Monde

Le Pakistan affirme avoir frappé des “refuges terroristes” en Afghanistan

- Islamabad dit avoir visé des sites militaires à Kandahar, tandis que Kaboul dénonce des frappes contre des zones civiles dans un contexte d’escalade meurtrière à la frontière

Serap Doğansoy  | 16.03.2026 - Mıse À Jour : 16.03.2026
Le Pakistan affirme avoir frappé des “refuges terroristes” en Afghanistan

Istanbul

AA / Istanbul / Serap Dogansoy

Le Pakistan a affirmé dimanche avoir mené des frappes contre des sites militaires et des « refuges terroristes » dans la ville de Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan, alors que les deux pays voisins s’accusent mutuellement d’avoir causé la mort de civils dans des zones frontalières.

Selon des responsables pakistanais s’exprimant sous couvert d’anonymat, les forces armées ont détruit à Kandahar des infrastructures de soutien ainsi que des sites de stockage de matériel utilisés, selon Islamabad, par des combattants du mouvement des talibans pakistanais (TTP). Ce groupe armé, officiellement appelé Tehrik-e-Taliban Pakistan, mène depuis des années des attaques contre les forces de sécurité et des civils au Pakistan.

Le porte-parole du gouvernement taliban afghan, Zabihullah Mujahid, a contesté cette version, affirmant que les frappes avaient touché « un centre de réhabilitation de toxicomanes » et « un conteneur vide dans la montagne ». « Les lieux mentionnés par les Pakistanais sont loin de ces deux endroits », a-t-il déclaré à la presse française.

Un employé du centre visé a indiqué à la presse française que plusieurs bâtiments avaient été endommagés mais qu’il n’y avait « eu aucune perte humaine ».

Civils tués de part et d’autre de la frontière

Parallèlement, l’armée pakistanaise a accusé les forces afghanes d’avoir tiré de l’artillerie sur une maison dans la région de Bajaur, dans le nord-ouest du Pakistan, tuant quatre civils, décrits comme des frères, et blessant grièvement une autre personne.

Du côté afghan, une personne a été tuée lorsqu’une « maison civile » a été touchée par un tir d’obus pakistanais à Kamdesh, dans la province orientale du Nouristan, a affirmé sur le réseau social américain X le porte-parole adjoint du gouvernement taliban, Hamdullah Fitrat.

Les autorités de la province afghane de Khost ont également annoncé la mort de deux enfants dans une attaque de mortier ayant visé « des maisons civiles dans le district de Spira ».

Les deux camps affirment ne pas cibler de civils. Il reste difficile de vérifier de manière indépendante le nombre de victimes, en raison de l’inaccessibilité de certaines zones frontalières.

Une escalade depuis fin février

La Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (UNAMA), chargée notamment de documenter les pertes civiles, a indiqué vendredi que 75 civils afghans avaient été tués depuis l’intensification des affrontements avec le Pakistan le 26 février.

Samedi, Islamabad avait également affirmé avoir déjoué une « attaque de drones des talibans afghans ». Le président pakistanais Asif Ali Zardari avait accusé Kaboul d’avoir « franchi une ligne rouge » en visant des cibles civiles.

La veille, des bombardements pakistanais avaient touché plusieurs zones en Afghanistan, dont la capitale Kaboul, faisant quatre morts civils selon les Nations unies.

Un conflit frontalier ancien

Les tensions entre les deux pays se sont aggravées ces derniers mois. Le Pakistan accuse régulièrement les autorités afghanes d’héberger des combattants du TTP sur leur territoire, ce que Kaboul dément.

En octobre 2025, des affrontements entre forces pakistanaises et afghanes avaient déjà fait des dizaines de morts et entraîné la fermeture quasi totale de la frontière terrestre entre les deux pays.

Après plusieurs tentatives de médiation, les violences avaient diminué, avant de reprendre fin février à la suite de frappes aériennes pakistanaises en Afghanistan, suivies d’une offensive terrestre des forces afghanes.

Conséquences humanitaires

Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a annoncé dimanche fournir une aide d’urgence à environ 20.000 familles afghanes déplacées par les combats.

L’agence onusienne a mis en garde contre une « instabilité persistante » qui risque d’aggraver la crise alimentaire dans le pays, où des millions de personnes dépendent déjà de l’aide humanitaire.​​​​​​​

Seulement une partie des dépêches, que l'Agence Anadolu diffuse à ses abonnés via le Système de Diffusion interne (HAS), est diffusée sur le site de l'AA, de manière résumée. Contactez-nous s'il vous plaît pour vous abonner.