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G7 : Barrot met en avant les crises en Ukraine, à Gaza, au Soudan, au Liban et les tensions dans les Caraïbes

- « La Russie était déjà en échec militaire, économique et stratégique », déclare le ministre français des Affaires étrangères

Adama Bamba  | 27.03.2026 - Mıse À Jour : 27.03.2026
G7 : Barrot met en avant les crises en Ukraine, à Gaza, au Soudan, au Liban et les tensions dans les Caraïbes

Istanbul

AA / Istanbul / Adama Bamba

À l’issue du sommet ministériel du G7, le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a dressé samedi un bilan sévère de la situation de la Russie dans le conflit avec l’Ukraine, tout en réaffirmant la continuité et le renforcement du soutien des pays du G7 à Kiev.

Interrogé lors d’une conférence de presse sur la guerre entre la Russie et l’Ukraine, le chef de la diplomatie française a estimé que plusieurs constats faisaient consensus entre les partenaires du G7.

« Vous m’avez interrogé sur la Russie et l’Ukraine. Ce que je puis vous dire, c’est que nous avons partagé un certain nombre de constats », a-t-il déclaré en introduction.

Selon lui, « premier constat : la Russie était déjà en échec militaire et économique ».

Sur le plan militaire, Jean-Noël Barrot a affirmé que « son opération spéciale, qui ne devait durer que quelques jours ou quelques semaines, s’est heurtée à un mur, le mur de la résistance ukrainienne », ajoutant que « la Russie de Vladimir Poutine accuse des pertes humaines supérieures à un million », un chiffre qu’il compare à l’ensemble des pertes soviétiques et russes depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le ministre a également assuré que « aujourd’hui, c’est plus de mille soldats russes sur le front qui sont tués », tout en estimant que « l’Ukraine a repris plus de territoires à la Russie que la Russie n’en a pris à l’Ukraine » dans les périodes récentes.

Sur le plan économique, il a décrit une situation « structurellement » difficile pour Moscou : « le secteur civil non militaire est asphyxié, les ressources budgétaires sont vides et la Russie entrera sans doute en récession dans le courant de l’année », a-t-il affirmé, tout en évoquant un possible effet d’atténuation lié à la hausse des prix des hydrocarbures.

Au-delà des aspects militaires et économiques, Jean-Noël Barrot a également évoqué « un échec stratégique » de la Russie, citant notamment la perte progressive d’alliés internationaux : « après Bachar al-Assad et Nicolas Maduro, la disparition de l’ayatollah Khamenei fait perdre à Vladimir Poutine celui qui était peut-être le dernier de ses alliés », a-t-il déclaré.


- Le G7 réaffirme son unité autour de l’Ukraine

Le ministre a ensuite insisté sur la cohésion du G7 depuis le début de la guerre en février 2022.

« Depuis le 24 février 2022, le G7 a été l’un des plus fidèles groupes de pays à l’Ukraine pour soutenir sa résistance », a-t-il rappelé, soulignant que « tous les pays du G7, sans exception, ont pris des sanctions ou livré des équipements militaires ou apporté des contributions financières ».

Concernant la dynamique diplomatique, il a évoqué l’implication américaine dans les efforts de médiation, tout en insistant sur le rôle accru de l’Europe dans le soutien à Kiev.

« L’administration américaine a voulu accélérer le processus de négociation… cependant que l’Europe prenait une part plus importante du soutien à l’Ukraine », a-t-il expliqué.

Il a notamment cité « les 90 milliards d’euros du prêt » destiné à sécuriser la stabilité financière de l’Ukraine sur deux ans, ainsi que la « coalition des volontaires », regroupant une trentaine de pays visant à garantir la sécurité dans l’après-guerre.

« Nous nous sommes résolus à continuer à soutenir l’Ukraine dans sa résistance contre l’envahisseur », a-t-il conclu sur ce point.


- Gaza, Soudan, Caraïbes et crises transnationales


Évoquant la situation à Gaza, le ministre a réaffirmé la nécessité d’une action humanitaire renforcée et d’un retour à la stabilité régionale.

Dans ses précédentes prises de parole sur la région, il avait déjà insisté sur la nécessité d’un cessez-le-feu et d’un accès humanitaire facilité, rappelant l’urgence de « la livraison de l’aide humanitaire vitale à la population de Gaza en coordination avec les Nations unies ».

Au-delà des conflits les plus médiatisés, Jean-Noël Barrot a insisté sur l’élargissement des priorités du G7 à d’autres zones de crise.

Il a notamment évoqué la situation au Soudan, où la guerre continue de provoquer une grave crise humanitaire, ainsi que les défis sécuritaires en Haïti et dans la Caraïbe, marqués par la montée des trafics et de la criminalité organisée.

Au sujet du Liban, Jean-Noël Barrot a souligné que « la gravité de la conjoncture régionale renforçait la nécessité de préserver la stabilité du Liban, de soutenir ses institutions légitimes, de préserver les civils, de garantir la pleine restauration de sa souveraineté ».

Il a insisté sur l’importance d’éviter toute déstabilisation supplémentaire dans un contexte régional déjà marqué par de fortes tensions.

Concernant la région caribéenne, il a souligné l’importance d’une coopération renforcée entre les États du G7 et les pays partenaires pour lutter contre les réseaux criminels transnationaux et le narcotrafic.


- Nouvelles conférences internationales annoncées

Jean-Noël Barrot a également annoncé l’organisation de plusieurs conférences internationales ou régionales dans les mois à venir.

Il a cité notamment une conférence contre le trafic de Captagon, une drogue de synthèse touchant particulièrement le Moyen-Orient et l’Europe ; la conférence « No Money for Terror », prévue le 19 mai à Paris, visant à assécher les financements du terrorisme ; une conférence régionale sur la sécurité dans la Caraïbe, prévue en juillet en Martinique, associant les pays du G7.

« Le G7 reste également et fondamentalement une enceinte utile pour nous coordonner étroitement et répondre aux grandes crises », a-t-il rappelé, en soulignant que cette structure avait été créée il y a 50 ans « à l’initiative de la France ».


- Réplique aux accusations russes

Enfin, le ministre français a vivement répondu aux déclarations du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qu’il accuse de « propagande ».

« Non, la Russie ne défend pas le droit international », a-t-il martelé.

« On ne défend pas le droit international en lançant une guerre d’agression. On ne défend pas le droit international en envahissant un pays voisin », a-t-il ajouté.

Évoquant les accusations de crimes de guerre, il a cité notamment « les charniers de Boutcha », « les horreurs de Marioupol », ainsi que les attaques contre des infrastructures civiles en Ukraine.

« Les faits sont là. Il s’agit de crimes de guerre documentés », a-t-il insisté.

Réfutant les critiques sur la liberté de la presse en Europe, il a affirmé : « Non, la France ne muselle pas les journalistes », rappelant qu’« en Europe, on compte 20 000 médias d’information », contre une situation très différente en Russie selon lui.

Il a également dénoncé la fermeture de médias indépendants russes et les pressions exercées sur les journalistes.

« La liste est encore longue, je pourrais continuer longtemps », a-t-il conclu, estimant nécessaire de « rétablir la vérité » après avoir été directement mis en cause par son homologue russe.

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