L’ancien chef de l’OTAN appelle l’Europe à prendre la tête du monde libre
- Anders Fogh Rasmussen affirme que l’Europe doit réformer l’OTAN et agir de manière indépendante face aux tensions avec les États‑Unis
Istanbul
AA/Istanbul/Seyma Erkul Dayanc
L’ancien secrétaire général de l’OTAN a déclaré mercredi que l’Europe doit prendre en main son propre destin face aux tensions croissantes avec Washington.
« Je ne crois pas qu’il soit temps de rompre définitivement les liens entre l’Europe et les États-Unis. Mais nous, Européens, devons nous occuper de notre propre destin », a affirmé Anders Fogh Rasmussen à la radio française RFI.
Il a ajouté que l’OTAN devait être réformée et renforcée, avec une Europe jouant un rôle plus important au sein de l’alliance.
« Ce conflit a été initié par le président américain Donald Trump », a précisé Rasmussen, rejetant l’idée d’une intervention de l’OTAN pour rouvrir le détroit d’Ormuz dans le cadre de la guerre en cours en Iran.
Depuis le 28 février, les États-Unis et Israël ont mené des frappes aériennes contre l’Iran, faisant plus de 1 340 morts, dont l’ancien guide suprême iranien Ali Khamenei. L’Iran a riposté par des frappes de drones et de missiles ciblant Israël ainsi que la Jordanie, l’Irak et d’autres pays du Golfe abritant des forces américaines.
Le détroit d’Ormuz, voie de navigation mondiale stratégique, est également quasiment bloqué depuis début mars.
Rasmussen a souligné que certains membres de l’OTAN pourraient choisir d’aider les États-Unis individuellement, rappelant que « la France a indiqué qu’elle pourrait être impliquée si un mandat de l’ONU était adopté ».
Interrogé sur les critiques récentes des États-Unis envers l’OTAN, l’ancien chef de l’alliance a insisté sur le fait que l’Europe ne pouvait plus flatter Trump et devait agir fermement. « L’ère de la flatterie est terminée. Nous devons être fermes avec Donald Trump, c’est le seul langage qu’il comprend », a-t-il déclaré.
Il a également rappelé la crise du Groenland sous Trump, soulignant que les actions américaines avaient renforcé le sentiment anti-américain au Groenland et au Canada.
Ces derniers mois, Trump avait à plusieurs reprises insisté pour un contrôle américain sur le Groenland, invoquant des préoccupations de sécurité nationale liées à la Russie et à la Chine, allant jusqu’à menacer de sanctions les pays européens qui refusaient l’idée.
Ces menaces ont ensuite été atténuées après une rencontre avec Mark Rutte lors du Forum économique mondial en Suisse, où Trump a indiqué que les deux parties avaient posé les bases d’un éventuel accord sur le Groenland et l’Arctique, ouvrant la voie à des discussions ultérieures entre les États-Unis, le Danemark et le Groenland.
Rasmussen a mis en garde contre l’érosion du leadership américain dans le monde. « Depuis mon enfance, les États-Unis étaient le leader du monde libre. Il m’est très difficile de les voir se retirer de cette position. L’Europe doit assumer ce rôle », a-t-il déclaré à RFI.
L’ancien secrétaire général de l’OTAN a insisté sur la nécessité pour les Européens de renforcer leurs capacités de défense et de prendre davantage de responsabilités au sein de l’alliance, y compris sur le plan financier, afin de garantir leur propre destin.
*Traduit de l'anglais par Sanaa Amir
