Guerre au Moyen-Orient: La diplomatie française se montre prudente vis-à-vis d'Israël
- « Y a-t-il ou non une disproportion dans l’action de l’armée israélienne au Liban ? », Jean-Noël Barrot n’y apporte pas de réponse claire. Invité ce lundi sur France Inter, le chef de la diplomatie française tente même d’esquiver la question
Istanbul
AA / Istanbul / Ben Amed Azize Zougmore
Prudence diplomatique ou ambiguïté politique, la position de l’Exécutif français sur les frappes israéliennes menées au Moyen-Orient, et plus largement sur la guerre qui sévit dans la région à la suite de l’offensive militaire conjointe d’Israël et des États-Unis, continue d'interroger sérieusement.
Invité ce lundi sur France Inter, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, est revenu sur les dernières évolutions de la situation au Moyen-Orient, plongé depuis dix jours dans un conflit ayant déjà fait de nombreuses victimes, dont notamment l’ancien guide suprême iranien Ali Khamenei.
Interrogé sur la proportion des frappes israéliennes au Liban, le chef de la diplomatie tente d’esquiver, ramenant la question sur l’aide humanitaire apportée par la France au Liban, « pays ami et frère », comme il le souligne.
« Je vais vous poser une troisième fois la question : y a-t-il ou non une disproportion dans l’action de l’armée israélienne au Liban ? », insiste le journaliste, après avoir fait remarquer au patron du Quai d’Orsay que, s’il répondait aux questions durant l’interview, « cela aiderait à la pédagogie et à la clarté du questionnement ». Ce qui n’aura finalement pas suffi à obtenir une réponse claire de la part de Jean-Noël Barrot, qui préfère rappeler que le Hezbollah porte une part de responsabilité dans les hostilités.
« Celui-ci a une responsabilité écrasante dans la situation que nous vivons aujourd’hui, et Israël doit s’abstenir de toute prolongation de ses opérations militaires au Liban », ajoute le ministre.
« Disproportionné par rapport à quoi ? », rétorque Jean-Noël Barrot, appelant au retour au cessez-le-feu obtenu en novembre 2024.
La position diplomatique française est devenue un sujet clivant dans le débat public, certains observateurs la jugeant « peu claire ». Le chef de La France insoumise (LFI) a également critiqué la position de la France, estimant sur la plateforme sociale X qu’« il est pénible d'entendre le président français retirer toute responsabilité de la situation à Trump et Netanyahu ».
Dans le même registre, l’ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, a estimé dimanche que « la France est en train de rater le coche, de rater l’histoire », saluant l’attitude du Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, et estimant que Madrid « sauve l’honneur de l’Europe » en s’opposant notamment à l’utilisation de bases espagnoles par les forces américaines.
Au micro de France Inter, son lointain successeur ne partage pas cet avis, estimant au contraire que c’est la France qui « sauve l’honneur de l’Europe » en aidant les pays du Golfe. « Je vous invite à interroger nos partenaires de la région, qui trouvent aujourd’hui en la France le partenaire le plus fiable et le plus solide », a-t-il expliqué.
Concernant la situation humanitaire au Liban, Jean-Noël Barrot a annoncé que la France avait « d’ores et déjà débloqué une aide d’urgence de six millions d’euros à destination des organisations humanitaires intervenant sur le terrain, pour ne pas perdre une seconde ».
Le ministre précise que la France « se prépare à acheminer un premier envoi de 20 tonnes de médicaments, couvertures, tapis et lampes solaires, qui devraient parvenir au Liban dès mardi ».
Le bilan dressé par les autorités libanaises dimanche fait état de plus d’un demi-million de personnes ont été déplacées par les frappes israéliennes. Israël continue par ailleurs de pilonner la banlieue sud de Beyrouth ce lundi, provoquant 16 morts et 40 blessés.
Concernant l’évacuation des ressortissants français bloqués dans la région depuis le début des hostilités, Jean-Noël Barrot a déclaré : « Nous avons permis à 900 ressortissants français les plus vulnérables de rentrer en France grâce aux sept vols que nous avons affrétés, et nous nous préparons à affréter sept vols supplémentaires dans les prochains jours ».
« Environ 15 000 personnes, dont une grande partie de Français, ont pu rentrer en France grâce à des vols commerciaux », ajoute le ministre.
« Nous avons enregistré environ 7 500 demandes d’assistance au rapatriement », poursuit-il. Des vols affrétés seront proposés aux personnes vulnérables et le ministère des Affaires étrangères va « encourager les compagnies aériennes dans la région et au-delà à multiplier les vols à destination de la France », précise-t-il.
Seulement une partie des dépêches, que l'Agence Anadolu diffuse à ses abonnés via le Système de Diffusion interne (HAS), est diffusée sur le site de l'AA, de manière résumée. Contactez-nous s'il vous plaît pour vous abonner.
