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Romuald Anger, victime d'un prêtre pédophile : Je souhaite qu’il y’ait une meilleure justice contre les pédocriminels

Souffrances, rêves brisés et fardeau insupportable ... Romuald Anger se confie à l'Agence Anadolu et livre un témoignage bouleversant

Fatma Bendhaou   | 12.10.2021
Romuald Anger, victime d'un prêtre pédophile : Je souhaite qu’il y’ait une meilleure justice contre les pédocriminels

France

AA/Paris/Fatih KARAKAYA

Le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE), rendu public le 5 octobre dernier, a révélé l’existence d’agressions sexuelles généralisées sur des mineurs depuis 1950. 

En effet, selon ce rapport 216 milles mineurs ont été abusés par des prêtres et 114 milles par des intervenants areligieux. 

Même si ce nombre semble important, il reste néanmoins, relativement bas par rapport aux 5 millions d’enfants qui ont subi des actes sexuels en dehors des églises, comme l’a relevé le même rapport.

Pourtant, la situation de l’église est emblématique d’une part parce que depuis quelques années, la parole s’est libérée et les enfants se confessent plus librement par rapport à des périodes antérieures, et d'autre part parce que ces églises n’arrivent plus à se débarrasser de cette image entachée qu’elles portent. 

Ainsi, ce rapport va certainement permettre des avancées importantes pour rendre justice aux victimes qui continuent de se battre pour faire reconnaître « leur malaise ». 

Romuald Anger fait partie de ces victimes qui n’ont toujours pas obtenu réparation. Il a accepté de se confier à l'Agence Anadolu pour parler de sa souffrance, de ses rêves mais surtout il tenait à faire passer des messages aux parents. 

Romuald Anger est né à Caen en France le 07 juin 1965. En 2020, pendant le premier confinement en France, il a écrit son livre "Rêve Brisé" pour raconter son histoire personnelle. 

En effet, il a subi pendant douze ans des actes de pédophilie de la part d'un prêtre. Il a fait de nombreuses dépressions depuis ce jour de février 2016 où tout lui est remonté en mémoire. Il raconte son histoire, afin de pouvoir guérir et vivre librement.


- A la campagne les prêtes ont une certaine notoriété

« Dans ma jeunesse, j’ai subi des actes pédocriminels de la part d’un prêtre dans le Calvados, de l’âge de 9 ans jusqu’à 20 ans », commence à raconter Romuald Anger. 

Il explique que le fait d’avoir écrit le livre « lui a fait du bien car ça prenait trop de place ». Mais ce qui le préoccupe le plus, c’est la crainte de voir de nouvelles victimes. 

« J’ai aussi écrit ce livre pour alerter les parents. S’ils constatent que les enfants changent de comportement, comme cela fût le cas pour moi, il faudra faire attention », prévient-il.

Même s’il reconnaît que parfois « ça peut être une fausse alerte, il vaut mieux faire attention », insiste-t-il. 

Pour son cas, il se souvient qu’il avait demandé lui-même à ses parents de l’emmener à l’église pour prendre des cours de religion. 

« Je me rendais souvent dans son prestataire et c’est là qu’il a commencé à me toucher et puis ça a commencé à aller plus loin. Il profitait de chaque occasion pour me violer partout, dans sa chambre, sur son lit, et aussi dans la salle de bain », poursuit Romuald Anger qui n’avait que 9 ans à l’époque. 

Pourtant, il sentait que ce qui se passait n’était pas « normal » mais étant donné que c’était en campagne « les prêtres avaient une certaine notoriété », concède l’homme qui n’avait pas eu le courage d’en parler à cette époque. 


- Première alerte par une tentative de suicide 

Alors que les viols ont commencé, l’enfant essaie d’alerter son entourage à sa façon. « J’ai attrapé mon copain par le cou et j’ai essayé de me couper les veines », explique-t-il. « Mais ça n’a pas été compris et j’ai même reçu une gifle pour avoir fait ça », se désole la victime. 

D’ailleurs, il regrette que « personne ne lui ai demandé pourquoi il a fait cela ». Puis à 16 ans, il a retenté de se suicider mais encore une fois « personne n’a cherché à comprendre ». 

Il confie aussi qu’à cette époque, « il n’arrivait pas à parler » alors il a choisi de s’enfuir notamment de la maison familiale à l’âge de 20 ans pour « se sauver ». 

Après avoir été hébergé pendant un mois par un ami, il réussit à trouver un appartement et abandonne son rêve de musicien. 

En effet, « pour mieux me garder sous son emprise, il me payait mes cours de musique », explique encore Anger. 


- Réussir à fonder une famille

Par la suite, il réussit à « tout oublier, à effacer de sa mémoire cet épisode honteux de sa vie » en ayant des enfants. 

Mais tout bascule en 2016 et sa vie va se transformer à nouveau. Ainsi, il écoutait la chanson « Aigle Noir », dans l’émission « N’oubliez pas les Paroles ». 

Nagui, le présentateur de l’émission adresse un message à l’attention des enfants pour leur dire que « si un adulte leur fait du mal, il faut le dire ». 

Ce message « le débloque complètement, il se souvient de son enfance". "Tout remonte à la surface, et j’avais toutes les images dans ma tête », explique Romuald Anger. 

Alors que pendant une semaine, il s’enferme dans sa chambre « n’arrivant plus à bouger », il décide de se suicider à nouveau. Aujourd’hui, cet acte le fait sourire et est content d’avoir « raté » son coup. 

C’est suite à internement dans un hôpital psychiatrique que les choses s’enchaînent et au bout de 3 semaines il commence à écrire ses souvenirs puisqu’il n’arrivait encore pas « à parler ». 

Par la suite, il remet à l’infirmière de garde ses écrits et se libère complètement de « ses chaînes ». Désormais, il ose parler et à décrire précisément ce qui s’est passé dans son enfance. 


- Première plainte sans suite

Suite aux signalements, la gendarmerie se déplace à l’hôpital et il est ensuite convoqué pour faire une déposition.

Pourtant, bien que le procureur soit saisi, « je n’ai eu aucune nouvelle », déplore l’homme. Il explique avoir contacté, en parallèle, le diocèse de Bayeux « pour savoir s’ils étaient au courant de quelque chose ». 

A son regret, il apprend que le diocèse n’a même pas été mis au courant. Malgré tout, il reçoit leur soutien et « organise une confrontation avec le prêtre qui avouera tout ». 

De plus, cette fois, l’évêque alertera directement le procureur mais encore une fois Romuald Anger ne sera jamais convoqué par la justice pour être entendu. 

A l’heure actuelle, l’affaire est au point mort et Anger ne sait pas où en est son dossier. 


- Colère contre Mgr Éric de Moulins-Beaufort

Alors que son cas n’est pas isolé, un autre événement va le marquer également. En effet, le Président de la Conférence des évêques de France, Mgr Éric de Moulins-Beaufort est convoqué par le ministre de l’Intérieur pour avoir déclaré que le secret de confession « est plus fort que les lois de la République ».

Cette déclaration fait bondir Romuald Anger qui est en colère contre lui. « Lorsqu’un enfant parle en confession, c’est qu’il appelle à l’aide et donc le secret de confession n’a pas lieu d’être », affirme Anger. Pour lui, le prêtre « doit alerter immédiatement les policiers en cas de confession ». Selon lui, il s’agit avant tout « d’aider l’enfant ». 

Pour conclure son récit, Romuald Anger annonce qu’il va partir « en lutte contre tout ça et espère rejoindre des associations d’aides aux victimes pour faire avancer les choses et espère qu’il sera contacté par elles ». 

Son seul souhait aujourd’hui c’est qu’il y’ait « une meilleure justice ». 

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