Monde

Qui est Jens-Frederik Nielsen, le Premier ministre du Groenland confronté aux menaces de Donald Trump ?

- Âgé de 34 ans, Jens-Frederik Nielsen est devenu l’an dernier le plus jeune Premier ministre de l’histoire du Groenland, après que son parti de centre droit, les Démocrates, a remporté près de 30 % des voix aux élections législatives

İlayda Çakırtekin  | 14.01.2026 - Mıse À Jour : 14.01.2026
Qui est Jens-Frederik Nielsen, le Premier ministre du Groenland confronté aux menaces de Donald Trump ?

Istanbul

AA/İstanbul/Ilayda Cakirtekin

Alors que Washington affiche de nouveau son intérêt pour le Groenland, de récentes déclarations du président américain Donald Trump ont suscité une inquiétude transatlantique et propulsé sur le devant de la scène internationale le Premier ministre de ce territoire danois semi-autonome.

Convoité de longue date par les États-Unis en raison de sa position stratégique et de ses vastes ressources minérales, le Groenland est revenu au cœur de la controverse après que Donald Trump a estimé que la prise de contrôle du territoire constituait une « nécessité absolue » pour la sécurité économique.

« Nous allons faire quelque chose concernant le Groenland, qu’ils le veuillent ou non, parce que si nous ne le faisons pas, la Russie ou la Chine prendront le contrôle du Groenland, et nous n’allons pas avoir la Russie ou la Chine comme voisin », a déclaré Donald Trump à des journalistes vendredi.

Ces propos ont provoqué une réaction rapide et ferme de Jens-Frederik Nielsen, entré en fonctions en avril 2025, dont les premiers mois à la tête du gouvernement ont été marqués par une pression croissante en provenance de Washington.

– Le plus jeune Premier ministre du Groenland

Jens-Frederik Nielsen est entré dans l’histoire l’an dernier en devenant, à 34 ans, le plus jeune Premier ministre du Groenland, après que son parti de centre droit, les Démocrates, a obtenu près de 30 % des suffrages lors des élections législatives.

Les Démocrates ont ensuite formé un large gouvernement de coalition, représentant environ 75 % des sièges du Parlement, aux côtés de Siumut, Inuit Ataqatigiit et Atassut. Seul Naleraq, partisan d’une coopération accrue avec les États-Unis, a été exclu et demeure dans l’opposition.

Se présentant comme pro-entreprise, les Démocrates de Nielsen indiquent dans leur programme être « un parti social-libéral fondé sur la création d’une société offrant le plus haut degré possible de liberté individuelle et d’autodétermination politique ».

« Demokraatit veut que nous, Groenlandais, prenions le pouvoir dans notre propre pays. Il ne sert à rien de copier indéfiniment ce qui se fait au Danemark et dans d’autres pays », affirme le parti.

Tout en soutenant l’indépendance vis-à-vis du Danemark comme objectif à long terme, la formation estime que le processus doit être progressif et mené sur plusieurs axes.

Jens-Frederik Nielsen a défendu cette position durant la campagne électorale, soulignant qu’il ne souhaitait pas l’indépendance « demain », mais la construction préalable d’une « base solide ».

– Rejet ferme de la rhétorique américaine

À la suite de l’action militaire américaine menée le 3 janvier au Venezuela et de la capture du président Nicolas Maduro et de son épouse, Donald Trump a réaffirmé son ambition de placer le Groenland sous contrôle des États-Unis.

« J’aimerais conclure un accord, vous savez, de la manière facile. Mais si nous ne le faisons pas de la manière facile, nous le ferons de la manière forte », a-t-il déclaré.

Ces propos ont poussé Jens-Frederik Nielsen à réagir publiquement, dénonçant un langage de Washington jugé « totalement inacceptable ».

« La rhétorique actuelle et répétée des États-Unis est totalement inacceptable. Lorsque le président américain parle de “besoin du Groenland” et nous associe au Venezuela et à une intervention militaire, ce n’est pas seulement faux.

C’est irrespectueux », a écrit Nielsen sur les réseaux sociaux.

S’il a dit rester ouvert au dialogue avec Donald Trump, le Premier ministre groenlandais a adopté un ton résolu : « Ça suffit. Plus de pression. Plus d’insinuations. Plus de fantasmes d’annexion ».

« Nous sommes une société démocratique qui prend ses propres décisions… Le Groenland ne veut pas être possédé par les États-Unis et le Groenland ne sera pas gouverné depuis Washington », a-t-il ajouté après les dernières déclarations du président américain.

Jens-Frederik Nielsen a par ailleurs écarté toute idée d’une prise de contrôle imminente par les États-Unis, malgré l’insistance de Donald Trump affirmant que Washington agirait « qu’ils le veuillent ou non ».

– Choisir le Danemark plutôt que Washington

En cohérence avec son approche graduelle de l’indépendance vis-à-vis de Copenhague, Jens-Frederik Nielsen a affirmé que le Groenland choisirait le Danemark s’il devait trancher entre les États-Unis et le Danemark.

Il a fait cette déclaration à la veille d’une réunion prévue à Washington entre des responsables groenlandais, danois et américains.

Alors que le Groenland s’aligne étroitement sur le Danemark face aux pressions américaines, la ministre des Affaires étrangères du territoire, Vivian Motzfeldt, a déclaré la semaine dernière que le Groenland devait « prendre les devants » dans les discussions avec Washington.

« Le Groenland travaille à l’accession à l’État, ce qui nous obligerait à mener notre propre politique étrangère. Mais nous n’en sommes pas encore là. D’ici là, nous avons des lois et des cadres à respecter », a expliqué Vivian Motzfeldt.

Selon plusieurs sources, la réunion est prévue mercredi et devrait rassembler le ministre danois des Affaires étrangères Lars Lokke Rasmussen, la cheffe de la diplomatie groenlandaise Vivian Motzfeldt, le vice-président américain JD Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio.

« Marcher sur un fil avec un pragmatisme impressionnant »

Pavel Devyatkin, chercheur senior à l’Arctic Institute, estime que Jens-Frederik Nielsen « marche sur un fil avec un pragmatisme impressionnant ».

« En tant que dirigeant pro-entreprises, il souhaite des investissements américains, mais refuse que le Groenland soit traité comme un trophée à acquérir », a déclaré Devyatkin à Anadolu.

Selon lui, les réponses de Nielsen à Donald Trump ont été « solides » et « dignes », lui permettant de s’opposer fermement à toute annexion américaine tout en « laissant la porte ouverte au commerce ».

« La pression américaine valide l’approche “gradualiste” de Nielsen vis-à-vis de Copenhague. Nielsen comprend que, sans le soutien diplomatique du Danemark, le Groenland serait totalement exposé à ce type d’intimidation », a-t-il ajouté.

Pavel Devyatkin anticipe par ailleurs une issue faite d’« impasse et de promesses » à l’issue des discussions prévues cette semaine, avec la poursuite du dialogue sans avancées majeures.

*Traduit de l'anglais par Sanaa Amir

Seulement une partie des dépêches, que l'Agence Anadolu diffuse à ses abonnés via le Système de Diffusion interne (HAS), est diffusée sur le site de l'AA, de manière résumée. Contactez-nous s'il vous plaît pour vous abonner.
A Lire Aussi
Bu haberi paylaşın