Le Conseil transitoire yéménite à Moscou : Une phase de recherche d'un appui international
-Soutenu par les Emirats, le Conseil transitoire du Sud au Yémen a effectué une visite à Moscou et la délégation du Conseil a été conduite par son président Aïdarous al-Zoubaïdi
Yemen
AA / Yémen
Le Conseil transitoire du Sud au Yémen, qui est appuyé par les Emirats arabes unis, a largement médiatisé une visite d'une délégation du Conseil, conduite par son président Aïdarous al-Zoubaïdi, dans la capitale russe, Moscou.
Fondé en 2017, le Conseil transitoire contrôle la capitale transitoire Aden (sud), la province de Socotra (sud-est) ainsi que plusieurs régions du Sud du pays.
- Confirmation de la séparation
Bien que la Russie ait souligné, de manière itérative, sa position de soutien à la stabilité et à l'unité du Yémen, il n'en demeure pas moins que al-Zoubaidi a confirmé, après son arrivée à Moscou, l'attachement du Conseil à ce qu'il appelle la « récupération de l'Etat du Sud », dans une référence à la séparation des provinces sous contrôle du Nord du pays.
Plusieurs médias relevant du Conseil transitoire ou proches de lui ont évoqué cette visite avec un intérêt notoire, voire surdimensionné. Certains médias ont estimé que la visite constitue un « succès diplomatique » du Conseil, dans le cadre de son objectif visant la séparation, bien que Moscou ait qualifié ce déplacement de simple « visite de travail ».
Le Conseil transitoire souligne en continu la nécessité de la séparation du Sud du Yémen de son Nord, en dépit de l'attachement de la majorité des composantes yéménites influentes à l'unité.
Rappelons que le Nord et le Sud du Yémen ont été réunifiés, sur une base volontaire, le 22 mai 1990, à la faveur d'un accord entre les deux présidents des entités de l'époque, Ali Abdallah Salah (nord) et Ali Salem al-Beidh (sud).
- Le gouvernement yéménite
La visite à Moscou du Conseil a été rejetée par plusieurs responsables du gouvernement yéménite, soutenu par l'Arabie Saoudite, et qui ont mis en doute les desseins de ce déplacement.
Mokhtar al-Rajabi, conseiller au ministère de l'Information du gouvernement yéménite, a écrit dans un post publié sur Twitter, en commentant l'attachement d’al-Zoubaidi à la séparation, que « le chef des milices du Conseil transitoire lance l'escalade depuis la Russie Cela constitué une violation de plus de l'Accord de Riyad para le chef de la rébellion ».
Le 18 décembre dernier, un gouvernement yéménite, composé de 24 ministres, a été mis sur pied de manière équitable, pour la première fois entre le Nord et le Sud, et sur la base de l'accord de Riyad.
Parmi les principaux points de cet Accord figurent la formation d'un gouvernement équitable entre le Nord et le Sud au sein duquel siège le Conseil transitoire du Sud, ainsi que la résolution de la situation militaire à Aden et dans d'autres régions qui ont été le théâtre d'affrontements entre le Conseil et le gouvernement, telle que la province de Abyan (Sud).
Jusqu’à aujourd'hui, les deux protagonistes n'ont pas enregistré de progrès palpables s’agissant du volet militaire de l'Accord de Riyad, en particulier, concernant la fusion des forces de l'armée et de sécurité relevant du gouvernement et du Conseil transitoire, sous une direction unifiée des ministères de l'Intérieur et de la Défense.
-Un souhait russe
Nombre d'observateurs yéménites estiment que le Conseil transitoire souhaite rappeler à la Russie son rôle d’antan au Yémen et que la visite à Moscou s'inscrit dans le cadre de la tentative d'obtenir une position russe soutenant les orientations séparatistes, tout en accordant à Moscou une série d'avantages économiques et militaires dans le sud du pays.
Le politologue yéménite Adel Déchila a, dans ce contexte, déclaré à AA que « la position russe face aux événements au Yémen demeure floue et dépourvue de clarté, mais il existe une volonté de Moscou de renforcer sa présence de manière permanente dans la région ».
« La position de la Russie était floue à l'égard de la résolution du Conseil de sécurité 2216 (qui prévoit le retrait des Houthis tout en laissant leurs armes dans les zones qu'ils contrôlaient). Moscou s'était abstenu de voter contre cette résolution et n'a ni rejeté ni approuvé le texte », a-t-il ajouté.
Et le politologue de poursuivre : « Cela signifie que la Russie ne souhaite perdre aucun des protagonistes politiques ou des factions armées, à l'intérieur du territoire yéménite ».
« Ces mouvements interviennent dans le cadre de l'intérêt russe accordé aux zones du sud du Yémen », a encore dit l’expert, étayant son opinion par des « déclarations faites par l'ambassadeur de Russie auprès du Yémen, Vladimir Dedushkin que le sud du pays est une région importante pour Moscou ».
Rappelons que la Russie à l'époque de l'Union soviétique disposait de liens étroits avec la « République Démocratique et Populaire du Yémen », l'Etat du Sud avant la réunification.
Déchila a ajouté que « le conflit international est bel et bien présent dans la région et partant, la rencontre des Russes avec ces groupes armés (allusion au Conseil transitoire) s'inscrit dans le cadre de la polarisation pour exploiter, au futur, tout conflit international qui pourrait survenir entre la Chine et la Russie, d'une part, et les Etats-Unis d'autre part ».
-Appréhension du conseil transitoire et réserves russes
A son tour, l'observateur yéménite Yaakoub al-Atwani a souligné que « rien ne justifie le déplacement du Conseil transitoire à Moscou, après qu’il ait intégré la nouvelle formation gouvernementale tout en affichant sa volonté d'aller de l'avant sur la voie du respect de l'Accord de Riyad ».
« Le conseil appréhende l'avenir proche et il n’est point rassuré de la réalité de la phase après l’Accord de Ryad. Les sudistes estiment que l'Arabie Saoudite n’est plus en mesure de faire montre de laxisme concernant la situation dans le sud du pays et que cela réduira par conséquence leur marge de manœuvre sur le terrain », a-t-il ajouté.
Al-Atwani a relevé que « le Conseil séparatiste (transitoire) ambitionne d'élargir ses alliances extérieures pour s’approprier une plus grande marge de manœuvre, aussi bien politique que militaire ».
Il a considéré que « cette visite témoigne de la poursuite de la tension entre le Conseil transitoire et le gouvernement légitime, et que la question de consensus entre les deux protagonistes demeure formelle, étant illustrée par la participation au gouvernement mais que les objectifs politiques sont toujours divergents ».
Concernant la Russie, il a indiqué que « La position de Moscou vis-à-vis de la question yéménite semble constante, en affichant une sorte de neutralité et de réserve ».
L'observateur a indiqué que « cela requiert de la Russie de traiter toutes les parties sur un pied d'égalité et de garder la même distance de l’ensemble des protagonistes, sans s'approcher de l'un au détriment de l'autre, comme cela s’illustre à travers les évènements actuels au Yémen ».
Le Yémen est en proie à un conflit fratricide, qui dure depuis plus de six ans. Ce conflit a fait 233 mille morts et près de 80 pc de la population yéménite de 30 millions d’habitants, survit grâce aux aides, dans ce qui est considéré comme étant la pire tragédie humanitaire au monde, selon les Nations Unies.
Le conflit est devenu plus complexe, au vu de ses ramifications régionales. Depuis le mois de mars 2015, une coalition arabe, conduite par l'Arabie Saoudite voisine, mène des opérations militaires pour soutenir les forces gouvernementales, face aux Houthis appuyés par l'Iran, et qui contrôlent plusieurs provinces, dont la capitale Sanaa.
*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou
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