Michael Gabriel Hernandez
22 Mars 2022•Mise à jour: 22 Mars 2022
AA / Washington / Michael Hernandez
Les États-Unis ont conclu que les violences commises par l'armée du Myanmar contre la minorité rohingya du pays constituent un "génocide" et des crimes contre l'humanité, a annoncé, lundi, le secrétaire d'État Antony Blinken.
Cette annonce intervient environ cinq ans après que l'armée, officiellement connue sous le nom de Tatmadaw, a considérablement intensifié sa répression contre la minorité musulmane. Depuis, plus de 1,2 million de Rohingyas ont fui le Myanmar à majorité bouddhiste, et des dizaines de milliers d'entre eux ont été tués.
Lors d'une allocution prononcée au Musée américain du mémorial de l'Holocauste, Blinken a annoncé que ce n'était que la huitième décision de reconnaissance de génocide dans l'histoire des États-Unis. Il a déclaré que la Tatmadaw avait mené des attaques "massives et systématiques" contre les Rohingyas, en rasant des villages, en commettant des meurtres et des viols en masse, en torturant "et d'autres horribles exactions".
Sur la base de conclusions internes au département d'État et de documents provenant de groupes de défense des droits, Blinken a déclaré que les preuves qu'il a examinées "indiquent une intention claire derrière ces atrocités de masse, l'intention de détruire les Rohingyas, en tout ou en partie".
Cette intention est corroborée non seulement par les récits d'anciens soldats ayant fait défection, mais aussi par les efforts mêmes de l'armée pour empêcher les Rohingyas d'échapper à la violence systémique, a déclaré Blinken.
"Cela démontre que l'intention de l'armée allait au-delà du nettoyage ethnique pour atteindre la destruction effective des Rohingyas", a déclaré le haut diplomate.
"Les pourcentages, les chiffres, les modèles, l'intention. Ces éléments sont d'une importance capitale pour parvenir à la détermination d'un génocide. Mais en même temps, nous devons nous rappeler que derrière chacun de ces chiffres se cachent d'innombrables actes individuels de cruauté et d'inhumanité", a-t-il ajouté.
En vertu de la décision américaine, des sanctions supplémentaires devraient être appliquées à la junte du Myanmar, déjà fortement mise à l'index.
La décision américaine intervient alors que la plus haute instance judiciaire des Nations unies a repris en février sa procédure visant à déterminer si le Myanmar est responsable d'un génocide.
La Cour internationale de justice (CIJ) examine depuis plus de deux ans l'affaire portée par la Gambie, qui accuse le Myanmar, dans sa répression brutale de la communauté rohingya, de violer la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide.
Blinken a déclaré que les États-Unis ont fourni à la Gambie des informations pour étayer son dossier, ce qui, selon lui, constitue un effort pour "jeter les bases d'une future imputabilité."
En janvier 2020, la CIJ a imposé des "mesures provisoires", ordonnant la fin des pratiques génocidaires contre les Rohingyas.
Le Myanmar était représenté dans cette affaire par l'ancienne conseillère d'État Aung San Suu Kyi, qui a été renversée par le coup d'État de février 2021 et emprisonnée par la junte pour diverses accusations.
La prise de pouvoir par les militaires a déclenché des manifestations de masse au Myanmar, où les forces de la junte ont tué plus de 1 500 personnes dans la répression de la dissidence, selon l’Association d'assistance aux prisonniers politiques, un groupe local de défense des droits de l'homme.
*Traduit de l’Anglais par Mourad Belhaj