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Percée espagnole : une thérapie triple efface les tumeurs du pancréas chez la souris, prudence des experts

- « En tant que clinicien, je ne considérerais pas ces résultats comme indicatifs d’une quelconque guérison chez l’homme », a déclaré Wafik El-Deiry, directeur du Legorreta Cancer Center à l’Université Brown

Salih Okuroğlu  | 06.02.2026 - Mıse À Jour : 06.02.2026
Percée espagnole : une thérapie triple efface les tumeurs du pancréas chez la souris, prudence des experts

Burgenland

AA / Vienne / Salih Okuroglu

Les chercheurs en oncologie se disent prudemment optimistes après que des scientifiques espagnols ont annoncé avoir éliminé des tumeurs du pancréas chez la souris grâce à une thérapie combinée triple, tout en soulignant que des résultats précliniques prometteurs ne se traduisent pas toujours par des traitements efficaces chez l’homme.

Dans une étude menée au Centre national espagnol de recherche sur le cancer (CNIO), les chercheurs ont utilisé une « thérapie combinée triple » qui a permis d’éradiquer avec succès les tumeurs du pancréas chez les souris.

Si de nombreux cancers peuvent être traités dans des modèles murins, le cancer du pancréas chez l’homme reste particulièrement difficile à soigner.

L’équipe espagnole a utilisé des modèles murins génétiquement modifiés immunocompétents ainsi que des modèles expérimentaux dérivés de tumeurs pancréatiques humaines.

Des institutions telles que le CNIO ont insisté sur le fait que des résultats précliniques encourageants doivent être suivis par des essais cliniques rigoureusement surveillés, impliquant un nombre suffisant de patients, notant que des effets secondaires graves peuvent apparaître de manière imprévisible lors des tests sur l’homme.

Les experts en oncologie restent donc à la fois optimistes et prudents quant aux implications de ces résultats.

Interrogé par Anadolu, Wafik El-Deiry, directeur du Legorreta Cancer Center à l’Université Brown aux États-Unis, a décrit l’étude espagnole comme fournissant des données précliniques solides, tout en avertissant que le succès chez les animaux ne garantit pas un succès chez l’homme.

Il a indiqué que la conception rationnelle de la thérapie, ciblant des mécanismes connus de résistance, rend les résultats encourageants et potentiellement prêts pour une évaluation clinique, étant donné que les médicaments sont déjà disponibles.

Cependant, El-Deiry a souligné que la force scientifique seule ne garantit pas des résultats dans la réalité.

« En tant que clinicien, je ne considérerais pas ces résultats comme indicatifs d’un quelconque résultat de guérison chez l’homme », a-t-il déclaré.

« Beaucoup plus complexe chez l’homme, en particulier pour le cancer du pancréas »

El-Deiry a expliqué que les cancers sont souvent traitables chez la souris, mais que la maladie humaine, en particulier le cancer du pancréas, est beaucoup plus complexe.

Il a noté que l’absence de biomarqueurs fiables pour prédire quels patients bénéficieront des nouvelles thérapies conduit fréquemment à des échecs lors des essais cliniques.

El-Deiry a également indiqué que des mécanismes de résistance peuvent apparaître avec le temps chez les patients traités.

Il a insisté sur l’importance de l’évaluation de la toxicité et des effets secondaires dans le développement des traitements anticancéreux.

« Avec le temps, nous disposons de meilleurs outils pour prédire les toxicités, y compris des alternatives aux tests sur animaux », a-t-il déclaré.

Selon El-Deiry, les effets secondaires inattendus — en particulier ceux qui ne peuvent apparaître que lorsque les médicaments sont testés en combinaison — restent une préoccupation majeure lors des essais cliniques chez l’homme.

Il a ajouté que malgré les progrès réalisés, les tests sur animaux restent essentiels pour évaluer la toxicité systémique et les effets secondaires potentiels.

À la fois optimistes et réalistes

El-Deiry a expliqué que les oncologues visent à maintenir les patients en vie jusqu’à la prochaine percée scientifique, notant que si certains traitements produisent des résultats spectaculaires chez certains patients, cela n’est pas la norme.

Il a insisté sur l’importance de la prudence lorsqu’il s’agit de traduire les avancées en laboratoire en soins aux patients, car de nombreux traitements prolongateurs de vie ne fonctionnent pas pour tous et leurs effets peuvent ne pas être durables.

« Je préfère être à la fois optimiste et réaliste », a-t-il conclu.

*Traduit de l'anglais par Wafae El Baghouani

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