Nouvelle-Calédonie : Macron relance à Paris les discussions sur l’avenir institutionnel, sans le FLNKS
- Le chef de l’État veut « avancer » sur la stabilisation des institutions, en s’appuyant sur l’accord de Bougival, tout en assurant que « la porte reste ouverte » au mouvement indépendantiste
Istanbul
AA / Istanbul / Adama Bamba
Le président français Emmanuel Macron réunit vendredi à Paris les représentants des groupes politiques de Nouvelle-Calédonie pour rouvrir une séquence de discussions sur l’avenir institutionnel de l’archipel, en l’absence du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), qui a décliné l’invitation.
Lors de ses propos introductifs à l’Élysée, le chef de l’État a dit regretter l’absence d’un partenaire à la table des échanges, tout en réaffirmant sa volonté de « trouver pour l’avenir un chemin qui donne une place à tous ». Il a toutefois insisté sur la nécessité de poursuivre le dialogue avec les responsables présents, soulignant que « la responsabilité » des participants était « grande » pour permettre une sortie durable de l’incertitude politique.
Selon l’exécutif, cette rencontre vise à remettre en mouvement le cadre défini par l’accord signé le 12 juillet 2025 à Bougival, dans les Yvelines, que l’État continue de considérer comme une base de travail. Emmanuel Macron a rappelé que ce compromis, trouvé après dix jours de discussions entre délégations locales, avait été présenté comme un « accord historique » destiné à tracer une nouvelle étape institutionnelle pour le territoire.
Le président a également replacé ces échanges dans la continuité des trois référendums prévus par l’accord de Nouméa, organisés en 2018, 2020 et 2021, et qui ont confirmé le maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la République française. Il a par ailleurs évoqué les violences survenues en mai 2024, estimant qu’elles avaient rendu nécessaire une reprise du dialogue « en bon ordre » pour éviter une nouvelle impasse politique.
Cependant, le processus issu de Bougival demeure contesté par le FLNKS, qui refuse de le reconnaître comme consensuel et réclame une reprise des discussions sur de nouvelles bases. Le mouvement indépendantiste dénonce notamment une méthode jugée déséquilibrée et critique le calendrier politique, en particulier le report des élections provinciales initialement prévues fin 2025.
Malgré ces tensions, Emmanuel Macron a assuré que l’objectif n’était « pas de repartir de zéro », ni de rouvrir tout ce qui a déjà été tranché. « Bougival est notre domaine de vol », a-t-il déclaré, en appelant à un travail de clarification sur plusieurs points de l’accord du 12 juillet, afin d’identifier les convergences et les désaccords et de maintenir une dynamique de négociation.
Dans le même temps, le président a insisté sur l’urgence de stabiliser les institutions, qu’il présente comme une condition clé pour relancer la reconstruction économique et sociale du territoire. « Sans passage en force, mais sans paralysie non plus », a-t-il affirmé, estimant que la stabilité politique devait permettre de redonner des perspectives à la population.
Les discussions engagées à Paris doivent aussi porter sur un pacte de refondation économique proposé par le gouvernement, que l’exécutif souhaite examiner en parallèle du chantier institutionnel. Emmanuel Macron a expliqué vouloir entendre les responsables calédoniens sur ce projet, tout en rappelant que la phase à venir exige « écoute, respect » et « volontarisme » pour parvenir à un accord global.
Enfin, le chef de l’État a souligné que l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie devrait se jouer devant le Parlement dans les prochaines semaines et les prochains mois, ce qui impose, selon lui, l’implication étroite des présidents des deux chambres. Emmanuel Macron a conclu en appelant à « sortir de l’incertitude déjà trop longue » et à « continuer d’écrire l’histoire » par un dialogue politique renforcé.
-Accord de Bougival : ce que prévoit le texte
Pour rappel, l’accord dit de Bougival, signé le 12 juillet 2025 entre l’État et plusieurs forces politiques calédoniennes, prévoit une transformation profonde du statut institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Le texte ouvre la perspective d’un État de la Nouvelle-Calédonie doté d’une souveraineté élargie, inscrit dans la Constitution française, avec une loi fondamentale locale destinée à préciser l’organisation des institutions.
Il prévoit également une citoyenneté calédonienne coexistant avec la nationalité française, ainsi qu’un transfert progressif de compétences dites régaliennes, sous conditions. Cette trajectoire doit être validée par une révision constitutionnelle, puis par une consultation de la population, et s’accompagne d’un report des élections provinciales afin d’aligner le calendrier politique sur la mise en œuvre des réformes.
Le FLNKS rejette cet accord, estimant qu’il ne garantit pas une accession pleine et entière à l’indépendance, ni un exercice suffisant du droit à l’autodétermination, ce qui fragilise la relance actuelle du dialogue institutionnel.
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