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Kallas affirme que l’Europe rejette le récit d’une « décadence woke » et appelle à renforcer la défense

- « L’Europe ne fait pas face à une disparition civilisationnelle (…) Les peuples veulent toujours rejoindre notre club, et pas seulement les Européens », affirme la cheffe de la diplomatie de l’UE

Necva Tastan Sevinc  | 15.02.2026 - Mıse À Jour : 15.02.2026
Kallas affirme que l’Europe rejette le récit d’une « décadence woke » et appelle à renforcer la défense

Istanbul

AA / Istanbul / Necva Tastan Sevinc

L’Europe n’est pas en déclin et doit au contraire renforcer ses capacités de défense ainsi que son rôle sur la scène internationale, a affirmé dimanche la cheffe de la diplomatie européenne, rejetant les critiques présentant le continent comme affaibli.

« Contrairement à ce que certains peuvent dire, une Europe “woke” et décadente ne fait pas face à une disparition civilisationnelle », a déclaré Kaja Kallas lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, estimant que l’attrait pour le projet européen demeure fort à l’échelle mondiale. Elle s’exprimait dans le cadre du panel intitulé « Europeans Assemble! Reclaiming Agency in a Rougher World ».

« Les gens veulent toujours rejoindre notre club, et pas seulement d’autres Européens », a-t-elle ajouté.

Évoquant un déplacement au Canada l’an dernier, Kaja Kallas a indiqué qu’« on [lui] a dit que plus de 40 % des Canadiens seraient intéressés par une adhésion à l’Union européenne ».

La responsable a également souligné que les citoyens des 27 États membres « souhaitent que leur Union joue un rôle plus fort dans le monde, qu’elle défende nos valeurs, qu’elle protège nos populations et qu’elle fasse progresser l’humanité ».

Abordant la question russe, elle a estimé que Moscou « cherche déjà à paralyser les économies par des cyberattaques, à perturber les satellites, à saboter les câbles sous-marins, à fracturer les alliances par la désinformation, à contraindre des pays en instrumentalisant le pétrole et le gaz, et, bien sûr, il y a aussi la menace nucléaire ».

Toutefois, selon elle, les performances militaires russes ont mis en lumière les limites du pays.

« La Russie n’est pas une superpuissance après plus d’une décennie de conflit, dont quatre années de guerre à grande échelle en Ukraine. Elle a à peine progressé au-delà des lignes de 2014, au prix de 1,2 million de victimes aujourd’hui. La Russie est brisée. Son économie est en lambeaux », a-t-elle affirmé.

Concernant d’éventuelles conditions de paix, Kaja Kallas a insisté sur la nécessité d’un règlement équilibré, applicable aux deux parties.

« Si la taille de l’armée ukrainienne doit être limitée, celle de la Russie devrait l’être également », a-t-elle déclaré.

La cheffe de la diplomatie européenne a par ailleurs souligné que les liens transatlantiques demeurent essentiels malgré les divergences. « L’Amérique et l’Europe sont étroitement liées, elles l’ont été dans le passé et le seront à l’avenir », a-t-elle affirmé, tout en reconnaissant : « Il est également clair que nous ne sommes pas d’accord sur tous les sujets. »

De son côté, le président letton Edgars Rinkevics a mis en avant le rôle potentiel de l’Ukraine dans l’architecture de défense européenne à venir. « Si l’Ukraine devient un État membre de l’Union européenne, je pense que cette clause deviendra très, très concrète, car l’Ukraine dispose aujourd’hui d’une capacité militaire que, qu’on le veuille ou non, la plupart de nos pays n’ont pas », a-t-il estimé.

Il a également évoqué des avancées concrètes en matière de coordination militaire sur le continent. « L’Europe a beaucoup progressé sur les questions de mobilité militaire », a-t-il déclaré, décrivant ces évolutions comme « presque la création d’un Schengen militaire ».

Il a toutefois mis en garde contre la création de structures de sécurité parallèles susceptibles d’affaiblir les alliances existantes.

« En Lettonie, nous avons toujours été très prudents pour ne pas dupliquer l’OTAN, car c’est essentiel », a-t-il souligné, se montrant sceptique face aux appels en faveur d’une armée européenne unifiée. « J’ai toujours été sceptique quant aux slogans politiques derrière lesquels se cachent ensuite des interprétations très différentes de ce que cela signifie réellement. »

*Traduit de l'anglais par Ben Amed Azize Zougmore

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