République du Congo : scrutin présidentiel en cours, Nguesso vise un nouveau mandat
- Calixte Kanamugire, commentateur politique rwandais, souligne que Nguesso a pu maintenir son emprise sur le pouvoir grâce aux revenus pétroliers, finançant de vastes réseaux politiques et assurant ainsi la loyauté de l’élite
Kigali
AA / Kigali / James Tasamba
Le scrutin présidentiel a débuté dimanche en République du Congo, avec le président sortant Denis Sassou Nguesso, 82 ans, largement considéré comme le favori parmi les sept candidats en lice.
Les bureaux de vote ont ouvert à 6 h (05 h GMT) et resteront ouverts jusqu’à 18 h (17 h GMT). Plus de 2,6 millions d’électeurs inscrits âgés de 18 ans et plus sont appelés à voter.
Sassou Nguesso est arrivé au pouvoir pour la première fois en 1979, a perdu l’élection de 1992 et s’est exilé en France avant de revenir en 1997 pour prendre le pouvoir à la suite d’un soulèvement armé qui renversa l’ancien Premier ministre Pascal Lissouba.
Depuis, il domine la scène politique et brigue un cinquième mandat consécutif après ses victoires de 2002, 2009, 2016 et 2021, lorsqu’il avait remporté plus de 88 % des voix, à la suite de changements constitutionnels en 2015 ayant réinitialisé le nombre de mandats possibles et supprimé la limite d’âge pour la présidence.
Il affronte six challengers, dont l’ancien député Mabio Mavoungou Zinga et le législateur vétéran Joseph KignoumbiKia Mboungou, tandis que deux principaux candidats de l’opposition ont boycotté le scrutin, dénonçant des pratiques jugées inéquitables.
Deux figures majeures de l’élection contestée de 2016, Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, restent emprisonnées avec des peines de 20 ans pour « mise en danger de la sécurité de l’État ».
Un candidat ayant la majorité absolue sera déclaré vainqueur ; dans le cas improbable où aucun n’atteindrait ce seuil, un second tour serait organisé entre les deux premiers candidats.
- Le long règne de Nguesso
Nirvaly Mooloo, chercheur pour l’Institut africain des études sur la sécurité, estime que l’élection devrait logiquement revenir à Denis Sassou Nguesso, qui domine la politique de la République du Congo depuis plus de quatre décennies.
Le Parti congolais du travail (PCT) au pouvoir conserve une forte influence, tandis que l’opposition reste fragmentée et incapable de mener un défi coordonné, explique-t-il.
« À court terme, cette élection renforcera probablement la continuité politique sous Denis Sassou Nguesso. Mais à plus long terme, tout dépendra de la capacité du gouvernement à gérer les pressions économiques et sociales », a déclaré Mooloo à Anadolu.
Au-delà des résultats, il souligne la frustration socio-économique croissante, avec un chômage des jeunes autour de 40 %, une pauvreté persistante et un espace civique de plus en plus restreint.
« Si l’issue électorale peut sembler prévisible, la véritable question politique se situe au-delà du scrutin : comment le gouvernement répondra-t-il aux attentes et frustrations grandissantes d’une jeunesse désabusée ? », ajoute-t-il.
Calixte Kanamugire, commentateur politique rwandais, souligne que Nguesso a pu maintenir son emprise sur le pouvoir grâce aux revenus pétroliers, finançant de vastes réseaux politiques et assurant ainsi la loyauté de l’élite.
« Il est perçu comme un acteur expérimenté de la diplomatie régionale et comme un leader chevronné dont la région a besoin, malgré les appels au renouvellement générationnel. Par ailleurs, on lui reconnaît d’avoir rétabli une certaine stabilité après la guerre civile des années 1990 », a déclaré Kanamugire à Anadolu.
- Incertaine succession
Pour Mooloo, la longévité de Nguesso met en lumière un défi majeur pour la région : la difficulté du renouvellement politique et de la transition du leadership dans des systèmes dominés depuis longtemps par des dirigeants puissants cherchant à rester au pouvoir.
Dans le cadre du débat sur la succession, Mooloo estime qu’un transfert pacifique du pouvoir reste possible.
« Mais cela dépendra en grande partie de la manière dont la succession sera gérée au sein de l’élite dirigeante. À l’heure actuelle, aucun successeur n’est universellement accepté au sein du PCT », a-t-il précisé.
Une figure fréquemment évoquée est Denis-Christel Sassou Nguesso, fils du président, qui occupe le poste de ministre de la Coopération internationale.
Mais les analystes soulignent que sa succession potentielle pourrait rencontrer une résistance de la part de figures influentes au sein de l’establishment politique.
« En fin de compte, la stabilité de toute transition future dépendra de la capacité de l’élite dirigeante à gérer la concurrence interne tout en répondant aux demandes sociales et politiques plus larges », a conclu Mooloo.
*Traduit de l'anglais par Sanaa Amir
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