L'héritage américain de l'islamophobie s'est mondialisé et exporté après les attentats du 11 septembre".
- L'islamophobie restera "au cœur de la politique américaine dans un avenir prévisible parce que les musulmans sont un bouc émissaire facile", déclare un expert à Anadolu.
Washington DC
AA / Washington / Iclal Turan
Lundi 11 septembre marque les 22 ans des attentats du 11 septembre 2001, considéré comme le jour le plus sombre de l'histoire des États-Unis. Ces attaques ont fait près de 3 000 morts à New York, Washington et en Pennsylvanie.
Ce jour a été un tournant à beaucoup d’égards. Une ère sombre de diabolisation pour leur religion et leur identité a débuté pour les musulmans, eux-mêmes victimes des attentats.
De plus en plus d'attaques islamophobes ont ciblé, après le 11 septembre, des millions de musulmans vivant aux États-Unis, et ces préjugés sont ‘’encore bien vivants" 22 ans après, selon des experts.
"L'islamophobie demeurera un sujet central de la politique américaine pour encore quelque temps car les musulmans sont un bouc-émissaire facile dans l'imagination des Américains, encore aujourd'hui", a déclaré Khaled Ali Beydoun, professeur de droit à la Wayne State School of Law dans l'État du Michigan, à Anadolu. "Quand ils pensent au terrorisme ils pensent d'abord aux musulmans", a-t-il ajouté.
Il a par ailleurs souligné qu'il était "crucial" de réfléchir à l'islamophobie "au-delà des frontières américaines".
Les États-Unis "ont exporté l'islamophobie à l'échelle mondiale", donnant ainsi à d'autres gouvernements comme la Chine, le Myanmar et l'Inde l'occasion de réprimer les musulmans, a-t-il poursuivi.
"Nous sommes témoins de la mondialisation de l'islamophobie immédiatement après les attentats du 11 septembre, être mondialisé et être exporté vers des pays aussi bien proches que lointains", a-t-il martelé.
"Et cela doit être identifié et nommé comme l'un des héritages du 11 septembre."
Cependant, Beydoun a précisé que l'islamophobie aux États-Unis n'était "pas aussi intense qu'elle ne l'était les années précédentes", affirmant que cela était "largement dû au fait que (l'ancien président américain Donald) Trump n'est plus au pouvoir".
Nihad Awad, directeur exécutif et cofondateur du Council on American-Islamic Relations (CAIR), le plus grand groupe de défense des droits civils musulmans aux États-Unis, a déclaré que l'islamophobie s'est manifestée de manière "laide et violente" juste après les attentats terroristes.
Les attentats du 11 septembre visaient tous les Américains, y compris les musulmans, mais la réaction violente contre les musulmans américains a été douloureuse pour les musulmans, qui étaient accusés des attentats et associés aux terroristes qui ont commis les crimes", a-t-il affirmé.
- Une identité diabolisée
Selon les témoignages devant le Congrès en 2011 du Southern Poverty Law Center, un groupe de défense juridique, de nombreux musulmans ont été confrontés à des menaces de mort, des agressions physiques et au harcèlement après le 11 septembre alors que dans le même temps plusieurs mosquées ont été vandalisées.
Les crimes de haine contre les musulmans ont explosé immédiatement après, augmentant de 1 617 % de 2000 à 2001, selon le FBI, marquant certains des chiffres les plus élevés de crimes de haine islamophobes jamais enregistrés en Amérique.
Awad a précisé que CAIR et d'autres organisations musulmanes étaient également ciblées, et qu'il faisait partie de ceux placés sur la "liste de surveillance".
"J’ai été interrogé dans les aéroports et soumis à un second contrôle lorsque je revenais de voyages à l'étranger. Il m'a fallu beaucoup de temps pour me faire retirer de la liste", a-t-il ajouté.
"Quelques autres membres éminents de la communauté musulmane et moi-même étions surveillés par le gouvernement américain."
Awad a ajouté que la communauté musulmane américaine est "beaucoup plus grande" aujourd'hui, avec CAIR comptant plus de 60 avocats à temps plein pour engager des poursuites judiciaires pour les injustices contre les musulmans.
"Mais cela ne signifie pas que l'islamophobie a disparu parce que nous sommes plus forts", a-t-il dit.
"L'islamophobie est toujours bien vivante, comme on dit."
Lorsque les attentats du 11 septembre ont eu lieu, Beydoun était étudiant à l'université en Californie.
"En l'espace d'une matinée, l'islam en tant que religion, l'identité musulmane, l'identité arabe - toutes ces choses étaient diabolisées", a-t-il dit.
"Je me souviens de la première semaine, de ma mère attaquée parce qu'elle porte un hijab et de ma sœur victimes de discriminations parce qu'elle portait le hijab."
- Appel à lutter contre la haine
Les musulmans américains attirent également l'attention sur le changement significatif de ton envers les musulmans dans les administrations Trump et Biden.
Le président Joe Biden a repris en mai une longue tradition en organisant une célébration de l'Aid à la Maison Blanche, interrompue par Trump.
Peu après, la Maison Blanche a organisé une séance sur l'islamophobie, au cours de laquelle des responsables de haut niveau de l'administration ont rencontré des leaders de la communauté musulmane.
"Même si l'administration Biden, à certains égards, est complice de la perpétuation de l'islamophobie, le fait qu'elle nomme l'islamophobie comme un problème est un pas positif", a déclaré Beydoun.
"De la même manière, pour être franc avec vous, Trump s'engageant dans toute une série d'actions explicitement islamophobes dans le cadre du grand schéma des choses a été positif, car cela a clairement montré aux Américains que l'islamophobie était quelque chose de réel."
Awad a souligné la nécessité d'efforts mondiaux pour "lutter contre la haine et la discrimination envers les minorités, y compris les musulmans".
"Nous appelons l'administration américaine à créer un bureau spécialisé pour surveiller et combattre l'islamophobie", a-t-il déclaré, ajoutant que des envoyés similaires existent au sein du Département d'État pour lutter contre l'antisémitisme.
Notant que certains membres démocrates du Congrès, dont Cory Booker, Ilhan Omar et Jan Schakowsky, ont réintroduit en juin le Combating International Islamophobia Act au Congrès, Awad a déclaré que si l'administration Biden est "sérieuse" dans la lutte contre l'islamophobie, le président "peut signer un décret exécutif et cela sera fait".
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