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L'intervention américaine déplace le contrôle du pétrole vénézuélien, la Chine perd du terrain

- Pékin fait face à des pertes économiques et stratégiques potentielles alors que Washington s'apprête à dominer les ressources énergétiques du pays

Emre Aytekin  | 07.01.2026 - Mıse À Jour : 08.01.2026
L'intervention américaine déplace le contrôle du pétrole vénézuélien, la Chine perd du terrain

Beijing

AA / Beijing / Emre Aytekin et Gokhan Ergocun

Le Venezuela, théâtre d’une intervention militaire américaine ayant conduit à la détention de son président, comptait parmi les pays avec lesquels la Chine avait établi des liens étroits en Amérique latine et dans les Caraïbes, apportant un soutien économique face aux sanctions de Washington.

À la suite de l'intervention américaine, le transfert du pétrole vénézuélien sous le contrôle de Washington signifie non seulement une perte d'intérêts économiques pour la Chine, mais aussi la perte d'une position stratégique dans la compétition pour la puissance mondiale.

L'intervention militaire américaine du 3 janvier, qui a conduit à la détention du président vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse, a créé une incertitude quant à l'utilisation des ressources économiques du pays, en particulier le pétrole, et a soulevé des questions critiques sur l'avenir de l'influence politique et des intérêts économiques de la Chine au Venezuela.

Avant l'intervention, la Chine, principal acheteur de pétrole vénézuélien, fournissait des milliards de dollars de financement via des programmes « pétrole contre crédit », tout en élevant les relations politiques au rang de « partenariat stratégique en toutes circonstances ».

La Chine figurait parmi les pays dont les relations politiques et économiques avec le Venezuela se sont développées le plus rapidement sous les sanctions américaines. Durant cette période, Caracas, bénéficiant d'un soutien important de Pékin, exportait une grande partie de son pétrole vers la Chine en échange d'un allègement de sa dette et de crédits.

- Commerce pétrolier

Le Venezuela détient les plus grandes réserves de pétrole prouvées au monde, estimées à 303 milliards de barils, soit environ 17 % des réserves mondiales.

Le pays, qui produisait 3,5 millions de barils par jour dans les années 1970, a vu sa production quotidienne chuter à 1,1 million de barils l'année dernière en raison de problèmes de gouvernance, d'un manque d'investissement dans les infrastructures et de l'impact des sanctions. Durant cette période, la part du Venezuela dans la production mondiale de pétrole est passée de 7% à 1%.

Alors que le pays était sous sanctions américaines, la Chine est devenue son plus important acheteur, important une moyenne estimée entre 300 000 et 470 000 barils par jour.

Selon les données de la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne, Petroleos de Venezuela s.a. (PDVSA), le pays exportait 952 000 barils par jour en novembre, avant le blocus militaire américain commencé en décembre 2025. Sur ce montant, 778 000 barils étaient envoyés à la Chine, conférant à Pékin une part de 81,7% des exportations pétrolières du pays.

La Chine, premier importateur mondial de pétrole, s'approvisionne principalement au Moyen-Orient et en Russie, le brut vénézuélien représentant environ 4 % de ses importations totales.

Le pétrole vénézuélien étant soumis aux sanctions, il n'apparaît pas directement dans les chiffres officiels des importations chinoises et serait expédié indirectement via d'autres pays. Si les grandes compagnies pétrolières d'État chinoises évitent de traiter le brut vénézuélien en raison des risques de sanctions, celui-ci est raffiné par de petites raffineries indépendantes dites « théières » (teapot refiners), situées pour la plupart dans la province du Shandong, selon plusieurs rapports de presse.

Pékin ne reconnaît pas les sanctions américaines, les qualifiant d'« illégales, injustifiées et unilatérales », ainsi que d'abus de juridiction de la part des États-Unis.

- Investissements et prêts

Les entreprises chinoises comptent parmi les rares investisseurs étrangers encore actifs dans le secteur pétrolier vénézuélien. Selon l'American Enterprise Institute, la Chine a investi 2,1 milliards de dollars (environ 1,8 milliards d'euros) dans cette industrie depuis 2016.

Les données de Morgan Stanley montrent que la CNPC (China National Petroleum Corporation) détient des participations dans des consortiums avec des concessions couvrant 1,6 milliard de barils, tandis que Sinopec détient des parts couvrant 2,8 milliards de barils. Certaines entreprises privées chinoises maintiennent également des investissements à grande échelle dans l'extraction.

Selon AidData, la Chine a fourni au Venezuela 106 milliards de dollars sous forme de prêts, de dettes et d'investissements en capital entre 2000 et 2023. La seule Banque de développement de Chine a accordé 60 milliards de dollars de prêts dans le cadre des programmes lancés en 2007, permettant au Venezuela d'accéder aux revenus pétroliers hors du système des pétrodollars. On estime que le Venezuela doit actuellement entre 17 et 19 milliards de dollars à la Chine.

- Partenariat stratégique « en toutes circonstances »

Face aux sanctions et à la crise, Caracas s'est de plus en plus tourné vers la Chine pour développer ses infrastructures et échapper à l'isolement international.

Lors de la visite de Maduro en Chine en 2023, les relations bilatérales ont été élevées au rang de « partenariat stratégique en toutes circonstances », Maduro sollicitant le soutien de Pékin pour l'adhésion du Venezuela au bloc des BRICS. La Chine voyait dans le Venezuela une source de diversification énergétique et un partenaire clé face à la rivalité géopolitique avec les États-Unis.

- Intervention américaine et compétition entre grandes puissances

Après l'intervention américaine, les commentaires des médias internationaux ont suggéré que l'opération visait à freiner l'influence croissante de la Chine au Venezuela.

Pékin a condamné l'usage de la force contre un État souverain et son dirigeant, appelant à la libération de Maduro et de son épouse. Les responsables chinois ont déclaré que, quels que soient les changements politiques, la Chine poursuivrait sa coopération économique, soulignant que ses investissements sont protégés par le droit national et international.

Toutefois, compte tenu de la part relativement faible du Venezuela dans les importations totales de la Chine, Pékin ne devrait pas imposer de contre-mesures majeures.

Le retour à la doctrine Monroe par le président Donald Trump, visant à renforcer la domination américaine dans l'hémisphère occidental, pourrait cependant ouvrir de nouveaux fronts de tension dans la compétition mondiale avec la Chine.

* Traduit de l'anglais par Mariem Njeh

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