, la raison, la science, les Lumières, le progrès, la religion ou encore la société, appartenaient au passé, et que l’histoire humaine devait désormais s’écrire à travers des dynamiques plus fragmentées, centrées sur les identités, le genre, les appartenances ethniques ou les classes sociales.
Cependant, selon lui, loin de remplacer ces grands récits par une nouvelle narration cohérente, le postmodernisme a vu émerger une domination des logiques de consommation capitaliste et de la culture de l’exposition.
Tout en reconnaissant que la critique postmoderne de la modernité a permis d’en corriger certaines rigidités, Kalın a estimé que cette période a également ouvert la voie à de nouveaux déséquilibres :
« Nous avons été confrontés à un ensemble de problématiques nouvelles : la négation de la vérité, l’instrumentalisation du savoir, la virtualisation du réel, la transformation de l’existence en une marchandise malléable, la perte de sens de la connaissance et de la politique. Tout cela nous a conduits à une période de chaos. Contrairement aux attentes, cela n’a pas rendu le monde plus rationnel ou plus libre, mais plus sombre, où des forces irrationnelles et anti-libertés ont pris le dessus. Certains parlent aujourd’hui de “lumières sombres”. »
Kalın a insisté sur le fait que « savoir » ne suffit pas en soi : « Il faut y ajouter le discernement, et à la connaissance, il faut ajouter la sagesse. L’un des plus grands malentendus de notre époque est de croire que ce que nous appelons “ère de l’information” est en réalité une ère de connaissance, alors qu’il s’agit d’une ère d’infobésité. »
Selon lui, le monde contemporain est submergé par des quantités massives de données, sans compréhension réelle de leur sens ou de leur orientation : « Nous faisons face à une avalanche d’informations qui ne résout pas nos problèmes. »
- « Nous ne parvenons plus à relier connaissance et vérité »
Kalın a défini la vérité comme une connaissance fidèle à la réalité des choses, ajoutant que toute affirmation qui ne correspond pas à cette définition reste une simple hypothèse.
Il a souligné que la vérité est étroitement liée à l’être, et regretté que les processus modernes et postmodernes aient rompu le lien entre connaissance, vérité et existence :
« Nous vivons dans une époque où le savoir est instrumentalisé, la vérité rendue arbitraire et l’être remodelé selon nos propres intérêts. Nous ne parvenons plus à établir de lien entre connaissance et existence, ni entre vérité et connaissance. »
Il a également critiqué la réduction de l’être à une simple marchandise, liée à une volonté moderne de tout contrôler, expliquant que dans cette logique, « ce qui ne peut être quantifié cesse d’exister ».
- « Défendre la vérité face au postmodernisme »
Kalın a affirmé la nécessité de réaffirmer la vérité face aux tendances postmodernes et au relativisme contemporain :
« Nous continuerons à défendre la vérité face à l’irrationalité, la liberté face à la domestication de la raison, l’humain face à la mécanisation, et une lumière profonde face aux obscurités contemporaines. »
- « Raconter notre histoire dans un langage universel »
Enfin, il a insisté sur le rôle fondamental de la communication comme construction de sens et d’orientation :
« Communiquer ne consiste pas seulement à transmettre des informations, mais à construire du sens et à donner une direction. »
Il a ajouté que l’un des problèmes majeurs du monde musulman est de ne pas suffisamment reconnaître sa propre histoire :
« Ce que vous ne nommez pas ne vous appartient pas. Une histoire que vous ne racontez pas ne devient jamais vraiment la vôtre. »
Selon lui, une expérience ne devient une véritable narration que lorsqu’elle est structurée et racontée.
- En conclusion, Kalın a réaffirmé :
« En tant que Tükiye, nous continuerons à défendre notre vision sans dissocier savoir et vérité, vérité et existence, pouvoir et justice. Nous raconterons notre histoire dans un langage universel, en la partageant avec toute l’humanité, afin qu’elle s’enrichisse également des autres récits. »
* Traduit du turc par Adama Bamba
