AA/ Bujumbura/ Yvan Rukundo
Près de 200 Congolais ont fui, depuis lundi, les combats opposant l'armée à des miliciens dans la province du Sud-Kivu (Est de la République Démocratique du Congo) pour se réfugier dans le Burundi voisin, un pays lui-même traversé par une crise sécuritaire, a appris Anadolu de sources officielles burundaises.
Pour la plupart d'entre eux, des femmes et des enfants, ces réfugiés ont "fui les combats opposant depuis dimanche l'armée congolaise à des groupes armés, principalement les Maï-Maï dans la plaine de la Rusizi", a déclaré mercredi à Anadolu Anicet Nibaruta, directeur-adjoint du service de la protection civile, au Burundi.
Les services du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), ceux de l’International Rescue Committee (IRC) et la police de la protection civile sont, d'après la même source, toujours à l’œuvre pour les amener dans le camp de réfugiés de transit de Cishemere, à environ 2 km du chef-lieu de Cibitoke.
Joseph Iteriteka, gouverneur de la province burundaise de Cibitoke (Nord-Ouest), a affirmé mardi que les Congolais continuent à fuir vers sa province, disant qu'un bilan sera donné plus tard, sans toutefois préciser l'heure et la date.
Quoique pourvoyeur de réfugiés en raison de la crise politique et sécuritaire qu'il traverse depuis plus d'un an et demi, le Burundi accueille également sur son sol des réfugiés en provenance des pays voisins.
Selon les chiffres de l'UNHCR, ce pauvre pays d'Afrique de l'Est comptait sur son sol, le 31 avril dernier, 53.130 réfugiés et 3021 demandeurs d’asiles dont plus de 90% de Congolais fuyant des groupes armés semant la terreur dans l’Est de la RDC.
Ces réfugiés sont rassemblés dans quatre camps, à savoir Kavumu à Cankuzo (Est), Musasa dans la province de Ngozi (Nord), Gasorwe dans la province de Muyinga (Nord-Est), et Bwagiriza dans la province de Ruyigi (Est).
Rencontrés par Anadolu, certains parmi les nouveaux venus en provenance de l'est congolais embrasé, ont revisité non sans sanglots un vécu douloureux. «Chez nous, il y a des affrontements entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les rebelles Mayi-Mayi (Mai-Mai). Quand il y a des tirs, des explosions, c’est la panique générale», témoigne Jackson Kabangura, un des réfugiés congolais arrivé, mardi, dans le site de transit de Cishemere.
Affirmant avoir fui un vécu infernal, son compagnon José Mukanga indique, lui, que les combats avaient commencé dans la nuit de dimanche à lundi et qu'ils continuaient jusqu'à mardi».
Un rapport des Forces armées congolaises (FARDC) reproche aux populations de Ngendo et d'autres localités relevant de l'est de la RDC le fait de cacher des rebelles Mai-Mai, selon le même témoin. « Les FARDC menaçaient de nous tuer si nous ne leur montrions pas où se cachent ces rebelles. C'est pourquoi nous avons fui le pays vers le Burundi.»
«Un calvaire! Horrible ce qu'est devenu l'est congolais aujourd'hui!». C'est en ces termes que s'est exprimée une autre réfugiée congolaise sous le sceau de l'anonymat.
Pour elle, le voyage de l'Est congolais vers le Nord-ouest burundais n'était pas sans malheurs : « Ceux qui savent nager sont là, alors que bien d'autres, surtout les enfants, se sont noyés dans la Rusizi (rivière par laquelle le lac Kivu se déverse dans le lac Tanganyika, ndlr). Ils n'ont pas pu résister au déferlement des vagues en cette période pluvieuse», se navre-t-elle.
Voir des familles dispersées et des enfants séparés de leurs parents était un paysage des plus poignants pour elle. Deux journées de marche avant d'atteindre Cibitoke et des souffrances indélébiles, cette réfugiée congolaise lance un cri d'alarme à l'adresse du gouvernement burundais pour secourir ces "damnés de la terre" qui, livrés à eux-mêmes, ne savent à quel saint se vouer. «Nous n’avons pas eu le temps de récupérer nos affaires, puis, nous n'avons ni eau ni nourriture», vocifère-t-elle.
Côté administration provinciale, Joseph Iteriteka, gouverneur de la province de Cibitoke, contacté par Anadolu, a signalé que le le nombre de réfugiés en provenance de la RDC avoisinait les 200 personnes, mardi, mais que d'autres arrivants continuaient à affluer. Il a, par ailleurs, affirmé que toutes les mesures nécessaires ont été prises pour le contrôle de la situation.
Reste à savoir si le Burundi serait en mesure de répondre aux doléances de ces réfugiés, au moment où il traverse, à son tour, une crise politique, sécuritaire et humanitaire, dûe à l'instabilité provoquée par le dépôt de la candidature du président Pierre Nkurunziza, en avril 2015, à un troisième mandat anticonstitutionnel selon l’opposition et la société civile.
Les violences qui ont émaillé cette crise politico-sécuritaire ont jusque-là fait plus de 1000 morts et poussé plus de 310 000 personnes à fuir le pays, d'après un rapport de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH), rendu public mi-novembre.
Le Burundi, ceux qui partent et ceux qui arrivent! L'histoire n'est-elle vraiment qu'un perpétuel recommencement?