AA/ Bujumbura/ Jean Bosco Nzosaba
Alors qu’il vit depuis des années au rythme d’intempestifs délestages de son énergie électrique, le Burundi mise désormais sur le Barrage de la Renaissance en cours de construction en Ethiopie. Une partie de sa production lui sera en effet vendue dans deux ans.
Pour concrétiser cet engagement, les ministres burundais et éthiopien en charge de l’Energie, ont récemment signé un mémorandum d’entente pour la fourniture, au Burundi, de 200 MW sur la production du Barrage de la Renaissance.
Alors que d'autres pays, à l'instar de l'Egypte, ont émis des réserves, qui se sont vite ransformées en tensions avec Addis, concernant une éventuelle réduction de leur part d'eau du Nil après l'édification de ce barrage, le Burundi n'a pas caché sa satisfaction et sa hâte de voir ce projet achevé.
"Ce Barrage de la Renaissance est une aubaine pour le Burundi", a déclaré à Anadolu Jéroboam Nzikobanyanka, directeur général de la Régie burundaise de production et de commercialisation de l’eau et de l’électricité. Ce contrat s’inscrit aussi dans le cadre d’un grand projet régional.
"Toute cette énergie sera acheminée et fournie à partir du Rwanda via un grand projet d’interconnexion régionale appelé "Eastern Africa Power Pool", a, encore, précisé le Directeur général de la Regideso, Jéroboam Nzikobanyanka.
Ce réseau régional d’interconnexion s’annonce très porteur. "Il s’agit d’un vaste réseau régional électrique mis en place depuis 2005 et qui devrait profiter à une dizaine de pays de la région dont la Libye, le Soudan, l’Egypte, l’Ethiopie, le Djibouti, le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, le Burundi et le Rwanda", explique à Anadolu Gaspard Ndayegamiye, cadre à la Régie burundaise de production et de commercialisation de l’eau et de l’électricité.
Rendu officiel en mars 2011, le projet de construction de ce barrage situé sur le cours du Nil bleu en Ethiopie (Etat régional de Benishangul-Gumuza) a véritablement démarré le 28 mai 2013. Il devrait se terminer au courant du premier semestre 2017.
Selon les statistiques publiées par l’Unité du barrage, sa capacité de stockage globale sera de 74 milliards de mètres cubes d'eau ce qui permettrait de générer une production éléctrique annuelle de 15 700 gigaWatt/h. Il coûtera au total 4,5 milliards d'euros, Il est pressenti comme le plus grand barrage hydroélectrique d'Afrique.
«Le Burundi est en proie à un déficit énergétique criant avec ses quelques 68 MW en tout et pour tout à se partager alors que la demande ne fait qu’augmenter. Avec ce projet, ces problèmes seront derrière nous, et nous pourrons même combler les besoins futurs», se réjouit le directeur général de la Regideso.
En mal de barrages électriques et pour combler son déficit, le Burundi importe jusqu'ici de l’énergie hydroélectrique à partir des centrales de Ruzizi I et Ruzizi II, toutes les deux localisées en République Démocratique du Congo (RDC) et relevant de la Communauté économique des pays des grands lacs (CEPGL : Burundi, Rwanda et République démocratique du Congo, RDC).
La centrale de Ruzizi I a une puissance installée de 28,2 MW, tandis que la centrale de Ruzizi II, une copropriété des 3 pays, a une puissance installée de 39,9 MW et est exploitée par la Société Internationale d’Electricité des Pays des Grands-Lacs (SINELAC), ce qui porte à 68 MW la production totale du pays.
En raison des différentes crises politiques qui l’ont secoué durant plusieurs années, le Burundi n’a pas investi dans la construction de nouveaux barrages hydroélectriques. Le dernier barrage date de 1989.
«Pour pouvoir répondre aujourd'hui à la demande intérieure réelle, il nous faudrait au moins 75 MW à l'heure actuelle, le déficit est donc énorme et inquiétant», a déclaré à Anadolu Côme Manirakiza, ministre burundais de l’Energie et des Mines.
Selon les données de la Régie burundaise de production de l’eau et de l’électricité (REGIDESO), le niveau de consommation d'électricité au Burundi reste l'un des plus faibles.
Faible est aussi le poids de ce secteur dans l’économie nationale. «Sa contribution au PIB est estimée à 1%, c’est très peu par rapport à l’Ouganda (6%) et au Rwanda (4,8%)», explique à Anadolu Gildas Ndayirukiye, cadre au Ministère burundais des Finances et de la planification économique.