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Les critiques de Trump sur l’accord des îles Chagos peuvent-elles fragiliser les relations États-Unis–Royaume-Uni ?

- Donald Trump a vivement critiqué le projet du Royaume-Uni de rétrocéder les îles Chagos à Maurice, qualifiant cette décision d’« acte d’une grande stupidité »

Burak Bir  | 21.01.2026 - Mıse À Jour : 22.01.2026
Les critiques de Trump sur l’accord des îles Chagos peuvent-elles fragiliser les relations États-Unis–Royaume-Uni ?

Greater London

AA/Londres/ Burak Bir

Moins d’un an après l’accord par lequel le Royaume-Uni a accepté de transférer la souveraineté de l’archipel des Chagos à l’île Maurice, en échange du maintien de l’exploitation d’une base militaire stratégique, des critiques venues des États-Unis relancent les interrogations autour de cet accord et mettent en lumière un nouveau point de friction dans les relations américano-britanniques.

Le débat sur l’accord concernant l’archipel des Chagos a refait surface après que le président américain Donald Trump, déterminé à prendre le contrôle du Groenland, a qualifié l’accord signé entre Londres et Port-Louis « d’acte de grande stupidité ».

-Que sont les îles Chagos ?

L’archipel des Chagos, également appelé îles Chagos, est un ensemble de sept atolls regroupant plus de 60 îles, situées dans l’océan Indien, à environ 500 kilomètres au sud des Maldives.

À la fin du XVIIIᵉ siècle, la France a pris le contrôle de l’archipel des Chagos ainsi que des Seychelles, en tant que dépendances de l’île Maurice. Des esclaves originaires de pays africains y ont alors été transférés pour travailler dans les plantations de cocotiers.

En 1814, après la défaite de Napoléon, la Grande-Bretagne s’est emparée de ces territoires, dont Maurice, en vertu du traité de Paris.

En 1965, le Royaume-Uni a détaché l’archipel des Chagos de Maurice, une décision que Port-Louis affirme avoir été imposée en échange de l’indépendance accordée en 1968.

Depuis, Diego Garcia, la plus grande île de l’archipel, abrite une base militaire conjointe Royaume-Uni–États-Unis, dont l’installation a entraîné le déplacement forcé d’environ 2 000 habitants.

-L’accord du Royaume-Uni avec Maurice

Maurice revendique de longue date les îles Chagos comme faisant partie intégrante de son territoire. Dans un avis consultatif non contraignant rendu en février 2019, la Cour internationale de Justice (CIJ) a estimé que le Royaume-Uni était « tenu de mettre fin » à son administration de l’archipel des Chagos. Une résolution saluant cet avis a été adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en mai de la même année. Six mois plus tard, l’Union africaine a, à son tour, exigé du Royaume-Uni qu’il mette fin à son « administration coloniale » de l’archipel.

Londres a toutefois continué de revendiquer la souveraineté sur ces îles, qu’elle a désignées comme le Territoire britannique de l’océan Indien.

Sous une pression internationale croissante, le Foreign Office britannique a ouvert en mai 2022 des négociations avec l’État est-africain sur l’exercice de la souveraineté sur l’archipel.

À l’issue de deux années de discussions, le Royaume-Uni est parvenu en octobre 2024 à un accord avec Maurice prévoyant le transfert de la souveraineté de l’archipel de l’océan Indien à Port-Louis. Un accord financier de 3,4 milliards de livres sterling (environ 4,5 milliards de dollars), signé en mai 2025, garantit le maintien de la base militaire de Diego Garcia dans le cadre d’un bail de 99 ans.

L’accord n’est pas encore entré en vigueur, dans l’attente de sa ratification au niveau national.

-Existe-t-il des préoccupations juridiques liées à l’accord ?

Au-delà de la question de la souveraineté sur les îles, les droits du peuple chagossien constituent depuis longtemps un enjeu central du droit international.

La Cour internationale de Justice (CIJ) a estimé que le détachement de l’archipel des Chagos de Maurice constituait une violation du droit du peuple chagossien à l’autodétermination.

Dans une déclaration publiée en décembre 2025, le Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale s’est dit « profondément préoccupé » par le fait que l’accord perpétuerait des violations de longue date des droits du peuple chagossien.

Le comité onusien a rappelé que la communauté chagossienne, un groupe ethnique d’ascendance africaine et sud-asiatique doté d’une identité culturelle distincte, avait été déplacée de force de l’archipel afin de permettre la construction de la base militaire conjointe États-Unis–Royaume-Uni.

Selon les Nations unies, le point central de préoccupation réside dans le fait que l’accord « empêche explicitement le retour du peuple chagossien sur ses terres ancestrales de l’île de Diego Garcia », tout en autorisant Maurice à mettre en œuvre un programme de réinstallation sur les autres îles de l’archipel des Chagos.

Estimant que l’accord ne prévoit pas de réparations complètes pour les préjudices subis par les Chagossiens, le comité a appelé le Royaume-Uni et Maurice à suspendre le processus de ratification de l’accord.

-Pourquoi les États-Unis critiquent-ils l’accord ?

Les États-Unis avaient initialement salué l’accord conclu en mai 2025, le qualifiant d’« historique » et félicitant le Royaume-Uni et l’île Maurice pour leur « leadership, leur vision et leur engagement à garantir que Diego Garcia reste pleinement opérationnelle pendant toute la durée de cet accord ».

Le département d’État avait alors indiqué que le président Donald Trump avait « exprimé son soutien à cette réalisation majeure lors de sa rencontre avec le Premier ministre Keir Starmer à la Maison-Blanche ».

Mais cette semaine, alors qu’il fait face à une opposition croissante de ses alliés concernant sa volonté de prendre le contrôle du Groenland territoire autonome danois qu’il estime nécessaire pour assurer la sécurité nationale américaine et dissuader la Chine et la Russie dans l’Arctique Donald Trump a changé de ton, qualifiant l’accord de « faiblesse totale ».

« Le Royaume-Uni qui cède des terres extrêmement importantes est un acte de grande stupidité, et cela s’inscrit dans une très longue liste de raisons de sécurité nationale pour lesquelles le Groenland doit être acquis », a déclaré Donald Trump sur son réseau Truth Social.

-Les critiques de Trump affecteront-elles les relations entre Washington et Londres ?

Les critiques formulées par Donald Trump à l’encontre de l’accord sur les îles Chagos interviennent à un moment où les relations entre le Royaume-Uni et les États-Unis sont déjà marquées par plusieurs tensions. Celles-ci portent notamment sur les accusations américaines d’un recul de la liberté d’expression et des droits humains au Royaume-Uni, ainsi que sur la nouvelle menace de droits de douane visant des alliés dans le contexte du dossier groenlandais.

L’invitation adressée par Donald Trump au président russe Vladimir Poutine à rejoindre son « Conseil de la paix » a également suscité un malaise à Londres. Le chef de la diplomatie britannique a réagi en affirmant que « Poutine n’est pas un homme de paix ».

Au-delà des différends commerciaux, la « relation spéciale » entre Washington et Londres repose sur des liens étroits en matière de sécurité et de renseignement, incluant un accord de coopération nucléaire et un complexe industriel de défense largement intégré.

Contrairement à certains alliés européens des États-Unis, comme la France, qui ont appelé à envisager l’activation d’une « bazooka » commerciale contre Washington, le Premier ministre britannique Keir Starmer adopte une ligne diplomatique prudente et a minimisé la perspective de mesures de rétorsion tarifaires.

Dans le même esprit, et au risque de froisser Donald Trump, l’ancien avocat spécialisé en droits humains ne s’est pas prononcé sur une éventuelle violation du droit international par les États-Unis après la capture, le 3 janvier, du président vénézuélien Nicolas Maduro par l’armée américaine et son transfert à New York pour y être poursuivi pour trafic de drogue.

*Traduit de l'anglais par Sanaa Amir

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