Sommet sur l'énergie nucléaire: Emmanuel Macron plaide pour une relance mondiale du nucléaire civil
- « Nous devons sécuriser nos approvisionnements en uranium pour être moins dépendants des soubresauts géopolitiques », a déclaré le président français qui salue le rôle central de l’AIEA pour éviter la prolifération
Istanbul
AA / Istanbul / Ben Amed Azize Zougmore
Le président français Emmanuel Macron a appelé mardi à une relance ambitieuse du nucléaire civil afin de renforcer la souveraineté énergétique, accélérer la décarbonation et soutenir la compétitivité économique, à l’ouverture du deuxième sommet international consacré à l’énergie nucléaire organisé à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).
La rencontre réunit une quarantaine de pays ainsi que plusieurs organisations internationales, dont l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), avec la participation de représentants des États-Unis et de la Chine.
Dans son discours d’ouverture, Emmanuel Macron a souligné le contexte géopolitique particulier entourant ce sommet.
« Ce sommet se tient bien sûr dans un contexte particulier, parce que le mot de nucléaire est associé à un conflit en cours, en Iran et dans le Proche et Moyen-Orient, parce que ce sommet aussi arrive 15 ans, jour pour jour, après la catastrophe de Fukushima », a-t-il déclaré, en référence à la catastrophe de Fukushima au Japon.
Le chef de l’État français a également rendu hommage au peuple japonais et rappelé que les enseignements tirés de cet accident ont conduit à un renforcement des normes de sûreté nucléaire à l’échelle mondiale.
« Nous avons besoin du nucléaire car il est une source de progrès, de prospérité et d’indépendance », a-t-il affirmé devant les dirigeants politiques, les industriels et les chercheurs réunis à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).
- Le nucléaire au cœur de la souveraineté énergétique
Selon Emmanuel Macron, l’énergie nucléaire constitue l’un des rares moyens de réconcilier trois objectifs majeurs : compétitivité économique, réduction des émissions de CO₂ et indépendance énergétique.
« Le nucléaire permet de produire une énergie compétitive, décarbonée et pilotable, capable de répondre aux défis de nos économies », a-t-il expliqué.
Le président français a également averti des risques liés à la dépendance énergétique.
« Lorsqu’on est trop dépendant des hydrocarbures, cela peut devenir un instrument de pression, voire de déstabilisation », a-t-il déclaré.
La France, qui exploite 57 réacteurs nucléaires, considère cette filière comme un pilier central de son mix énergétique aux côtés des énergies renouvelables et des politiques d’efficacité énergétique.
- Moderniser les centrales et accélérer les nouveaux projets
Le président français a rappelé que près de 10 % de l’électricité mondiale est aujourd’hui produite par environ 450 réacteurs nucléaires, tandis que près de 70 réacteurs sont actuellement en construction dans le monde.
Selon lui, l’un des objectifs prioritaires consiste à prolonger et moderniser les installations existantes.
« Le premier objectif doit être de continuer à améliorer l’exploitation des centrales existantes, de renforcer leur sûreté et de poursuivre les investissements », a-t-il déclaré.
En France, six nouveaux réacteurs de type EPR2 ont été décidés et huit autres pourraient être programmés dans les prochaines années.
- Standardisation et développement des nouveaux réacteurs
Emmanuel Macron a également insisté sur la nécessité de standardiser les technologies nucléaires afin de réduire les coûts et les délais de construction.
« On ne peut pas être rentable et compétitif si l’on construit à chaque fois un nouveau prototype », a-t-il estimé.
Il a notamment évoqué les petits réacteurs modulaires (SMR), présentés comme une innovation majeure pour l’avenir de la filière nucléaire.
- Renforcer le financement du nucléaire
Le président français a également appelé à mobiliser davantage de financements publics et privés pour soutenir les projets nucléaires.
« Nous revenons d’un monde où tout avait été construit pour que rien ne puisse financer le nucléaire », a-t-il déclaré, estimant que cette situation avait freiné le développement de la filière ces dernières années.
Il a salué les évolutions récentes des règles européennes, notamment l’intégration partielle du nucléaire dans la taxonomie des investissements durables de l’Union européenne, tout en plaidant pour une neutralité technologique complète dans les politiques de financement.
- Le rôle central de l’AIEA et de la coopération internationale
Au cours de son intervention, Emmanuel Macron a également salué le rôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique dans la régulation et la sécurité du nucléaire civil. S’adressant directement à son directeur général, il a déclaré :
« Vous avez mené un travail que je veux ici saluer pour éviter la prolifération, vous l'avez mené pour alimenter les discussions avec l'Iran, vous l'avez mené aussi pour préserver la sécurité et la sûreté du sol européen ».
Le président français a souligné que les institutions internationales restent essentielles pour prévenir les risques de prolifération nucléaire et garantir la sûreté des installations civiles.
- Sécuriser l’approvisionnement en uranium
Le chef de l’État français a par ailleurs insisté sur la nécessité de diversifier les sources d’approvisionnement en uranium, afin de réduire les dépendances stratégiques dans un contexte géopolitique instable, soulignant que la France prévoyait notamment d’augmenter les capacités d’enrichissement de l’entreprise Orano afin de renforcer l’autonomie énergétique des pays occidentaux.
- Vers un marché européen de l’électricité décarbonée
Emmanuel Macron a enfin plaidé pour un renforcement des interconnexions électriques en Europe.
« Nous devons créer un marché de la libre circulation des électrons décarbonés », a-t-il déclaré, estimant que l’électricité produite à partir du nucléaire ou des énergies renouvelables devait circuler plus librement entre les pays européens.
- Former la prochaine génération du nucléaire
Le président français a également mis en avant les besoins croissants en main-d’œuvre dans la filière nucléaire, indiquant que plus de 100 000 recrutements seront nécessaires en France dans les dix prochaines années, tandis que le secteur pourrait atteindre 1,4 million d’emplois en Europe.
Insistant sur l’importance de la recherche scientifique, notamment dans les domaines de la sûreté nucléaire et de la fusion, , Emmanuel Macron a évoqué le projet international du réacteur thermonucléaire expérimental ITER, qui réunit depuis 2006 la Chine, les Etats-Unis, l’Europe, la Russie, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud, et qui est destiné à montrer la faisabilité de l’exploitation de la fusion nucléaire.
« Sans nucléaire, nous ne pourrons pas atteindre la neutralité carbone en 2050 tout en restant compétitifs », a-t-il conclu.
