L'Iran fustige la Conférence de Munich sur la sécurité pour les politiques européennes à l’égard de Téhéran
- Les partenaires régionaux de l’Iran sont devenus « bien plus efficaces et utiles que l’E3 périphérique et sans levier », affirme Araghchi
Istanbul
AA / Istanbul / Ahmet Dursun et Ahmet Kartal
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a qualifié la Conférence de Munich sur la sécurité de « cirque de Munich », critiquant vivement les politiques de l’Union européenne et de plusieurs pays européens à l’égard de Téhéran.
« Il est regrettable de voir la Conférence de Munich sur la sécurité, habituellement sérieuse, se transformer en “cirque de Munich” lorsqu’il s’agit de l’Iran », a déclaré Araghchi samedi sur X, la plateforme appartenant à une entreprise américaine de réseaux sociaux.
Selon lui, « ce déclin, où la mise en scène l’emporte sur le fond, envoie des messages importants ». Il a estimé que l’Union européenne semble « désorientée, incapable de comprendre ce qui se passe à l’intérieur de l’Iran ».
« Sur le plan stratégique, une UE sans cap a perdu tout son poids géopolitique dans notre région », a-t-il ajouté.
Le chef de la diplomatie iranienne a particulièrement visé l’Allemagne, affirmant que Berlin « ouvre la voie en abandonnant totalement sa politique régionale à Israël ».
Il a par ailleurs qualifié l’orientation générale de l’Europe de « préoccupante », soulignant que « la paralysie et l’insignifiance de l’UE/E3 (Royaume-Uni, France et Allemagne) se reflètent dans la dynamique des discussions en cours sur le programme nucléaire iranien ».
« Autrefois interlocuteur clé, l’Europe est aujourd’hui absente », a-t-il poursuivi.
En revanche, a noté Araghchi, les partenaires régionaux de l’Iran sont devenus « bien plus efficaces et utiles qu’un E3 périphérique et sans réel levier ».
L’Iran n’a pas été invité à l’édition de cette année. Les organisateurs ont estimé que le moment n’était pas opportun pour engager un dialogue avec Téhéran, à la suite de la récente répression des manifestations antigouvernementales.
Toutefois, la conférence a accueilli Reza Pahlavi, fils du Shah déchu Mohammad Reza Pahlavi, et lui a offert une tribune pour prononcer un discours appelant les États-Unis et Israël à intervenir contre l’Iran.
La ville allemande de Munich accueille la 62e édition de la Conférence de Munich sur la sécurité pendant trois jours, un rendez-vous ouvert vendredi et placé sous d’importantes mesures organisationnelles et sécuritaires, reflet de la sensibilité du contexte international actuel.
Le 29 septembre dernier, l’Union européenne a rétabli des sanctions liées au nucléaire contre l’Iran via le mécanisme dit de « snapback », prévu par l’accord nucléaire de 2015.
Cette décision a réactivé un large éventail de sanctions qui avaient été levées ou suspendues dans le cadre du Plan d’action global commun (JCPOA), notamment des restrictions dans les secteurs bancaire, énergétique, maritime, assurantiel ainsi que sur le commerce de biens sensibles.
Téhéran a rejeté la légalité de cette mesure, estimant que les parties qui se sont retirées de l’accord nucléaire ou l’ont violé ne sont pas habilitées à activer le mécanisme de « snapback ». Les autorités iraniennes ont également averti que cette décision risquait de fragiliser davantage les efforts diplomatiques.
* Traduit de l'anglais par Adama Bamba
