La Banque centrale européenne pourrait relever ses taux face aux chocs inflationnistes liés au conflit
- La BCE devrait passer d'une approche attentiste à une position restrictive avant la réunion cruciale du 19 mars sur les taux d'intérêt
Berlin
AA / Berlin / Bahattin Gonultas
Les tensions croissantes au Moyen-Orient, à la suite des attaques conjointes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran, ainsi que la forte hausse des prix du pétrole provoquée par les représailles de Téhéran contre des bases et cibles américaines dans la région, ont déclenché un choc inflationniste pour la Banque centrale européenne (BCE).
La BCE se réunira le 19 mars pour une réunion cruciale sur les taux d’intérêt, tandis que les estimations des marchés monétaires indiquent que l’institution pourrait être contrainte de recourir à une hausse des taux, une option qui avait été écartée depuis longtemps jusqu’à récemment.
Malgré les déclarations optimistes du président américain Donald Trump, les économistes estiment que la guerre ne semble pas près de se terminer et que la situation émergente pourrait affecter directement les politiques monétaires.
La BCE devrait avoir abandonné son approche attentiste pour adopter une posture plus restrictive à l’approche de la réunion, plusieurs responsables laissant entendre que les taux d’intérêt pourraient augmenter si les prix de l’énergie alimentent l’inflation globale à moyen terme.
S’exprimant à la Frankfurt School, Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, a déclaré que la banque surveille de près l’évolution des prix de l’énergie et leur impact sur l’inflation.
Le président de la Bundesbank allemande, Joachim Nagel, a affirmé que la BCE prendra des mesures décisives si les prix de l’énergie influencent l’inflation des consommateurs à moyen terme, tandis que la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a déclaré que la banque fera tout ce qui est nécessaire pour éviter une répétition du choc inflationniste survenu il y a quatre ans.
Elle a souligné que prévenir une nouvelle vague de hausses des prix liée au conflit au Moyen-Orient est essentiel pour gérer la situation, la banque restant vigilante afin de ne pas répéter le scénario observé lors de la guerre entre la Russie et l’Ukraine.
Certains membres de la BCE ont évoqué des mesures plus concrètes. Peter Kazimir, gouverneur de la Banque nationale de Slovaquie, a indiqué que la réponse de la BCE pourrait intervenir plus tôt que prévu, tandis que Madis Muller, de la Banque d’Estonie, a estimé que la probabilité d’une hausse des taux par la BCE a augmenté au cours des deux dernières semaines.
Parallèlement, les estimations d’inflation sont en cours de révision. L’économiste principal Andrzej Szczepaniak a relevé sa prévision d’inflation pour la zone euro à la fin de l’année, la faisant passer de 2,1 % à 2,7 %, soit au-dessus de l’objectif de 2 % fixé par la BCE, alors que l’inflation s’établit actuellement à 1,9 % dans un contexte de hausse des prix du pétrole et du gaz.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a proposé de libérer un volume record de 400 millions de barils de réserves pétrolières afin de calmer les marchés, soit le double des réserves libérées au début de la guerre en Ukraine en 2022.
Les tensions sur le marché pétrolier ont atteint un niveau plus grave que celui observé après le pic de la guerre entre la Russie et l’Ukraine.
Carsten Brzeski, responsable mondial de la recherche macroéconomique et économiste en chef pour la zone euro chez ING, a indiqué dans une analyse publiée mercredi que le traumatisme de la BCE depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022 reste encore très présent.
« Dans un scénario de “guerre sans fin”, marqué par une perturbation prolongée du détroit d’Ormuz, avec des prix du pétrole au-dessus de 100 dollars le baril pendant plusieurs mois et des effets en cascade sur les transports, les prix alimentaires et, plus généralement, sur les chaînes d’approvisionnement, la BCE sera probablement contrainte d’envisager des hausses de taux », a-t-il déclaré, ajoutant que des baisses de taux sont totalement exclues dans ce scénario.
« Nous ne nous attendons pas à ce que Lagarde répète l’expression “bon endroit”. Il n’y a toujours aucune raison pour la BCE de paniquer — mais installer une “salle de panique” dans ce “bon endroit” ne serait peut-être pas une mauvaise idée pour le moment », a-t-il ajouté.
Selon Brzeski, la BCE a historiquement considéré l’inflation comme temporaire lors de précédents chocs pétroliers, notamment en 2021-2022, mais cette erreur est désormais profondément ancrée dans l’identité institutionnelle de la banque.
Même si la BCE maintient ses taux la semaine prochaine, l’institution devrait utiliser son « deuxième instrument de politique monétaire le plus puissant : les mots ».
Selon lui, les orientations verbales de la banque pourraient envoyer un message aux marchés indiquant que « la BCE est prête à agir ».
Il a également souligné que toute nouvelle prévision de croissance ou d’inflation publiée par les experts de la BCE devient rapidement obsolète en raison des mouvements soudains des prix du pétrole, ajoutant que les réalités géopolitiques, plutôt que les modèles économiques, détermineront désormais la trajectoire de la banque.
*Traduit de l'anglais par Wafae El Baghouani
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