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Nucléaire : Macron s'apprête à clarifier la doctrine française et son rôle pour la sécurité européenne

- « La France ne conçoit pas ses intérêts vitaux comme strictement limités au territoire national, mais considère qu'ils s'étendent en Europe »

Mariem Njeh  | 27.02.2026 - Mıse À Jour : 27.02.2026
Nucléaire : Macron s'apprête à clarifier la doctrine française et son rôle pour la sécurité européenne

Istanbul

AA / Istanbul / Mariem Njeh

Le président français Emmanuel Macron prononcera lundi un discours sur la dissuasion nucléaire française à la base sous-marine de l'Île Longue, dans un contexte marqué par les doutes, la menace russe et une controverse lancée par Moscou sur un hypothétique transfert d'armes nucléaires à l'Ukraine.

L'Élysée a annoncé que ce discours, le deuxième de Macron sur ce sujet depuis son élection en 2017, constituera « un moment important de son mandat » avec « des inflexions et des évolutions significatives attendues ». La France a néanmoins tenu à préciser que son offre nucléaire « n'est en aucun cas en concurrence avec l'OTAN ».

- Un groupe de pilotage franco-britannique opérationnel

Sur le plan bilatéral, le dossier préparatoire publié, vendredi, par le ministère des Armées révèle que le groupe de pilotage nucléaire franco-britannique, instauré par la déclaration de Northwood de juillet 2025, s'est réuni pour la première fois le 10 décembre 2025. Cette instance, chargée de fournir une orientation politique et de coordonner les travaux bilatéraux en matière de capacités et d'opérations nucléaires, consacre le rapprochement des deux seules puissances nucléaires européennes, dont la déclaration de Northwood affirme qu'il n'existe pas de menace extrême contre l'Europe qui ne susciterait pas de réponse des deux nations.

- Une doctrine en cinq piliers

Le dossier préparatoire du ministère des Armées rappelle les cinq caractéristiques structurantes de la dissuasion française : puissante et responsable, indépendante et gage de souveraineté, crédible, strictement défensive, et à dimension européenne. Sur ce dernier point, Paris affirme que ses intérêts vitaux « s'étendent en Europe », tout en maintenant que la décision d'emploi de l'arme nucléaire demeure « souveraine » et réservée au seul président de la République.

Le 13 mai 2025, Macron avait posé trois conditions à toute extension de la protection nucléaire française à ses alliés : la France ne financera pas la sécurité des autres, les modalités discutées ne viendront pas en soustraction des besoins français, et la décision finale reviendra toujours au président de la République.

- Un arsenal modernisé

Sur le plan capacitaire, le dossier indique que la troisième version du missile balistique M51, le M51.3, a été mise en service opérationnel à l'automne 2025, équipée de nouvelles têtes thermonucléaires. Les travaux ont par ailleurs débuté pour la prochaine génération de systèmes (SNLE3G, M51.4, Rafale F5 et missile ASN4G) à l'horizon 2035.

- Merz confirme des échanges confidentiels avec Macron sur le nucléaire européen

Le chancelier allemand Friedrich Merz a indiqué avoir engagé des discussions confidentielles avec le président français sur la dissuasion nucléaire européenne, lors de son intervention à la Conférence de sécurité de Munich. Merz a averti que des « sacrifices » seraient nécessaires « pas un jour, mais maintenant », alors que les pays européens accroissent leurs dépenses militaires face à la menace russe et au désengagement américain.

« L'objectif des pourparlers est d'explorer comment parvenir à une coopération plus étroite en matière de dissuasion nucléaire. Les discussions en sont encore à leurs débuts, et il est clair qu'il ne faut s'attendre à aucun résultat rapide », a-t-il ajouté.

- Une controverse russe en toile de fond

Le discours de Macron intervient alors que la Russie a déclaré que Paris et Londres travailleraient à un transfert dissimulé d'armes nucléaires vers l'Ukraine. Ces accusations ont été démenties : Paris a dénoncé une « désinformation flagrante », Londres a assuré qu'il n'y avait « aucune part de vérité », et Kiev a qualifié ces allégations de « mensonge absurde ». Le président ukrainien Zelensky a pour sa part décrit ce discours russe comme « extrêmement dangereux », appelant les États-Unis à envoyer un signal approprié à Moscou.










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