Iran : Le chef du pouvoir judiciaire promet « aucune clémence » face à la persistance des manifestations
- Plus d'une douzaine de morts dans les manifestations qui ont débuté à Téhéran le mois dernier et se sont étendues à plusieurs autres villes
Istanbul
AA / Istanbul / Syed Zafar Mehdi et Rania Abushamala
Le chef du pouvoir judiciaire iranien, Mohseni Ejei, a promis lundi de ne faire preuve d'« aucune clémence » envers ce qu'il a qualifié d'« émeutiers » cherchant à inciter aux troubles, sur fond de manifestations continues alimentées par les difficultés économiques dans le pays.
S'exprimant lors d'un événement à Téhéran, Ejei a déclaré que si les autorités restent ouvertes à l'écoute des manifestants et des critiques concernant leurs préoccupations en matière de bien-être social et économique, les « émeutiers et instigateurs » seraient traités avec fermeté, conformément à la loi.
Une nouvelle vague de manifestations a été signalée dimanche à Téhéran et dans d'autres grandes villes d'Iran, motivée par les difficultés économiques.
Les manifestations ont débuté le mois dernier dans le Grand Bazar de Téhéran, le cœur de l'activité commerciale de la capitale, et se sont depuis étendues à plusieurs autres villes.
Bien que largement pacifiques, certaines manifestations ont donné lieu à des incidents violents, des rapports faisant état d'un bilan de plus d'une douzaine de morts, incluant à la fois des manifestants et des membres des forces de sécurité.
Au cœur de l'agitation se trouve la forte dépréciation du rial iranien, qui a chuté à un niveau historiquement bas de 1 390 000 rials pour un dollar américain, alors qu’un euro s’échange à environ 49 322 rials iraniens. Cet effondrement de la monnaie a déclenché une inflation record et une flambée des prix des biens essentiels et du logement.
Alors que les médias locaux indiquent que les rassemblements de protestation se sont calmés à Téhéran ces derniers jours suite à une série d'arrestations, les manifestations se poursuivent dans d'autres villes.
À Téhéran, qui compte environ 10 millions d'habitants, des manifestations ont été signalées principalement dans le nord-est et le nord-ouest de la ville.
Les villes de l'ouest de l'Iran ont été les plus touchées, des manifestants en colère attaquant même des infrastructures publiques et des postes de police, et se livrant à des batailles rangées dans les rues.
Ejei a affirmé que les États-Unis et Israël ont désormais « soutenu ouvertement et explicitement les troubles » dans le pays.
Dans des directives adressées aux autorités judiciaires, le chef du pouvoir judiciaire a déclaré que les dossiers de ceux accusés d'autres « crimes » pendant les manifestations, y compris le port d'armes à feu ou d'armes blanches, doivent être « examinés et complétés rapidement et avec soin dans les bureaux des procureurs ».
Il a également ordonné aux présidents aux présidents des tribunaux provinciaux de désigner des branches spécialisées pour traiter ces cas.
Le commandement du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) d'Iran dans la province occidentale du Lorestan a averti que la « tolérance » envers ceux qui sont à l'origine des manifestations est terminée.
Dans un communiqué, le CGRI a accusé les manifestants d'« actes de sabotage visant les biens publics et les véhicules des citoyens, de l'utilisation ouverte d'armes militaires » et de tentatives de mener des complots « visant à ôter la vie », a rapporté l'agence de presse iranienne ISNA.
Le CGRI a décrit les manifestants comme des « agents des ennemis de l'État iranien » et a promis de tenir les « instigateurs, organisateurs et meneurs de ces événements anti-sécuritaires » pour responsables « devant la loi dès que possible ».
Le chef de la police iranienne, Ahmad-Reza Radan, a déclaré dimanche que les manifestations étaient initialement apparues comme une revendication économique légitime des commerçants du bazar, mais qu'elles avaient progressivement évolué en, ce qu'il a qualifié d' « émeutes de rue ».
Il a annoncé l'arrestation de « meneurs d'émeutes » au cours des deux derniers jours, y compris ceux actifs sur les réseaux sociaux, qu'il a accusés d'inciter les foules.
Des sources indiquent que la plupart des manifestants sont des jeunes, et que beaucoup d'entre eux ont été libérés après des avertissements, tandis que ceux qui dirigent les manifestations restent en détention.
- L’Iran évoque une « guerre douce » menée de l’étranger
Les responsables iraniens ont accusé des « forces extérieures », spécifiquement le Mossad israélien, d'implication dans les manifestations, les pires depuis 2022, lorsque la mort d'une jeune fille avait déclenché des manifestations dans tout le pays.
Lors d'une conférence de presse hebdomadaire lundi, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a déclaré qu'Israël cherche « toujours à exploiter toute opportunité pour semer la division » au sein de l'Iran.
Baghaei a condamné les déclarations des responsables israéliens et américains concernant les manifestations en cours, les décrivant comme des encouragements à la « violence, au terrorisme et au meurtre ».
Le haut responsable de la sécurité iranienne, Ali Larijani, a averti également que l'ingérence américaine en Iran déstabiliserait le Moyen-Orient et nuirait aux intérêts américains, en réponse à la menace du président américain Donald Trump de « venir à la rescousse » des manifestants iraniens si une force létale était utilisée contre eux.
Le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf a également souligné lundi que les griefs du public doivent être entendus, et il a averti que les « éléments liés aux services d'espionnage étrangers cherchant à détourner les manifestations » doivent être traités avec fermeté, selon les médias iraniens.
Le plus haut commandant militaire iranien, le général Abdolrahim Mousavi, a lié dimanche les manifestations en cours à Israël et aux États-Unis, les accusant de mener une « guerre douce » visant à déstabiliser le pays.
* Traduit de l'anglais par Mariem Njeh
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