Guadeloupe - Prison de Baie-Mahault : un rapport dénonce des atteintes graves et persistantes à la dignité des détenus
- Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, relève notamment dans son rapport consulté par Anadolu, que plus de 160 détenus dorment sur des matelas au sol, parfois « installés sur la table et le réfrigérateur » faute d’espace
Istanbul
AA / Istanbul / Ben Amed Azize Zougmore
Dans un rapport publié au Journal officiel du 20 janvier 2026, à l’issue d’une visite menée du 29 septembre au 6 octobre 2025, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) dresse un constat particulièrement sévère de la situation du centre pénitentiaire de Baie-Mahault, en Guadeloupe, département français d'outre-mer.
L’institution évoque dans ce rapport dont Anadolu a pris connaissance, un « nombre important de dysfonctionnements graves » pouvant être regardés comme « portant atteinte à la dignité des personnes détenues ».
- Une surpopulation carcérale qualifiée de “dramatique”
Le rapport décrit une pression carcérale extrême, en particulier dans la maison d’arrêt des hommes. Conçue pour 173 places, elle hébergeait 435 détenus, soit un taux d’occupation de 251 %. Le CGLPL souligne que « 167 détenus dormaient sur un matelas posé au sol ou sur du mobilier ».
Cette situation ne se limite pas à la maison d’arrêt. Le principe de l’encellulement individuel « n’est plus respecté » au centre de détention des hommes, où la présence de matelas au sol est devenue constante depuis l’été 2025.
- Des conditions de détention jugées indignes
La surpopulation aggrave, selon le rapport, la dégradation des locaux. Les contrôleurs décrivent des cellules « pour la majorité en mauvais état », avec des volets incomplets laissant passer la pluie. L’équipement est jugé insuffisant : « aucun oreiller n’étant fourni, les détenus en confectionnent à l’aide de morceaux de matelas ».
Le CGLPL relève également l’effondrement du service de buanderie : « le lavage des draps n’est plus assuré, obligeant les détenus à les laver à l’eau froide dans les lavabos des cellules ». Les espaces sanitaires présentent « des traces de moisissures et de salpêtre », tandis que l’absence de cloisonnement prive les détenus « de toute forme d’intimité ».
- Une sécurité défaillante et des violences persistantes
Le rapport établit un lien direct entre les conditions de détention et la sécurité. Il estime que, « en l’état de ses effectifs, le personnel n’a pas la capacité de garantir effectivement la sécurité des détenus ». Certaines personnes incarcérées renoncent aux promenades « de peur d’y être victimes de violences ou de racket », dans un contexte marqué par la persistance de phénomènes de gangs.
Le CGLPL s’inquiète aussi de l’absence de suites données à des recommandations antérieures, notamment sur la vidéosurveillance, qui comporte « de nombreux angles morts, limitant significativement son efficacité », et sur un système d’interphonie jugé défaillant.
- Les mineurs dans un “délaissement global”
La situation des mineurs détenus est qualifiée de particulièrement préoccupante. Le rapport évoque un « délaissement global » et juge le quartier mineurs « inadapté aux besoins de ce public particulièrement sensible ». Les cellules sont vétustes, sans douche, et les équipements insuffisants. La cour de promenade est décrite comme « indigne », sans abri, sans point d’eau et avec des installations sanitaires dégradées.
Sur le plan éducatif, le CGLPL constate que « la dimension éducative de la prise en charge n’est pas investie », avec un accès très limité à l’enseignement et aux activités, loin des exigences prévues pour des mineurs privés de liberté.
- Des pratiques attentatoires aux droits
Le rapport dénonce enfin des pratiques de sécurité contraires au droit, notamment le recours à des fouilles intégrales systématiques. Ces pratiques « méconnaissent les principes de nécessité, de proportionnalité et de subsidiarité » et constituent, selon le CGLPL, des atteintes d’autant plus graves « qu’elles concernent des mineurs ».
- Un appel à des mesures urgentes
Face à l’ampleur des constats, le CGLPL appelle à des mesures urgentes pour réduire la pression carcérale et demande la mise en œuvre immédiate d’un plan d’action spécifique pour les mineurs. Il sollicite également du ministre de la justice qu’il fasse procéder à une inspection approfondie de l’établissement et qu’il informe l’autorité de contrôle des suites données à ses recommandations.
