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Moyen-Orient : Barrot détaille une crise régionale « multifronts » et fixe les priorités françaises

- Devant les députés, le chef de la diplomatie alerte sur l’escalade entre Iran, Israël et leurs alliés, et défend une stratégie axée sur sécurité, désescalade et solution politique

Serap Doğansoy  | 24.03.2026 - Mıse À Jour : 24.03.2026
Moyen-Orient : Barrot détaille une crise régionale « multifronts » et fixe les priorités françaises

Istanbul

AA / Istanbul / Serap Dogansoy

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a dressé mardi devant la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale le tableau d’un conflit « régional multifronts » au Moyen-Orient, marqué par une escalade militaire entre l’Iran, Israël et leurs alliés, et a détaillé les priorités de la France face à cette crise.

Le ministre a rappelé que des opérations militaires coordonnées des États-Unis et d’Israël avaient été lancées le 28 février contre l’Iran, « en dehors du droit international », visant notamment des responsables politiques et militaires iraniens ainsi que des infrastructures militaires, sécuritaires et nucléaires .

En réaction, l’Iran a mené des frappes contre Israël, causant des pertes civiles, ainsi que contre des bases américaines dans la région, et a ciblé des installations énergétiques dans plusieurs pays du Golfe. Téhéran mobilise également des groupes armés alliés, notamment en Irak, dans un contexte de tensions accrues depuis le 7 octobre 2023 .

Le ministre a également évoqué le blocage du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ 20 % du pétrole et du gaz mondial, entraînant une hausse marquée des prix de l’énergie, avec un baril ayant dépassé temporairement 115 dollars .

S’agissant du Liban, Jean-Noël Barrot a imputé l’escalade à la décision « irresponsable » du Hezbollah, mouvement armé chiite soutenu par l’Iran, de s’associer aux attaques contre Israël, entraînant le pays dans un conflit qu’il « ne souhaitait pas ». Il a fait état de plus de 1 000 morts et d’un million de déplacés, tout en annonçant un doublement de l’aide française à hauteur de 17 millions d’euros pour soutenir les populations civiles .

Le ministre a rappelé que la France reconnaît le droit d’Israël à se défendre, tout en appelant au respect du droit international humanitaire, ensemble de règles visant à protéger les civils en période de conflit, et en exprimant sa préoccupation face à une éventuelle offensive terrestre aux conséquences humanitaires « lourdes » .

Jean-Noël Barrot a également insisté sur la nécessité d’une solution politique, évoquant la possibilité de négociations entre le Liban et Israël, et soulignant le rôle que la France se dit prête à jouer pour faciliter ces discussions.

Le ministre a détaillé quatre priorités françaises : la protection des ressortissants français dans la région, le soutien aux partenaires visés par les attaques iraniennes, le rétablissement de la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, et la stabilisation régionale à travers une solution politique durable .

Concernant la sécurité des Français, il a indiqué que plus de 2 000 ressortissants avaient été évacués par une vingtaine de vols affrétés depuis le début du conflit, tandis qu’un dispositif d’urgence a été déployé via les ambassades et consulats .

Enfin, le chef de la diplomatie a appelé l’Iran à « un changement radical de posture », notamment sur son programme nucléaire, activités liées au développement de l’énergie nucléaire pouvant avoir des usages civils ou militaires, et son soutien à des groupes armés dans la région, estimant qu’une solution durable passe par des « concessions majeures » de Téhéran .

Il a également souligné que la stabilité régionale suppose la mise en œuvre d’un plan de paix pour Gaza fondé sur la solution à deux États, principe visant à établir un État palestinien aux côtés d’Israël.

Selon l’Organisation des Nations unies (ONU), plus d’un million de personnes ont été déplacées au Liban, dont environ 367.000 enfants, à la suite de l’intensification des frappes israéliennes à travers le pays. L’ONU a également fait état de frappes ayant touché des zones résidentielles à Beyrouth ainsi que des infrastructures de santé, notamment trois hôpitaux publics endommagés.

La mission de maintien de la paix de l’ONU au Liban (FINUL) a signalé une dégradation marquée de la situation sécuritaire, évoquant des échanges de tirs intenses, une intensification des opérations aériennes et terrestres, ainsi qu’une présence accrue des forces israéliennes sur le territoire libanais.

L’ONU a appelé l’ensemble des parties à éviter une escalade et à privilégier les canaux diplomatiques, en rappelant la nécessité de mettre en œuvre la résolution 1701 du Conseil de sécurité, adoptée en 2006 pour mettre fin aux hostilités entre Israël et le Hezbollah et stabiliser la frontière.

Selon les autorités libanaises, les violences ont fait 912 morts et plus de 2.200 blessés, tandis que les affrontements se poursuivent sans signe d’accalmie.

Cette escalade s’inscrit dans un contexte régional élargi, marqué par des frappes aériennes menées depuis le 28 février par les États-Unis et Israël contre l’Iran, auxquelles Téhéran a répondu par des attaques de drones et de missiles visant Israël et plusieurs pays de la région.



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