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La France rend les crânes d’Algériens conservés au musée comme des trophées

- La requête officielle avait été émise par les autorités algériennes en décembre 2017.

Fawzia Azzouz   | 02.07.2020
La France rend les crânes d’Algériens conservés au musée comme des trophées

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La France va restituer 24 crânes de résistants algériens opposés à la colonisation et entreposés au musée de l’Homme, a annoncé, jeudi, le président algérien Abdelmajid Tebboune.

Ces crânes, attendus à Alger dès vendredi, revêtent une portée hautement symbolique, à deux jours des célébrations anniversaire de l’indépendance de l’Algérie.

La requête officielle avait été émise par les autorités algériennes en décembre 2017.

C’est finalement grâce au travail minutieux de l’archéologue et historien algérien Ali Farid Belkadi, que le processus a été rendu possible.

En 2011, le chercheur a identifié 68 crânes ayant appartenu à des combattants anticolonialistes algériens dans ce célèbre musée situé au cœur du Trocadéro à Paris.

Les autorités françaises avaient pris pour habitude, à l’époque coloniale, d’envoyer en métropole, les têtes décapitées de ceux qu’ils considéraient comme des ennemis, pour les entreposer, leur conférant la valeur d’un trophée de guerre.

A l’issue de ses travaux d’identification, Ali Farid Belkadi, a pris l’initiative de rédiger une pétition réclamant « rapatriement en Algérie des restes mortuaires de résistants algériens conservés dans les musées français ».

Parmi les têtes momifiées, figurent notamment « les crânes appartenant à Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, dit Chérif "Boubaghla", à Cheikh Bouziane, chef de la révolte des Zaatchas, à Moussa El-Derkaoui, à Si Mokhtar Ben Kouider Al-Titraoui », précise la pétition.

- Une conservation qui indigne

L’historien dénonce, par ailleurs, dans son texte le « sort indigne qui est fait à la mémoire de ces vaillants guerriers de l’Algérie » et demande qu’ils puissent être « dignement enterrés dans leur sol natal ».

Pointant du doigt des « manquements détestables aux règles morales les plus rudimentaires », Ali Farid Belkadi pointait du doigt une pratique « qu’aucune culture (...), aucune croyance, (...) aucune piété, ne saurait admettre ».

Pour autant, c’est quasiment 10 ans plus tard, qu’enfin, cette pratique qui interroge, tant sur sa pertinence que sur son objet, va être partiellement réparée.

-Des précédents illustrent le caractère raciste de certaines conservations

Si le processus de restitution est relativement fastidieux avec notamment l’obligation de passer par une loi pour déclassifier les objets, il a déjà été utilisé en France.

La première restitution concerne Sarah Baartman, la Venus Hottentote, symbole incontestable du racisme Français.

Née en Afrique du Sud, elle est la servante d’un homme avec lequel elle part en exil à Paris au début du XIXème siècle, où elle deviendra une véritable attraction.

Exhibée devant les européens pour son physique et sa morphologie différente de la leur mais typique du peuple africain, elle sera envoyée en Angleterre, en Hollande et finira sa vie en France.

Pendant des années, des Européens, ont payé pour la voir, exposée comme un animal dans un zoo, véritable attraction pour les occidentaux.

Pendant des décennies, l’Afrique du Sud a réclamé en vain la restitution de sa dépouille, mais les autorités françaises lui ont opposé de multiples refus, invoquant le patrimoine culturel inaliénable du pays.

C’est finalement en 2002, que Sarah Baartman peut enfin retrouver sa terre natale pour y reposer en paix, inhumée dignement selon les rites traditionnels de son peuple.

- La France traîne des pieds dans la restitution des œuvres d’art pillées à l’Afrique

Si en 2018, un rapport diligenté par l’Elysée, préconisait la restitution d’une grande partie des œuvres d’art spoliées à l’Afrique durant la période coloniale, les démarches sont loin d’être entamées.

Emblème de la mauvaise volonté de la France, le sabre d’Omar Saïdou Tall annoncé comme restitué au président sénégalais Macky Sall en 2019.

L’annonce, faite en grande pompe, de ce geste symbolique du gouvernement français n’était en réalité qu’un leurre puisqu’il ne s’agit que d’un prêt de cinq ans...

Dans sa communication publique, Paris a évidemment passé ce détail important sous silence.

« Je veux que d’ici cinq ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique » avait pourtant affirmé Emmanuel Macron lors d’un discours à Ouagadougou en 2017.

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