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26 Février 2025•Mise à jour: 03 Mars 2025
AA / Tunis / Fatma Ben Amor
Le ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a proposé ce mercredi que des restrictions de délivrance de visas pour les États qui ne reprennent pas leurs ressortissants expulsés se fassent à l'échelle européenne.
"Si un pays ne coopère pas avec les autorités françaises, je vais proposer que tous les pays européens en même temps puissent restreindre leur délivrance de visas", a-t-il déclaré sur France 2, notant que "quand on le fait à titre national, malheureusement ça ne fonctionne pas".
"Si nous voulons avoir le maximum d'efficacité avec notre politique migratoire, il y a beaucoup de choses qui seront beaucoup plus efficaces si nous passons par le niveau européen", a-t-il insisté.
À l'inverse, Jean-Noël Barrot propose que l'Union européenne (UE) baisse les droits de douane pour les pays avec qui la coopération pour la reprise de leurs ressortissants s'améliore, estimant que "c'est un levier qui est particulièrement puissant".
Ces déclarations interviennent quelques heures avant la réunion d'un comité interministériel de contrôle de l’immigration (CICI), pour débattre des moyens visant à "reprendre le contrôle des flux migratoires" et définir les "orientations" du gouvernement en la matière, selon Matignon.
A partir de 14h (locales), le Premier ministre François Bayrou réunira une dizaine de ministres, notamment les ministres de l’Intérieur, Bruno Retailleau, des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, de la Santé et du Travail, Catherine Vautrin, du Travail, Astrid Panosyan-Bouvet, de la Justice, Gérald Darmanin, et de la Santé, Yannick Neuder.
Créé en 2005, le CICI a été réactivé par le décret du 22 janvier dernier par Retailleau "dans le contexte d’une immigration importante" et "pour répondre aux attentes des Français en faveur d’une plus grande maîtrise des flux migratoires".
Il se tient quelques jours après l’attaque survenue à Mulhouse (Haut-Rhin), dont le suspect est un Algérien de 37 ans en situation irrégulière. Samedi dans l'après-midi, une personne a été tuée et plusieurs autres blessées dans une attaque au couteau, sur le marché de Mulhouse, avait annoncé le Parquet.
Le suspect né en 1987 en Algérie serait sous obligation de quitter le territoire français (OQTF) et en attente de plusieurs jugements. Selon le ministre français de l'Intérieur, il faisait également l'objet de pas moins de dix demandes de laissez-passer consulaires en vue de son expulsion.
Bruno Retailleau avait accusé Alger d’avoir refusé à dix reprises de reprendre son ressortissant. "Il faut changer de braquet avec l’Algérie, et accepter un rapport de force. (...) On a été assez gentils, on a tendu la main à l’Algérie, qu’avons-nous eu en retour ?", avait lancé Retailleau samedi soir sur TF1, considérant que "les désordres migratoires sont aussi à l’origine de cet acte terroriste".
Pour rappel, le contentieux historique entre l’Algérie et la France est très profond. En plus de la question des archives et la restitution des biens d’Algériens confisqués, l’Algérie réclame aussi des réparations sur les essais nucléaires français en Algérie et l’indemnisation des victimes. L’Algérie réclame aussi la reconnaissance des crimes coloniaux par la France officielle.
Les relations entre les deux pays se sont dégradées davantage, depuis l’été 2024, sur fond de reconnaissance par Paris de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. En réaction, l’Algérie a retiré son ambassadeur à Paris et le président Tebboune a annulé un déplacement en France, prévu initialement en septembre 2024.
Plus récemment, l’affaire de l’emprisonnement de l’écrivain algéro-français, Boualem Sansal et le refoulement de migrants en situation irrégulière, dont l'influenceur algérien Doualemn, ont suscité la colère des autorités françaises.
Côté algérien, le président Abdelmajid Tebboune a pointé "des déclarations hostiles tous les jours de politiques français", qualifiant le dialogue avec le président Macron de "perte de temps" et mettant en garde contre "une séparation qui deviendrait irréparable".
"Nous avions beaucoup d'espoirs de dépasser le contentieux mémoriel (...) Mais, plus rien nʼavance si ce nʼest les relations commerciales. Le dialogue politique est quasiment interrompu", a-t-il déploré.
Le 25 février 2025, Paris a décidé de restreindre l’accès au territoire français de certains responsables algériens pour "défendre les intérêts des Français".