Procès pour viols de Tariq Ramadan à Paris : l’accusé absent, hospitalisé à Genève
- Jugé pour des viols présumés commis entre 2009 et 2016, l’islamologue suisse ne s’est pas présenté à l’ouverture de l’audience, invoquant son état de santé ; la question d’un renvoi du procès et d’un éventuel huis clos se pose
Istanbul
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Le procès de Tariq Ramadan pour des viols présumés sur trois femmes s’est ouvert ce lundi 2 mars devant la cour criminelle départementale de Paris, en l’absence de l’accusé, hospitalisé depuis le week-end à Genève, selon ses avocats.
L’islamologue suisse, âgé de 62 ans, souffre d’une sclérose en plaques, maladie neurologique chronique affectant le système nerveux central. Une attestation médicale du service de neurologie genevois indique que « son état de santé ne lui permet pas actuellement de voyager ». La présidente de la cour s’est interrogée sur le délai d’information de la juridiction concernant cette hospitalisation.
La défense, qui réclame depuis plusieurs mois le report du procès, soutient que son client « n’est pas en état de comparaître ». Ses avocats avaient notamment invoqué la concomitance de l’audience avec le mois de jeûne du Ramadan. Ils ont demandé le renvoi de l’affaire afin que l’accusé puisse être présent.
La question du respect de son contrôle judiciaire a également été soulevée. Cette mesure, qui permet à une personne mise en examen ou renvoyée devant un tribunal de rester libre sous conditions, imposait notamment à Tariq Ramadan de prévenir le parquet quinze jours à l’avance en cas de sortie du territoire français. Selon la présidente, il résiderait à la frontière franco-suisse et se rendrait régulièrement à Genève.
Autre point en suspens : l’éventuelle tenue du procès à huis clos, c’est-à-dire sans public ni presse. L’une des parties civiles, désignée sous le prénom d’emprunt « Christelle », a annoncé son intention de demander cette mesure afin de préserver son anonymat et d’éviter, selon ses avocates, de nouvelles atteintes à sa vie privée.
Tariq Ramadan est jugé pour des faits qu’il conteste. La cour d’appel de Paris a ordonné en juin 2024 son renvoi devant la cour criminelle départementale pour trois viols présumés : un viol aggravé en octobre 2009 à Lyon sur une femme présentée comme vulnérable, un autre en 2012 à Paris sur Henda Ayari, ex-salafiste devenue militante laïque, et un troisième en 2016 sur une autre plaignante.
Les plaignantes décrivent des relations sexuelles marquées par des violences et des contraintes. L’accusé a d’abord nié toute relation sexuelle, avant d’admettre en 2018 des relations extraconjugales qu’il qualifie de « consenties », bien que « rudes » et empreintes de « domination ».
En Suisse, il a été condamné en appel en septembre 2024 à trois ans de prison, dont un an ferme, pour le viol d’une femme à Genève en 2008, après avoir été acquitté en première instance. Il a annoncé saisir la Cour européenne des droits de l’homme et a déposé une demande de révision de ce procès.
Les débats à Paris doivent, en principe, se poursuivre jusqu’au 27 mars.
