AA / Beyrouth
Le président libanais Michel Aoun a exprimé, vendredi, son rejet d’une enquête internationale sur l'explosion du port de Beyrouth, annonçant une démarche de refonte du système politique du pays.
C'est ce qui ressort d'une conférence de presse tenue au siège de la présidence, dans la capitale, Beyrouth, pour faire le point sur la progression des enquêtes sur l'explosion survenue mardi dans le port de Beyrouth, qui a fait 154 morts et plus de 5 000 blessés, selon les chiffres officiels préliminaires.
"Le but recherché par la demande d'une enquête internationale sur l'affaire du port de Beyrouth est de dissimuler la vérité ", a déclaré Aoun.
Il a estimé que "la justice tardive (dans l'explosion du port de Beyrouth) n'est pas une justice équitable, celle-ci doit être immédiate, mais sans précipitation".
Et d’ajouter : "L'enquête sur la catastrophe inclura les responsables directs. Les portes des tribunaux seront ouvertes aux hauts responsables comme aux petits fonctionnaires, et il n'y aura aucune couverture pour quiconque est impliqué dans l`explosion de Beyrouth, de même que les enquêtes préliminaires pourraient révéler d'autres personnes impliquées".
Le gouvernement libanais a annoncé, mercredi, une enquête de 5 jours sur l'explosion du port de Beyrouth, mais des chefs de parti et d'anciens chefs de gouvernement, ainsi que le Mufti du Liban, réclament une enquête internationale.
Les chefs de partis et les politiciens libanais ont expliqué l'appel à une enquête internationale en déclarant qu'ils n'avaient "aucune confiance dans les autorités au pouvoir qui interfèrent avec le système judiciaire".
En réponse à une question sur l’appel du président français Emmanuel Macron, lors de sa visite à Beyrouth jeudi, à une refonte du système politique au Liban, Aoun a déclaré : "Nous sommes confrontés à des changements et à une refonte de notre système de consensus qui s'est avéré particulièrement paralysé".
Il a poursuivi : "(Le système actuel) ne peut pas prendre des décisions qui peuvent être mises en œuvre rapidement, car elles doivent passer par plusieurs autorités et être consensuelles, et lorsque le nombre de personnes augmente, le consensus ne peut pas être atteint, et il est donc rare de réaliser une réforme dans une telle atmosphère".
Bien que la constitution libanaise stipule que le Liban est un pays démocratique, républicain et parlementaire, la structure sectaire du système politique, instauré par les accords de Taëf en 1990 après une guerre civile de 15 ans, a rendu presque impossible la prise de toute décision importante sans le consensus de tous les partis politiques répartis sur une base sectaire.
Le Président français a souligné, jeudi, lors d'une conférence de presse qu'il a tenue à Beyrouth, après sa visite d'une journée dans le pays, la "nécessité de la reconstruction d'un nouveau système politique au Liban".
Macron a souligné que "la France ne donnera pas un chèque en blanc à une autorité qui a perdu la confiance de son peuple".
Il a déclaré que "l'aide française ne finira pas entre les mains des corrompus, et elle parviendra directement à la population et aux organisations non gouvernementales".
Sur les médias sociaux, des activistes arabes ont critiqué les déclarations de Macron à Beyrouth, et ont considéré que cela prouvait que le Liban était encore considéré par la France comme "une colonie".
Dans ce contexte, le président libanais a déclaré, lors de sa conférence de presse, que les causes de l'explosion du port de Beyrouth n'ont pas encore été déterminées, et que la possibilité d'une agression extérieure n'est pas encore écartée.
"Les causes de l'explosion du port de Beyrouth n'ont pas encore été déterminées, et il se pourrait qu'il y ait eu une interférence extérieure via un missile, une bombe, ou toute autre action", a expliqué Aoun
Et d’ajouter : "J'ai demandé au président français de nous fournir des images satellites de l'explosion, et à défaut d'images en France, nous demanderons à d'autres pays (qu'il n'a pas mentionnés)".
Aoun a souligné que l'incident "a levé le siège imposé au Liban. La majorité des chefs d'Etat m'ont contacté et se sont déclarés prêts à fournir une aide matérielle, en envoyant des avions transportant les médicaments dont nous avons besoin".
Il a poursuivi : "Une aide internationale importante est attendue dans les prochains jours, et Beyrouth redeviendra meilleure que ce qu'elle était avant l'explosion, ainsi nous avons envisagé que chaque pays prenne part aux travaux de restauration dans les zones touchées", sans plus de détails.
La capitale libanaise a vécu une nuit meurtrière, mardi, suite à l'énorme explosion du port de Beyrouth, causée par l'explosion d'un entrepôt qui contenait des "matériaux hautement explosifs".
Le commandement de l'armée libanaise a chargé, jeudi, la police militaire de mener l'enquête sur l'explosion du port de Beyrouth, et la justice militaire a arrêté 16 employés du port dans l'attente des résultats de l'enquête, tandis que la justice a décidé d'empêcher plusieurs responsables de voyager en raison de l'explosion de mardi.
L'explosion de Beyrouth ajoute à la douleur d'un pays qui souffre depuis des mois, les répercussions d'une grave crise économique, et une forte polarisation politique.
*Traduit de l’Arabe par Mourad Belhaj