La planète entre en « faillite hydrique », selon un rapport de l’ONU
- Un rapport de l’Université des Nations unies alerte sur une rupture globale des systèmes hydriques : la Terre consomme désormais plus d’eau qu’elle n’est capable de renouveler, avec des dommages jugés en partie irréversibles
Istanbul
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Le monde est entré dans une ère de « faillite hydrique », caractérisée par une surexploitation durable et irréversible des ressources en eau à l’échelle de la planète, conclut un rapport de l’Institut pour l’eau, l’environnement et la santé de l’Université des Nations unies (UNU-INWEH), publié en 2026 .
Selon les auteurs, une part croissante des systèmes hydriques mondiaux – rivières, lacs, nappes phréatiques, zones humides, glaciers et sols – ne parvient plus à se reconstituer. L’humanité ne se contente plus de consommer les flux annuels d’eau renouvelable : elle puise massivement dans les « réserves » naturelles accumulées sur des décennies ou des millénaires, dépassant des seuils jugés critiques et, pour certains, irréversibles .
- Trois quarts de l’humanité confrontés à l’insécurité hydrique
Le rapport estime que près de trois quarts de la population mondiale vit dans des pays classés comme hydriquement « insécurisés » ou « critiquement insécurisés ». Plus de 2,2 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à une eau potable gérée de manière sûre, tandis qu’environ 4 milliards subissent des pénuries sévères au moins un mois par an .
- Rivières asséchées, lacs en recul et zones humides en voie de disparition
Cette faillite hydrique se manifeste par des signaux convergents sur tous les continents. Plus de la moitié des grands lacs de la planète ont perdu du volume depuis les années 1990, un tiers des grands bassins fluviaux voient leurs débits fortement altérés, et environ 70 % des principales nappes phréatiques présentent des tendances durables à la baisse. Dans certaines régions, l’affaissement des sols lié au pompage excessif atteint jusqu’à 25 centimètres par an, compromettant définitivement la capacité de stockage de l’eau et augmentant les risques d’inondation .
- La qualité de l’eau, nouvel angle mort de la pénurie mondiale
À ces tensions quantitatives s’ajoute une dégradation croissante de la qualité de l’eau. Pollutions agricoles, industrielles et urbaines réduisent la part réellement utilisable des ressources, même là où les volumes théoriques restent élevés. Le rapport souligne également la disparition accélérée des glaciers, qualifiés de « comptes d’épargne » hydriques, dont la fonte prive des centaines de millions de personnes de ressources essentielles à l’irrigation, à l’hydroélectricité et à l’eau potable .
- L’ONU appelle à changer de paradigme politique et économique
Pour l’ONU, le terme traditionnel de « crise de l’eau » n’est plus adapté. Il suggère une situation temporaire, alors que la planète ferait face à un état structurel et durable de déséquilibre. La « faillite hydrique » implique que certains dommages ne peuvent plus être réparés à l’échelle humaine et qu’il ne s’agit plus de revenir à la situation passée, mais de gérer un nouveau cadre de rareté .
Le rapport appelle à une refonte des politiques publiques, estimant que les approches actuelles, centrées sur les situations d’urgence ou des gains d’efficacité marginaux, ne suffisent plus. Il plaide pour une reconnaissance politique de cette faillite hydrique mondiale et pour une réorientation des modèles agricoles, énergétiques et urbains, dans un contexte de changement climatique et de tensions géopolitiques accrues autour de l’eau .
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