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Polémique autour de Francesca Albanese : JURDI saisit la justice après les propos de Jean-Noël Barrot

- L’Association des juristes pour le respect du droit international indique avoir déposé un signalement pour des faits « susceptibles de constituer le délit de diffusion de fausses nouvelles »

Ben Amed Azize Zougmore  | 12.02.2026 - Mıse À Jour : 12.02.2026
Polémique autour de Francesca Albanese : JURDI saisit la justice après les propos de Jean-Noël Barrot

Istanbul

AA / Istanbul / Ben Amed Azize Zougmore

L’Association des juristes pour le respect du droit international (JURDI) a annoncé, jeudi, avoir saisi le procureur de la République de Paris après les déclarations du ministre français de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, appelant à la démission de la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese.

Dans un communiqué daté du 12 février, l’association indique avoir déposé un signalement pour des faits « susceptibles de constituer le délit de diffusion de fausses nouvelles », estimant que des propos auraient été « frauduleusement imputés » à l’experte onusienne.

- Des déclarations à l’Assemblée nationale

Le 11 février, lors de la séance des questions au gouvernement, Jean-Noël Barrot a déclaré devant l’Assemblée nationale que « la France condamne sans aucune réserve les propos outranciers et coupables de Mme Francesca Albanese », l’accusant de viser « non pas le gouvernement israélien (…) mais Israël en tant que peuple et en tant que nation ».

Le ministre a également annoncé que la France demanderait sa démission lors de la prochaine session du Conseil des droits de l’homme, prévue le 23 février.

Ces déclarations faisaient suite à une question de la députée Caroline Yadan, qui avait auparavant adressé au ministre, avec une quarantaine d’autres parlementaires, un courrier rendu public le 10 février. Les signataires y accusent la diplomate d’avoir qualifié Israël d’« ennemi commun de l’humanité » lors d’un forum organisé le 7 février par la chaîne qatarie Al-Jazeera à Doha.

- Des propos contestés

JURDI rappelle que la rapporteuse spéciale avait évoqué « un système dans lequel la politique est au service des intérêts économiques » et déclaré que « si le droit international a été poignardé en plein cœur, (…) nous avons un ennemi commun ». Selon l’association, les citations relayées publiquement ne correspondent pas aux déclarations exactes de Francesca Albanese.

D’après JURDI, ces propos relevaient d’une « analyse juridique et structurelle » menée dans le cadre de son mandat onusien et ne visaient « ni un peuple ni une nation ». L’association estime que la présentation faite par le ministre constitue une « dénaturation manifeste » et pourrait s’apparenter à la diffusion d’informations inexactes par une autorité publique.

Interrogé lors du point de presse du Quai d’Orsay, le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Pascal Confavreux, tente de jeter le doute sur la question, affirmant que le ministre n’avait pas repris la formulation évoquée par les parlementaires, déclarant : « Le ministre n’a pas cité cette phrase-là dans l’hémicycle hier. » Il a toutefois confirmé que « la France maintient sa position de demander sa démission ».

- La réponse de Francesca Albanese

Visée ces derniers jours sur les réseaux sociaux, Francesca Albanese a publié l’intégralité de son discours afin de répondre aux accusations et d’en préciser le contexte. Dans le passage en question, elle affirme : « Nous voyons maintenant que l’humanité a un ennemi commun, et que le respect des libertés fondamentales est la dernière voie pacifique (…) pour recouvrer notre liberté. »

Dans un message accompagnant la vidéo diffusée sur la plateforme X, elle précise que « l’ennemi commun de l’humanité est le système qui a permis le génocide en Palestine », évoquant « le capital financier », « les algorithmes » et « les armes » qui, selon elle, rendent cette situation possible.

La rapporteuse onusienne a dénoncé des accusations infondées et invité ses détracteurs à produire une citation précise dans laquelle elle aurait qualifié Israël d’« ennemi de l’humanité ».

Interrogé sur une éventuelle saisine du parquet au titre de l’article 40 du code de procédure pénale qui pourrait notamment viser Caroline Yadan, le porte-parole du Quai d’Orsay a indiqué ne pas savoir « si cela peut entrer dans le cadre de l’article 40 », ajoutant : « À ce stade, je n’ai aucune réponse là-dessus. »

Cette nouvelle controverse illustre la sensibilité persistante du débat politique en France autour des prises de position de responsables onusiens sur le conflit israélo-palestinien.

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