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Guerre au Moyen-Orient : un « choc pétrolier » menace la croissance française

- L’Insee anticipe un regain d’inflation au-delà de 2% au printemps, sur fond de flambée des prix de l’énergie

Serap Doğansoy  | 24.03.2026 - Mıse À Jour : 24.03.2026
Guerre au Moyen-Orient : un « choc pétrolier » menace la croissance française

Istanbul

AA / Istanbul / Serap Dogansoy

La guerre au Moyen-Orient provoque un « nouveau choc pétrolier » susceptible de peser sur la croissance économique de la France, a déclaré ce mardi le ministre de l’Économie Roland Lescure, tandis que l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) anticipe un « net regain d’inflation » dans les prochains mois.

Entendu par la commission des Finances de l’Assemblée nationale, le ministre a averti que si ce choc énergétique « persiste au-delà de quelques semaines », ses effets pourraient s’étendre à l’ensemble de l’économie et devenir « plus systémiques », c’est-à-dire toucher durablement plusieurs secteurs.

Un choc pétrolier désigne généralement une hausse brutale des prix du pétrole liée à une réduction de l’offre, avec des répercussions négatives sur la croissance. De tels épisodes ont notamment marqué l’économie mondiale en 1973, 1979 et 2008.

Dans sa note de conjoncture publiée mardi, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a revu légèrement à la baisse ses prévisions de croissance pour les deux premiers trimestres 2026, à 0,2% contre 0,3% précédemment, en raison de la « flambée des hydrocarbures » liée au conflit.

L’Insee prévoit également que l’inflation, hausse générale et durable des prix, « franchirait les 2% au cours du printemps », contre 0,9% sur un an en février, dans un scénario où les prix du pétrole se maintiendraient autour de 100 dollars le baril jusqu’en juin.

Selon l’institut, cette hausse des prix devrait d’abord affecter certains secteurs, notamment le transport aérien via l’augmentation du prix du kérosène, sans se diffuser immédiatement à l’ensemble de l’économie au premier semestre.

Toutefois, une intensification du conflit, en particulier en cas d’atteinte aux capacités de production d’hydrocarbures dans les pays du Golfe, pourrait entraîner une hausse plus marquée des prix et des conséquences économiques plus larges.

Les ménages devraient être les premiers affectés par ce regain d’inflation, avec un impact sur leur pouvoir d’achat. « Ce sont les ménages qui paieraient à court terme la facture », a indiqué Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture à l’Insee.

La consommation des ménages, moteur essentiel de la croissance, devrait être freinée, même si cet effet pourrait être atténué à court terme par un recours accru à l’épargne.

La forte hausse des prix de l’énergie, sur fond de tensions militaires persistantes au Moyen-Orient, aggravées par les attaques conjointes des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, les représailles de Téhéran et la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, a plongé l’Europe dans une grave crise économique.

Alors que les expéditions sont à l’arrêt et que les flux énergétiques mondiaux sont perturbés, les pays européens s’efforcent de mettre en place des mesures globales pour subventionner les coûts de l’énergie et préserver la stabilité économique.

La contraction de l’approvisionnement énergétique a poussé les prix des carburants au-delà de 2 euros (2,32 dollars) dans certains pays européens, accentuant les pressions sur les coûts dans tous les secteurs.

Depuis le début des frappes aériennes américano-israéliennes contre l’Iran le 28 février, le baril de Brent est monté jusqu’à 119 dollars, faisant de l’énergie la priorité absolue de l’Europe.

Les représailles de Téhéran contre des installations au Qatar, l’un des plus grands exportateurs mondiaux de gaz naturel liquéfié, ont accentué les inquiétudes sur l’approvisionnement.

Le resserrement de l’offre énergétique a affecté les prix des carburants à la pompe, alors que le coût économique de la guerre contre l’Iran pèse sur les consommateurs européens.

En particulier en Allemagne et dans certains autres pays européens, des prix des carburants dépassant 2,32 dollars par litre ont alimenté des tensions sociales, tandis que les secteurs à forte intensité énergétique peinent à fonctionner sous cette pression.

La Commission européenne travaille sur de nouvelles incitations et sur des mécanismes de surveillance des prix dans le cadre du paquet énergétique pour les citoyens.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré lors du sommet des dirigeants de l’UE du 19 mars à Bruxelles que le secteur énergétique européen subissait de plein fouet les effets directs de la guerre, appelant les États membres à agir.

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