Ile-de-France
AA / Paris / Ümit Dönmez
« Chaque jour, il y a des gens qui me disent si le Groenland va être envahi, si le Canada sera soumis à la menace de devenir le 51e État ou si Taïwan sera encerclé davantage. »
C’est par cette série d’exemples que le chef d'État français Emmanuel Macron a illustré le retour d’un monde régi par les rapports de force, dans un discours prononcé jeudi à Paris devant les ambassadrices et ambassadeurs de France.
- Un monde « qui se dérègle »
Le Président français a dressé un constat sans détour : « Nous sommes dans un monde qui se dérègle. Les instances du multilatéralisme fonctionnent de moins en moins bien. »
Selon lui, les grandes puissances tendent à « se partager le monde », affaiblissant les règles internationales.
Il a cité les États-Unis, qu’il décrit comme « une puissance établie » qui « s’affranchit de règles internationales qu’elle promouvait encore récemment », et la Chine, accusée d’« agressivité commerciale de plus en plus désinhibée ».
- « Un processus, pour certains assumé, de recolonisation »
Dans une formule marquante, Macron a dénoncé un « processus, pour certains assumé, de recolonisation ». Il estime que l’Europe est prise entre des « discours anticoloniaux qui ne correspondent plus à des réalités » et une « agressivité néocoloniale de certains ». Une dynamique qu’il qualifie de « mauvaise situation ».
- Refuser la « vassalisation heureuse »
Face à cela, le chef de l’État a rejeté deux attitudes : celle d’un alignement passif sur les grandes puissances – « le choix de la vassalisation heureuse » – et celle d’une posture morale stérile – « le choix de l’impuissance ».
Il appelle à une « logique de puissance » pour la France et l’Europe : « Nous sommes bien plus forts que beaucoup ne le croient, si nous savons nous unir davantage. »
- Ukraine : « continuer l’effort de guerre »
Concernant la guerre en Ukraine, Macron a salué le rôle de la « Coalition des volontaires », qu’il présente comme une « révolution stratégique européenne », et affirmé : « Il apparaît que la Russie ne veut pas véritablement la paix (…) donc il faut continuer l’effort de guerre. Et jusqu’au bout. »
- Chine, États-Unis : le double défi économique
Sur le plan économique, il a dénoncé le « double problème » de « l’agressivité chinoise et des tarifs américains », appelant à une Europe plus protectrice de ses intérêts industriels :
« Nous sommes aujourd’hui une puissance qui régule trop ses propres acteurs et qui ne protège pas suffisamment son économie. »
- Multilatéralisme et gouvernance mondiale
Estimant que le moment est « peut-être le seul » pour réinvestir les institutions multilatérales, Macron a annoncé vouloir faire de la présidence française du G7 à Évian un levier pour rapprocher le G7 et les BRICS, et éviter une fracture durable : « Ce serait le schéma du pire. »
Il a aussi plaidé pour une réforme de la gouvernance internationale, en particulier du système onusien, afin de « ne pas laisser disparaître un ordre » auquel la France reste attachée.
- « Refuser le nouveau colonialisme »
En conclusion, Macron a exhorté ses diplomates à défendre une diplomatie d’action et de constance, dans un monde instable : « Nous refusons le nouveau colonialisme et le nouvel impérialisme. Mais nous refusons aussi la vassalisation et le défaitisme. »
- Groenland et Venezuela
Pour rappel, le président américain Donald Trump a ravivé les tensions autour du Groenland en réaffirmant sa volonté que les États-Unis « prennent le contrôle » de ce territoire stratégique. Il a évoqué publiquement des options militaires, provoquant l’inquiétude au Danemark et au sein de l’Union européenne. Ces déclarations interviennent dans un contexte d’activisme accru des États-Unis dans l’Arctique, sur fond de rivalité avec la Chine et la Russie.
Par ailleurs, début janvier 2026, une opération militaire américaine a abouti à la capture du président Nicolás Maduro à Caracas. Washington affirme vouloir garantir une « transition démocratique » et sécuriser l’accès aux ressources pétrolières. Le gouvernement intérimaire mis en place est contesté, tandis que des violences et pillages ont éclaté dans plusieurs villes. Cette intervention marque un tournant majeur dans la politique étrangère américaine sur le continent sud-américain.
